|
Coton biologique : Le Mali donne le ton
(L'Essor 11/12/2006)
Ce coton diminue le risque d'endettement chez les paysans et leur permet
de vivre du fruit de leur travail en respectant l'environnement et leur
santé
Quelle alternative pour les paysans maliens à l'heure où
le coton connaît une crise mondiale sans précédent
? C'est à cette question que le Mouvement biologique du Mali (Mobiom)
tente de répondre à travers son label coton biologique et
équitable. Dans le cadre des actions de vulgarisation de ce produit,
les responsables du Mobiom ont organisé, la semaine dernière,
une conférence de presse, au siège de leur organisation
à Bougouni sur le thème "Coton biologique et équitable
: acquis, limites, défis et enjeux".
La différence entre le coton biologique et les autres labels de
coton tient au système de production. L'agriculture biologique
est un système qui valorise les ressources naturelles. Elle n'autorise
pas l'utilisation d'intrants chimiques de synthèse comme les engrais
et les pesticides chimiques. En agriculture biologique, la fertilité
du sol est assurée par le rotation culturale, l'utilisation de
plantes légumineuses et l'apport d'engrais organiques, tels le
fumier et le compost, a expliqué le directeur du Mobiom, Sidi El
Moctar N'Guiro. L'utilisation des semences génétiquement
modifiées est formellement interdite dans la culture biologique,
précisera-t-il.
Au Mali, le coton biologique est cultivé depuis 1998 dans les cercles
de Kolondièba, Yanfolila et Bougouni. La phase expérimentale
qui s'est étendue de 1998 à 2001 a permis d'impliquer les
cotonculteurs ainsi que les prestataires de services dans la culture du
coton biologique.
Lors de la campagne 2005, plus de 1700 producteurs de coton dont 40 %
de femmes ont cultivé le coton biologique pour une production estimée
à 386 tonnes. Ces résultats ont permis à Helvetas
Mali qui s'est engagé d'accompagner les producteurs à travers
son programme coton biologique et équitable d'obtenir les certificats
de conformité biologique et de commerce équitable décernés
respectivement par Ecocert international et Fair trade labelling organisation
(FLO).
Pour le directeur du Mobiom, ces distinctions attestent que le coton biologique
malien ne souffre d'aucune anomalie. Son organisation qui regroupe 29
coopératives de producteurs des secteurs CMDT de Yanfolila, Kolondièba
et Bougouni entend, par conséquent, faire de la production du coton
biologique et équitable son cheval de bataille. Plusieurs raisons
militent en faveur de cette option. Primo, le coton biologique a un avantage
comparatif sur le marché international contrairement au coton conventionnel
; secundo, le marché du coton biologique est porteur du fait de
la faiblesse de l'offre par rapport à la demande croissante des
firmes, et tertio, le coton biologique est rémunérateur
car il dispose d'un prix minimum garanti qui est de 272 Fcfa le kg pour
les producteurs, a énuméré N'Guiro.
Le coordinateur du programme coton biologique et équitable de Helvetas
Mali, Sékou Diarra, a insisté sur l'importance du rôle
que la culture du coton biologique peut jouer dans la lutte contre la
pauvreté et l'amélioration des conditions de vie des producteurs.
Elle diminue le risque d'endettement chez les paysans et leur permet de
vivre du fruit de leur travail en respectant l'environnement et leur santé.
Mobiom et Helvetas Mali, avec l'appui de la CMDT, veulent faire la culture
du coton biologique un moyen de lutte contre la pauvreté. Ainsi,
ils ont adopté un programme triennal 2006-2008 portant sur l'accroissement
de la production à travers une augmentation du rendement et l'autonomisation
de la filière. Pour cela ces deux structure entendent hisser la
production de 800 tonnes en 2006 à plus de 2000 tonnes en 2008.
Le président du conseil d'administration du Mobiom, Moussa Diarra,
lui même producteur, a témoigné des avantages de la
culture du coton biologique,, un salut, assure-t-il, pour les producteurs.
Le chargé du programme promotion des filières, Frank Merceron,
a appelé les paysans maliens à cultiver le coton biologique
vers lequel l'engouement des bailleurs de fonds va croissant. Le Mali
est le premier pays producteur de ce genre de coton en Afrique et pourrait
en tirer un grand profit.
Be COULIBALY
© Copyright L'Essor
Archives
|