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Bazin : Le bon filon
(L'Essor 27/12/2006)
Traditionnellement, la veille des fêtes est un moment privilégié
pour les opérateurs économiques.
Toutes catégories confondues, ils font de bonnes affaires pendant
cette période. Un petit tour dans le marché édifie
tout observateur sur la bonne fortune des marchands. Parmi tous les articles
prisés, le bazin occupe une place de choix. Les acheteurs riches
ou moins nantis, souhaitent tous paraître à leur avantage
lors des visites traditionnelles de la Tabaski aux parents. Dopé
par la convoitise des acheteurs, le marché du bazin est actuellement
au plus haut. Vendeurs, teinturières, tailleurs ou stylistes se
frottent les mains.
Pour en savoir davantage, nous avons effectué un tour dans certains
magasins au marché rose. La première boutique visitée
appartient à Gagni Lah. Une des références du commerce
du bazin au Mali, les établissements Gagni Lah figurent parmi les
mieux placés pour parler du bazin dans notre pays. Mais malheureusement
lentretien na rien donné. Notre interlocuteur, Bocar
Lah le fils du patron, n'a pas été coopératif. Il
n'a pas voulu répondre à nos questions, prétextant
que son vieux père a toujours refusé tout contact avec la
presse. Devant notre instance, il a fini par nous envoyer chez un de ses
frères, Amadou Lah qui se refusa aussi à se prêter
à nos questions.
A la différence de la famille Lah, Aïssa Arby, une teinturière
diplômée (maîtrise en anglais) s'est montrée
plus disponible. Elle s'est prêtée volontiers à nos
questions. Cette "Niéléni" de la teinture est
installée avec son équipe dans la zone ACI 2000 à
Hamdallaye. "Nous faisons relâche aujourdhui. Mais depuis
six mois nous travaillons nuits et jours, les trente jours du mois. Nous
le faisons avec joie parce que nous sommes au service de nos clients.
Cette pose ne signifie pas qu'on va dormir sur nos lauriers. Nous mettons
à profit le repos de ce jour pour emballer les colis. Ils doivent
impérativement être envoyés aux clients à l'extérieur
du pays, avant la fin de cette semaine. Ils auront le temps avant la fête
d'écouler leurs marchandises", a expliqué Aïssa
Arby.
"Moi je ne vends pas mes bazins colorés. Je fais de la prestation
de service. La plupart de mes clients sont installés en Europe,
en Amérique, en Asie et en Afrique. Ils sont pour la plupart revendeurs
sur ces différents marchés. Ils m'envoient de l'argent.
J'achète moi-même le tissu. Je teins et j'expédie
la marchandise", a-t-elle précisé. Les commandes sont
prises en charge par 107 personnes reparties entre 40 équipes.
Elles occupent latelier tous les jours. La teinturière Aïssa
Arby distribue entre ses équipes une enveloppe oscillant entre
205.000 à 215.000 Fcfa sous forme d'émoluments. Chaque personne
gagne environ 2000 Fcfa par jour.
Par ailleurs, le métier crée d'autres emplois connexes.
Il s'agit des batteurs, des étalagistes, des plieurs, des tailleurs,
etc... Selon Aïssa Arby, en période de crue, les batteurs
peuvent «taper» 10 à 12 balles par jour pour une valeur
d'environ 800.000 Fcfa. En cette veille de fête, les vendeurs d'intrants
se frottent eux aussi les mains. Latelier dAïssa peut
utiliser plus de 2 millions de Fcfa d'intrants (colorant, soude caustique).
La prospérité des affaires oblige à faire preuve
de professionnalisme. La teinturière Aïssa sachemine
progressivement vers la mise en place d'une véritable entreprise
de teinture dotée dune administration moderne de gestion.
Cet esprit d'anticipation et d'organisation est le fruit de huit années
d'expérience professionnelle passée à la Société
générale de surveillance (SGS). Elle a, également,
passé deux mois à la Cotecna, la société de
contrôle de qualité qui a succédé à
la SGS dans notre pays. Elle a dû abandonner ce service pour s'occuper
de son entreprise et de son petit foyer après le décès
de son mari. Aïssa Arby est veuve et mère de 3 enfants dont
le plus âgé a 14 ans.
Est-il besoin de signaler que dans la sous-région, notre pays est
en passe de damer le pion à la Guinée et au Sénégal,
qui étaient réputés pionniers de la teinture moderne
? Ces pays sont devenus des eldorados pour nos teinturières. Elles
y exportent l'essentiel de leur création.
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