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Moutons de Tabaski : Les prix réculent un peu
(L'Essor 28/12/2006)

Le pari semble sensé car les marchés débordent de moutons.
La tendance va-t-elle s'accentuer grâce à une offre largement supérieure à la demande ? Les audacieux parient dessus
A trois jours de la fête de Tabaski, les marchandages entre vendeurs de bétail et acheteurs s'intensifient.
Les marchés se déplacent carrément dans les rues de la capitale investies par ces jeunes pasteurs poussant devant eux des escouades bêlantes.
S'il y a quelques jours le prix du bélier était jugé excessif par nombre de Bamakois (voir l'Essor du 15 décembre), aujourd'hui la tendance est plutôt à la baisse. Le fameux bélier moyen a rétrogradé dans une fourchette de 40 à 60.000 Fcfa. Les acheteurs apprécient mais nombre d'entre eux préfère attendre en misant sur une des prix encore plus abordables. Le pari semble sensé car les marchés débordent de moutons.
Un tour à Kati "Dral" où se regroupent une bonne part des troupeaux venant du Sahel occidental, confirme l'abondance de l'offre par rapport une demande lente à la détente. Les vendeurs ne perdent pas le moral pour autant et expliquent avec confiance que la plupart des clients sont venus prendre la température du marché pour aller se préparer en conséquence. Sauf que "se préparer", a consisté pour certains à expédier l'argent à un parent ou un ami résidant dans une ville où le mouton peut s'acheter à un prix raisonnable.

L'OFFRE ET LA DEMANDE : C'est le cas de ce chef de famille vivant au quartier "Koko" de Kati. Sanogo, agent de la mairie, a envoyé, depuis plus d'une semaine, le prix de son mouton chez un ami résidant à Nioro du Sahel. Il a déjà réceptionné son bélier pour lequel il est aux petits soins en attendant le jour J.
"J'ai dû procéder de la sorte car les prix qu'on nous propose ici au "Dral" sont au dessus des moyens de la plupart des clients" explique-t-il. Il est cependant persuadé que d'ici la veille de le fête pas mal de monde pourra se procurer un mouton à un prix raisonnable. "Les marchés étant suffisamment approvisionnés cette année, les vendeurs seront obligés de revoir à la baisse le prix du mouton, au risque de devoir retourner avec des bêtes au village", analyse-t-il.
Son ami Moussa "Blen" qui s'était jusqu'à présent montré peu intéressé par le débat, intervient soudain avec une nervosité perceptible dans la voix : "Si tout le monde était comme moi, personne n'obligerait un vendeur à lui vendre un mouton". Et d'expliquer son raisonnement : "ce dont je reste sûr c'est que dans quelques jours ce sont ceux là même qui semblent faire le dur avec les clients, qui seront obligés de nous supplier à acheter". Comme cela s'était passé il y deux ou trois ans.
En attendant, il n'est pas rare de saisir au vol de chaudes disputes entre vendeurs et acheteurs qui dégénèrent à l'occasion, en altercation. Comme c'est arrivé mardi dans une rue de Faladié. Un client et un négociant de moutons se sont ainsi sérieusement énervés sur le prix d'une belle bête. Le vendeur apparemment venu de la 5è Région (il parle bambara avec un fort accent peul), a jugé insultant le prix avancé par un client sans égard pour la qualité de l'animal. Le bélier pour lequel le vendeur voulait au moins 130.000 Fcfa, était, en effet, de belle taille. Mais l'acheteur proposa un peu moins de la moitié de ce prix. Ce dédain supposé mit l'éleveur en rage et comme l'acheteur se révéla tout aussi irascible, il fallut l'intervention de passants pour éviter l'empoignade.
La Fédération nationale des groupements interprofessionnels de la filière bétail viande au Mali (Febevim) qui existe depuis bientôt huit ans, se mobilise régulièrement à la veille de la Tabaski, dans deux directions, contradictoires seulement en apparences : préserver les intérêts des vendeurs de bétail et mettre, financièrement, le mouton à la portée du plus grand nombre de nos concitoyens.
"Je ne veux pas trop me prononcer sur le prix du mouton en cette période pour la simple raison qu'il est régi par la loi de l'offre et de la demande", réagit Barbier René Alphonse, le président de la fédération. Le marché de la capitale est bien approvisionné, constate-t-il en s'inquiétant toutefois des tracasseries auxquelles seraient soumis les éleveurs qui approvisionnent Bamako en moutons de Tabaski. "Pas plus longtemps qu'hier j'ai dû me rendre d'urgence au poste de contrôle de Ségou où des éleveurs sont bloqués avec leurs animaux, par des agents qui voulaient les contraindre à payer de l'argent sur de fausses bases", rapporte-t-il. Il a tenté, explique-t-il, d'alerter les autorités sur ces pratiques susceptibles de décourager les éleveurs et de les inciter à se tourner vers les marchés des pays voisins où les tracasseries sont moindres.

