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Pénurie de gaz : Cherche désespérément
fournisseurs
(L'Essor 29/12/2006)
Tema, Cotonou, Dakar, Nouakchott, nos opérateurs gaziers ont
fait le tour de la sous-région pour s'approvisionner. En vain
Les consommateurs qui multiplient les va-et-vient entre les stations et
les autres points de vente, rentrent le plus souvent bredouilles chez
eux. Aminata Sangaré, une ménagère de Magnambougou,
réagit avec réalisme. "Ça commence à
devenir sérieux. Moi je vais comme ça payer du charbon",
lance-t-elle, une bouteille de gaz vide en main.
Cette pénurie tombe au mauvais moment en cette période de
froid, et surtout à la veille de la fête de Tabaski durant
laquelle le gaz est très sollicité pour les multiples plats
à cuisiner.
Pour expliquer la crise, les opérateurs du secteur invoquent des
difficultés de ravitaillement depuis létranger. "Nos
camions sont bloqués à Tema au Ghana et à Dakar depuis
des jours. Nos fournisseurs ne semblent plus en mesure de nous livrer
du gaz", explique Oudiary Diawara, le directeur général
de Sodigaz et président du regroupement des opérateurs gaziers
du Mali.
La société "Energie limited" du Ghana, le principal
fournisseur de notre pays, a brutalement arrêté de livrer
du gaz à nos opérateurs, constate-t-il. Pourquoi ? Cette
société publique ghanéenne aurait reçu des
instructions de son gouvernement lui enjoignant de ne plus vendre du gaz
à des clients étrangers et de ravitailler en priorité
le marché local où la demande est très forte. "Alors,
les Ghanéens ont temporairement arrêté le chargement
de nos camions", indique Diawara.
Nos opérateurs se sont alors tournés vers le Sénégal
mais là également, le contexte ne s'est pas révélé
favorable. En effet, les opérateurs gaziers sénégalais
ont déclenché un mouvement de grève pour manifester
contre le retard pris par le gouvernement sénégalais dans
le paiement des subventions, explique le patron de Sodigaz.
Cap alors sur Cotonou. "Malheureusement, on s'est heurté là-bas
à des opérateurs ... ghanéens. Ils ont investi ce
marché pour se ravitailler et se présentent avec de grosses
commandes qui nous laissent peu de chances car les nôtres sont relativement
faibles", explique Oudiary Diawara. Ne pouvant tenir face aux poids
lourds ghanéens, nos opérateurs ont été contraints
de lâcher prise.
Ils sont revenus dans le voisinage immédiat pour prospecter la
Mauritanie. Mauvaise pioche. Ce pays consacrant beaucoup d'argent à
subventionner le gaz, le principal opérateur mauritanien, la société
Somagaz, ne pouvait, évidemment, vendre ce gaz subventionné
à d'autres pays.
Alors que faire ? Attendre, juste un peu. Le temps qu'une nouvelle société
privée mauritanienne dénommée "BSA-Gaz"
démarre ses activités. Ce sera, en principe, en janvier
prochain.
En attendant, toutes les solutions possibles sont explorées pour
surmonter la pénurie, notamment avec une nouvelle tournée
des pays de la sous-région. "Nous préférons
cependant traiter avec nos anciens fournisseurs pour des raisons budgétaires.
Les nouveaux partenaires nous demanderont de payer cash parce quon
ne se connaît pas bien. Par contre, les anciens nous accordent des
échéances et des modes de paiement plus souple", explique
Oudiary Diawara.
Celui-ci insiste sur les menaces que fait peser cette crise sur l'environnement
: "Si le gaz venait à manquer pour une longue durée,
les ménages utiliseront beaucoup plus de charbon et de bois".
Le département de tutelle, le ministère de lÉnergie,
des Mines et de lEau, en a parfaitement conscience. Le ministre
Hamed Diane Séméga a ainsi fait débloquer 500 millions
de Fcfa pour aider les opérateurs de gaz à diversifier et
sécuriser leurs sources d'approvisionnement et à conquérir
de nouveaux marchés, témoigne le président du Regroupement
des opérateurs gaziers. Cette somme a été directement
versée aux sociétés opérant dans le gaz, au
titre des subventions. Oudiary Diawara et ses collègues ont apprécié
ce geste et aussi l'attention que lOffice national des produits
pétroliers (Onap) porte au sous-secteur. L'Office, constate Diawara,
suit quotidiennement l'évolution de la situation.
Précisons qu'actuellement, "Fasogaz" est la seule société
où le gaz est encore disponible. Mais son directeur général,
Lamine N'Diaye, craint que dans moins dune semaine, ses cuves ne
se retrouvent vides comme celles de Totalgaz et de Sodigaz.
A. M. CISSÉ
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