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Pain : Officiellement, les prix ne bougent pas
(L'Essor 06/12/2006)
La confusion entretenue depuis le week-end vient majoritairement de boutiquiers
qui tentent de se rembourser sur leurs clients d'une ponction sur leur
marge
Le prix du pain a-t-il vraiment augmenté ? C'est la rumeur qui
circule à Bamako depuis samedi. Naturellement, la confusion n'a
pas manqué de troubler les consommateurs. A juste titre car le
pain figure dans l'ordinaire quotidien des Bamakois. Pour en avoir le
coeur net, rien ne valait un petit tour des boulangeries et boutiques
de revente de la place.
HAUSSE À KOROFINA : Même si la hausse n'est ni officielle,
ni générale, le prix du pain a bien grimpé dans certains
quartiers de la capitale. Particulièrement dans certains secteurs
de Lafiabougou où samedi, une pénurie avait même été
créée. La miche de gros pain se revendait à 275F
ici. Au Badialan et à Korofina également la baguette, communément
appelée petit pain, était cédée par endroit
à 150 Fcfa et le gros pain à 300 Fcfa.
Aucune augmentation de prix n'est pourtant signalée dans trois
des quatre boulangeries que nous avons visitées. Il s'agit des
boulangeries Dossolo à Niaréla, Diamou à Quinzambougou
et le Complexe industriel SOADF de N'Golonina. La baguette est toujours
vendue à 125 F et le gros pain 250 Fcfa. Les prix n'ont pas bougé
non plus dans les boutiques de ces quartiers. Idem à Bacodjicoroni
où les tarifs sont restés stables tant dans les boulangeries
que chez les revendeurs.
Par contre la hausse était réelle à Korofina. Le
gérant de la boulangerie Makadji de Korofina, Demba Makadji reconnaîtra
une augmentation générale du prix du pain à la consommation
en Commune I. Les revendeurs sont obligés de vendre le pain à
150 F pour la baguette et 300 F pour le gros pain, parce que la boulangerie
a haussé ses tarifs en amont. La baguette qui était vendue
à 100 F est cédée désormais à 112,5
Fcfa et le gros pain est passé de 200 à 225 Fcfa à
la boulangerie. Le pain renchérit, explique le boulanger, car la
farine a fait de même. "Avant, nous achetions le sac de 50
kg de farine à 15 000 Fcfa aux Grands moulins. Présentement,
il coûte 15.500 Fcfa, soit une augmentation de 500 Fcfa. La farine
importée, elle, se vend à 16 000 F, les 50 kg.
A la boulangerie Diamou, rien n'a bougé. Le cogérant Koffi
Adika n'est pas au courant de l'augmentation du prix de la farine aux
Grands moulins car son entreprise ne s'approvisionne pas dans cette société.
A Diamou, on n'envisage pour le moment aucune augmentation.
A la SOADF aussi aucune augmentation ne se profile. Son directeur général,
Yacouba Gagny Kanté, commente : "le pain est un élément
très sensible et la décision d'augmenter n'est pas collective.
Elle doit certainement concerner quelques boulangeries ou des boutiquiers.
Mieux, s'il y a changement, nous sommes affiliés à des syndicats
qui doivent nous donner des directives. Ici nous ne livrons pas nos produits
aux revendeurs, c'est à dire aux boutiquiers pour des raisons d'hygiène".
CUISINE INTERNE : Le président du syndicat des distributeurs de
pain, Hamma Ousmane Touré, lui aussi est formel. Ce sont les boutiquiers
eux-mêmes qui ont décidé unilatéralement d'augmenter
le prix du pain. La décision n'est pas officielle, assure-t-il.
"Officiellement aucune décision d'augmentation du prix du
pain n'a été décrétée et n'est envisagée",
indique Mamadou Lamine Haïdara, le président du Syndicat national
des boulangers du Mali. Analysant la situation, il estimera que c'est
un problème de réajustement qui est à nouveau posé.
Et de rappeler que le réajustement, demandé par l'Alliance
des boulangers de Bamako ABM, procède, de son point de vue, du
respect des dispositions réglementaires définies par l'État.
Le promoteur, acteur principal de chaîne de panification, ne tirait
jusque là que 15 Fcfa de bénéfice sur la baguette,
le livreur gagnait de 15 à 20 Fcfa et le boutiquier empochait à
lui seul 50 Fcfa : "C'est inéquitable !".
L'ABM dirigée par Vincent Caravello réclamait un réajustement
du prix de cession du pain dans les proportions définies par les
pouvoirs publics. Explication : depuis 2001, le gouvernement et le syndicat
des boulangers avaient, de manière consensuelle, fixé le
prix de la miche de 400 g à 230 Fcfa et de la baguette de 200 g
à 115 Fcfa. Ces prix sont officiellement ceux qui doivent être
pratiqués entre les boulangers et les détaillants. Ces derniers
revendant le pain au consommateur à respectivement 250 et 125 Fcfa
(Voir l'Essor du 5 juillet 2006)
Pour justifier cette nécessité de réajustement, Mamadou
Lamine Haïdara insistera sur le fait que le boulanger en tant que
promoteur investit aujourd'hui des sommes allant de 40 à 100 millions
de Fcfa pour monter son entreprise. En retour, il ne récolte que
15 F par baguette comme le distributeur et trois fois moins que le boutiquier.
"Face à la situation nous nous sommes concertés en
faveur d'un réajustement tout en insistant sur le maintien du prix
à la consommation. Ce réajustement ne concerne nullement
les consommateurs. C'est une cuisine interne. On s'est entendu sur le
fait qu'on ne touche pas à la marge bénéficiaire
du distributeur. Les boulangers ont demandé de prélever
25 F sur la marge du boutiquier. Des réunions conjointes autour
de la question ont eu lieu à la CCIM avec les représentants
des boulangers, commerçants détaillants et du syndicats
des livreurs. La décision de réajuster a été
prise unanimement et c'est ce qu'on cherche à appliquer présentement.
Jusqu'à preuve du contraire, la réglementation en vigueur
concernant le prix du pain est valable et les acteurs du secteur sont
tenus de la respecter", indique Mamadou Lamine Haïdara.
Un communiqué de presse parvenu du ministère de l'Industrie
et du Commerce est venu corroborer cette déclaration. Le communiqué
annonce qu'une réunion de concertation s'est tenue hier dans les
locaux du département entre les syndicats de boulangers et des
distributeurs de pain sur la situation actuelle du prix du pain à
la consommation. Durant cette rencontre, le ministère a rappelé
à tous les acteurs de la filière que le prix du pain au
consommateur reste inchangé : 125 Fcfa pour la baguette de 200
g communément appelée petit pain et 250 Fcfa pour la baguette
de 400g, c'est-à-dire le gros pain. En attendant l'aboutissement
des concertations en cours, le ministère invite les opérateurs
économiques au respect scrupuleux de ces prix.
F. MAIGA
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