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Entrepôts du Sénégal au Mali : un
bond en avant pour l'intégration
(L'Essor 20/12/2006)
Grâce à la structure qui a été inaugurée
hier, notre pays confirme son rôle de carrefour au coeur de l'Afrique
de l'ouest
"Il est des événements qui parlent d'eux-mêmes,
si bien que tout discours est inutile. Si discours il y a, les populations
l'ont déjà lu. C'est un jour mémorable".
C'est en ces termes que le président de la République, Amadou
Toumani Touré a introduit son intervention lors de la cérémonie
d'inauguration des Entrepôts du Sénégal au Mali (Ensema-SA).
C'était hier à Korofina-Sud, dans l'enceinte de la gare
marchandise.
Il faut reconnaître que l'événement était exceptionnel.
D'abord par sa signification. Ensuite par la qualité des invités.
Outre le président de la République, Amadou Toumani Touré,
on notait la présidence du chef de l'État sénégalais,
Abdoulaye Wade, du président du Burkina Faso, Blaise Compaoré,
et du Premier ministre nigérien, Hama Amadou. Nombre d'autres invités
de marque dont le Premier ministre, Ousmane Issoufi Maïga et son
homologue du Sénégal, Macky Sall, des ministres des deux
pays, les chefs d'institutions et de nombreux opérateurs économiques
étaient présents.
Les Ensema, conçus comme un port sec, sont une structure d'intégration
sous-régionale par excellence au profit de l'ensemble des pays
membres de l'UEMOA. Bâtis sur une superficie de 6 hectares, les
Ensema sont constitués de 14 hangars dont deux frigorifiques. Avec
une capacité de stockage d'environ 70 000 tonnes, toutes marchandises
confondues, ils mettent à la disposition des opérateurs
économiques un hangar pour les matériaux de construction,
deux hangars pour les engrais, un autre pour le ciment, deux pour le sel,
deux pour les céréales, un pour le coton, un pour les produits
congelés, un pour les produits réfrigérés,
et trois hangars pour les produits divers.
8,4 MILLIARDS FCFA : On y retrouve des infrastructures de base : un parking
pour les véhicules particuliers et un autre pour les camions en
attente de chargement ou de déchargement, un quai ferroviaire construit
le long des hangars et un bloc administratif qui abrite le personnel de
gestion et les bureaux juxtaposés des douanes maliennes et sénégalaises.
Les Ensema qui ont coûté 8,4 milliards de Fcfa, ont été
financés par la Banque islamique de développement (pour
4,09 milliards), l'État du Sénégal à travers
le Conseil sénégalais des chargeurs (2,8 milliards) et la
CRAO (1,5 milliard). Les travaux ont été exécutés
par la Compagnie sahélienne d'entreprises (CSE).
Comme l'ont fait ressortir tous les discours prononcés à
la cérémonie d'inauguration, les Ensema devront permettre
le développement des échanges commerciaux au sein de l'UEMOA
et de la CEDEAO. Cela à travers des produits divers comme le ciment,
le sel, le poisson, les fruits de mer, les engrais, les matériaux
de construction... Grâce aux entrepôts, les conditions de
transport sur le corridor sénégalais seront facilitées.
Ce corridor reste à ce jour le seul qui allient transports routier
et ferroviaire. A ces deux modes de transport pourra, à l'avenir,
s'ajouter le transport fluvial avec le volet navigation de l'OMVS.
L'idée de créer les Entrepôts du Sénégal
au Mali paraissait trop ambitieuse dans un premier temps, au regard des
défis que représentait sa réalisation. Mais la volonté
commune des chefs d'État, Amadou Toumani Touré et Abdoulaye
Wade, ajoutée à la vision prospective du Conseil sénégalais
des chargeurs, du port autonome de Dakar et de l'ancienne Société
des chemins de fer du Sénégal et la disponibilité
des autorités maliennes ont permis la réalisation de cette
importante infrastructure.
Petit rappel. C'est en 1993 que fut constatée une baisse persistante
du trafic sur l'axe Dakar-Bamako. Une baisse liée à la faiblesse
des infrastructures de stockage à Bamako. Les études commanditées
par la suite conclurent à la nécessité de créer
des moyens d'entreposage de marchandises en provenance du port autonome
de Dakar et transportées par la voie ferrée ou par la route.