VENDEURS OCCASIONNELS : L'argumentation du patron de la Febefim s'appuie sur l'exemple du Sénégal qui pour faciliter l'importation de moutons de Tabaski (dont une bonne partie provient de notre pays), aurait adouci les contrôles au niveau des postes et libéré la circulation des vendeurs à Dakar et dans les autres centres urbains.
Barbier Réné Alphonse souhaite des mesures dans le même sens en faveur de ceux qui dirigent d'importants troupeaux en direction de Bamako. "Il est vrai que les agents déploient beaucoup d'efforts pour assurer notre sécurité, mais il est important qu'ils sachent qu'ils peuvent se rendre responsables d'une baisse de l'approvisionnement du marché de la capitale tant qu'ils continuent à soumettre les éleveurs à toutes ces pressions" a-t-il prévenu. Tant que les marchés continuent à être bien approvisionnés, il n'y a aucune crainte à se faire quant à la baisse du prix du mouton, prédit-il. Le responsable de la fédération s'est félicité, à ce propos, de la fourchette dans laquelle évolue actuellement le prix des moutons.
Les responsables de la direction nationale des productions et des industries animales (Dnpa) ne sont pas tout à fait de cet avis. Les prix qui montent immanquablement à la veille de la Tabaski, sont, assurent-ils, de la responsabilité de revendeurs opportunistes qui profitent de la période favorable pour spéculer sur les animaux tout comme ils miseraient sur toute autre marchandise fortement demandée. La mauvaise organisation des professionnels du secteur de la vente du bétail, expliquent-ils, facilitent la tâche de ces spéculateurs.
Le président de la Febevim reconnait l'existence de ces vendeurs occasionnels et la menace qu'ils font peser sur le prix des animaux. Mais, assure-t-il, des dispositions sont prises cette année pour éradiquer une pratique qui contribue notablement à la flambée des prix. C'est ainsi que le bureau de la fédération vient de participer à des réunions de travail avec les maires des six communes du district, afin d'adopter des dispositions propres à prévenir les ventes d'animaux dans les rues de la capitale.
On ne peut pas dire que les mesures prises aient été particulièrement efficaces.

Oumar DIAMOYE

Ségou : ENTRE TABASKI ET RÉVEILLON
A Ségou, l'on prépare également fébrilement les fêtes de fin d'année. La succession de la Tabaski et de la Saint Sylvestre faisait déjà battre le coeur des ... vendeurs de vêtements dans la "Cité des balazans". Pas de chance pour eux, le marché décollait mollement jusqu'à la semaine dernière et tous priaient pour un rush de dernière minute.
"Le marché est lent. Il n'y a pas grand monde. Et la plupart de ceux qui viennent ici n'achètent rien. Ils viennent seulement contempler les articles", constate Issa, installé derrière son étal de prêt-à-porter. Comme lui, d'autres négociants jurent que les tissus et le prêt-à-porter n'attirent pas grand monde.
Pourtant les boutiques et étals des différents marchés de la ville sont bien achalandés. De Pélingana, à Médine en passant par le Marché central, on trouve de tout : bazin, pagnes wax, prêt-à-porter, chaussures. "Nous n'avons rien à envier à Bamako. Tout ce qu'on trouve dans la capitale est disponible ici. Le temps est révolu où il fallait se rendre à Bamako pour se procurer certains articles. Aujourd'hui, nous avons tout ici", assure Oumar, un grossiste installé au Marché central à Hamdallaye.
Pour celui-ci la seule explication au piétinement des ventes tient en deux ou trois mots : la conjoncture difficile. La principale difficulté tenant à son avis à la conjonction des deux fêtes. Pourquoi ne pas baisser les prix pour attirer le chaland ? Ce n'est pas la solution, assure Oumar. C'est aussi l'avis de Awa, une vendeuse de bazin et de wax à Pélingana. "La mévente des tissus m'a poussée à faire des rabais. Mais pour le moment, je ne sens pas véritablement l'effet de cette mesure sur le rythme de mes affaires", assure la dame qui poursuit : "l'année dernière à pareil moment, j'étais débordée par les commandes".
Et du côté des teinturières ? Ici aussi, les clients ne se bousculent pas. Maïmouna, une professionnelle du secteur, assure que d'habitude à la veille de la fête de Tabaski, son chiffre d'affaire dépassait les 200 000 Fcfa. Cette année, prévoit-elle, réaliser le quart de cette somme sera problématique.
Il semble que comme ailleurs dans le pays, au moment de faire leurs achats, les Ségoviens sont tiraillés : que faut-il privilégier la Tabaski ou le Réveillon, les deux plus grandes fêtes de l'année ? Pour les chefs de famille, la question est vite tranchée : la priorité est au mouton de la Tabaski (voir article de Oumar Diamoye).
Par contre pour Oumou comme pour bien d'autres jeunes, le Grand jour, c'est bien le 31 décembre. "Je préfère rater la Tabaski que de ne pouvoir bien fêter le 31. Pour la Tabaski, je porterai le bazin que j'avais acheté pour la fête du Ramadan. Les économies que j'ai me permettront de m'acheter une nouvelle robe et des chaussures pour le 31". Nouhoum, un autre jeune de la cité des balazans, souligne avec réalisme qu'il est parfaitement possible de faire la fête sans habits neufs. Lui ne s'inquiète donc pas pour ce qu'il portera le 31.

L. DIARRA

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