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Commerce - Industrie : le secteur privé vole en
éclats
(Le Républicain 13/12/2006)
Après la contestation des résultats des élections
consulaires du 1er octobre dernier, le fossé ne cesse de s'élargir
entre le président sortant de la Chambre de Commerce et d'Industrie
du Mali, Jeamille Bittar, vainqueur contesté de ces élections
et le camp Guittèye. En effet, en décidant de mettre aujourd'hui
en place le Mouvement des entreprises du Mali (MEDEM), Bittar ne fait
qu'élargir le fossé entre les deux parties. Ce nouvel instrument
loin de promouvoir le secteur privé malien aujourd'hui en pleine
expansion va exacerber davantage la tension entre les membres du secteur
privé. En analysant un peu les organes qui le composent (Groupement
Patronal des Commerçants du Mali, le Groupement des Industriels
du Mali, le Groupement Patronal des Prestataires de services), on se rend
compte que ce ne sont que des structures parallèles à celles
existant déjà : Conseil National du Patronat Malien, Organisation
patronale des industriels du Mali et Groupement des commerçants
du Mali. Ainsi, la création de trois nouvelles structures au sein
des MEDEM, apporte plus de division que de cohésion dans les rangs
du secteur privé. Aussi, le choix des hommes appelés à
diriger ces nouvelles structures est révélateur. Tous les
hommes qui président ces structures nouvellement créées
sont des lieutenants de Bittar et qui se sont fortement investis pour
son maintien. C'est donc une récompense en faveur de Bakoré
Sylla qui a été nommé président Patronal des
commerçants du Mali ; de Lanfia Camara comme président des
industriels du Mali et de Boubacar Diallo comme président patronal
des prestataires de services. Des choix qui n'ont donc pas obéi
au principe qui veut que tout poste de dirigeant dans une structure quelconque
du secteur privé soit soumis à l'approbation des électeurs.
Mais au lieu d'observer scrupuleusement ces règles de désignation
préétablies, Bittar et s'est éléments ont
préféré passer par d'autres modes de désignation
qui sont aux antipodes des règles démocratiques. Ces trois
nouveaux présidents ont tous été désignés
sans concertation préalable avec la majorité des commerçants,
des industriels et des prestataires de services du Mali qui sont entrés
en rébellion. Une majorité frustrée qui a d'ailleurs
décidé depuis les élections consulaires contestées
du 1er octobre dernier de ne plus jamais participer aux activités
de la Chambre de Commerce et d'Industrie du Mali tant que Bittar restera
en place. Même les industriels qui ont remporté haut les
mains ces élections consulaires se sont désolidarisés
de lui. Est-ce pour contourner cette stratégie de boycott actif
mise en oeuvre par le camp Guittèye que Jeamille Bittar a finalement
opté pour une séparation brusque en installant des structures
parallèles entièrement à sa dévotion ? Tout
porte à le croire. Aussi, le retard accusé par la Cour Suprême
pour trancher le contentieux électoral de la Chambre de Commerce
et d'Industrie du Mali constitue aujourd'hui un facteur de fragilisation
de Bittar. En effet, ce retard est diversement interprété
dans les rangs du secteur privé malien. D'aucuns soupçonnent
même le pouvoir de vouloir priver Jeamille Bittar de sa victoire
afin d'installer une délégation provisoire à la tête
de la CCIM jusqu'à la fin des élections générales
au Mali. Toutes choses qui auraient poussé Bittar à anticiper
sur le cours des événements. En décidant ainsi de
créer le MEDEM, espère-t-il disposer désormais d'un
instrument de pression contre les autorités du pays ? Un instrument
qui lui permettra en outre de prendre l'initiative en consolidant, par
le truchement des trois nouvelles structures créées, son
pouvoir actuel qui est fortement contesté et menacé.
Birama Fall
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