"NOUS RATTRAPONS L'HISTOIRE" : Un accord fut signé entre
les deux pays le 13 mai 1995 dans notre capitale pour la création
des Ensema. Un mois plus tard, le protocole d'accord relatif aux avantages
consentis aux fonctionnaires et agents du Sénégal dans notre
pays était signé. Ces instruments juridiques sont en adéquation
avec la convention du 8 juin 1963 par laquelle l'État du Sénégal
a consenti au Mali l'acquisition d'installations aux ports de Dakar et
Kaolack.
Dans l'allocution qu'il a prononcée, le président de la
République a mis l'accent sur le fait que "nous rattrapons
l'histoire". "Le Mali et le Sénégal étaient
liés au temps de l'Empire du Mali. Ils ont tenté ensemble
la Fédération du Mali et les voici unis au sein de l'UEMOA,
de la CEDEAO", a souligné le chef de l'État pour qui
les Ensema seront un vecteur de renforcement des échanges du Sénégal,
du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Plus que jamais, le Port autonome
de Dakar va jouer son rôle de porte naturelle du Mali, a relevé
Amadou Toumani Touré.
Dans le même temps et en sens inverse, notre pays va mériter
son surnom de "porte d'entrée" du Sénégal
dans l'UEMOA. Le président Touré a insisté sur le
fait que les Ensema vont réguler le transport sur le corridor et
réduire le coût du transport. Ledit corridor est appelé
à prendre davantage d'importance avec les nouveaux axes routiers
reliant Bamako à Dakar par le nord et par le sud.
Pour le chef de l'État, grâce au dynamisme des opérateurs
économiques, le corridor a de beaux jours devant lui. Il a conclu
son intervention en réitérant ses félicitations au
président Abdoulaye Wade et ses remerciements au président
du Faso Blaise Compaoré et au Premier ministre nigérien
Hama Amadou.
C'est le Premier ministre du Sénégal, Macky Sall, qui a
lu le discours du président Wade dont la voix était prise
après une série de conférences en France. Dans cette
intervention, Abdoulaye Wade a exprimé sa "profonde fierté"
pour cette "belle réalisation" qui est une des meilleures
voies de l'intégration africaine. Sa conviction est que l'Afrique
doit emprunter le chemin de l'intégration pour aller vers un développement
intégral. Et le transport occupe "une place stratégique"
dans ce processus.
DES 1963 : Envers les pays sans littoral, c'est un devoir de solidarité
agissante qui s'impose, a poursuivi le chef de l'État sénégalais.
Le Sénégal l'a compris en mettant à la disposition
du Mali un espace portuaire dès 1963. Un autre espace sera bientôt
réservé au Burkina Faso. Le Niger pourra aussi en bénéficier
s'il en émet le souhait.
Abdoulaye Wade s'est dit satisfait de ce "jalon important" dans
la consolidation des relations fraternelles. Il a précisé
avoir demandé aux ministres concernés de faciliter le transit
des marchandises en direction ou en provenance des pays sans littoral
et appelé, par ailleurs, à réduire les entraves à
la libre circulation des personnes et des biens sur le réseau international.
Ce port sec à Bamako, qui est appelé à jouer un rôle
de carrefour au cur de l'Afrique de l'ouest, est une opportunité
pour les opérateurs économiques qui doivent tirer le meilleur
parti de cette infrastructure que les États ont bâtie pour
eux. Le président Wade rêve, à ce propos, d'un axe
Dakar-Bamako-Ouagadougou-Niamey libéré de toutes tracasseries.
Le ministre de l'Équipement et des Transports, Abdoulaye Koïta,
a, lui, rappelé que "les entrepôts du Sénégal
au Mali destinés aux opérations effectuées sous le
régime du transit international des marchandises originaires, en
transit ou à destination de la République du Sénégal
sont constitués en zone franche dans le District de Bamako, à
l'intérieur d'une barrière douanière".
Le directeur des Ensema, Ibra Guissé, et le président du
conseil d'administration du Port autonome de Dakar, Bara Sadi, ont mis
l'accent sur le rôle intégrateur des Ensema.
Aïssa Abdellaoui qui représentait la Banque islamique pour
le développement, le principal bailleur de fonds des Ensema, a
assuré que la BID continuera d'aider les pays africains à
faire face aux défis que sont la lutte contre la pauvreté
et la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement.
A. LAM
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