|
Les conséquences de la crise Ivoirienne (L'Essor
23/12/2002) Tema, Dakar, Conakry ont honorablement
suppléé Abidjan, entrainant d'inévitables surcoûts
mais assurant le ravitaillement de notre pays L'une des principales leçons
que notre pays aura tiré de la crise ivoirienne est sans doute le danger
qu'il y a à dépendre exclusivement d'un seul pays pour son ravitaillement.
De fait, le réveil a été douloureux pour nous au lendemain
de l'éclatement de la mutinerie en Côte d'Ivoire, pays par lequel
près de 70 % de nos importations et exportations transitaient. Il est vrai
que comme frappées par un pressentiment, les autorités ont entrepris
ces dernières années une politique de diversification de nos débouchés
en lançant des programmes de construction de routes en direction de la
Guinée, de la Mauritanie et du Sénégal et en négociant
des zones franches dans plusieurs ports de la sous-région. Mais les événements
se sont précipités en RCI, obligeant ainsi le gouvernement à
prendre des mesures d'urgence pour assurer le ravitaillement correct du pays en
produits de consommation courantes tels que le riz, le sucre, la farine. Pas
de rupture de stock mais quelques tensions. Dans les premières semaines
du déclenchement de la crise, on avait craint le pire. La principale inquiétude
des autorités portait sur l'approvisionnement du marché pour le
mois de Ramadan qui s'approchait. Mais la réaction des pouvoirs publics
et des opérateurs économiques a été très prompte.
Le président de la République avait aussitôt dépêché
le ministre du l'Industrie et du Commerce Choguel Maïga dans plusieurs capitales
de la sous-région pour négocier des conditions favorables dans les
ports et pour la traversée de ces pays. Grâce à cette promptitude,
il n'y a pas eu de rupture de stock sur les produits essentiels même si
l'on a enregistré quelques tensions ça et là sur les prix
de certains produits. Quand la mutinerie éclatait le 19 septembre dernier,
les commerçants maliens avaient selon le directeur national des transports
Bréhima Fomba 7243 tonnes de riz, 7160 tonnes de sucre, 1000 tonnes de
farine et 6726 tonnes de fer à béton au port d'Abidjan. Ces produits
s'étaient retrouvés du coup bloqués au port. La première
des choses à faire, était de s'occuper de la gestion de ces stocks.
A cet effet, une mission fut dépêchée à Abidjan. Elle
obtint des organismes privés et publics du port (acconiers, manutentionnaires,
le Conseil ivoirien des chargeurs...) de renoncer aux surcoûts portuaires
qu'entraînait un long stockage des produits. Dans un deuxième
temps, il fallait renégocier leur expédition sur le Mali, soit en
les réembarquant à destination d'un autre port soit en les acheminant
par route via le Ghana. Mais les deux opérations se révélaient
extrêmement coûteuses et les opérateurs économiques
préférèrent garder les marchandises à Abidjan en attendant
des jours meilleurs. C'est ainsi que les 22130 tonnes de marchandes que la crise
a "surprises" au port restent pratiquement en l'état. L'essentiel
du trafic passe aujourd'hui par Tema et Dakar. Après la gestion de ces
stocks, il fallait trouver d'autres alternatives en orientant les bateaux vers
d'autres ports : Tema, Lomé, Conakry notamment. Ces changements de circuit
entraînent évidemment des surcoûts sur le transport. Le directeur
national des transports, Bréhima Fomba en donne l'illustration. Quand on
prend le corridor Abidjan-Ghana-Burkina Faso, le coût de transport d'une
tonne de marchandise générale s'élève à 69
573 F cfa. Si la marchandise part directement de Tema et passe par le Burkina
Faso, le coût du transport de la tonne tombe à 43 112 F cfa. Alors
que par la voie classique Abidjan-Bamako, il faut 37 000 F cfa pour acheminer
une tonne. Mais dans le contexte actuel, le choix étant plus que limité,
c'est par Tema et Dakar que passe aujourd'hui l'essentiel du trafic. En fin de
semaine dernière, nos opérateurs économiques disposaient
de plus de 38.000 tonnes (toutes marchandises confondues) au port de Tema. Le
directeur national des transports salue la bonne collaboration des autorités
ghanéennes même si les contrôles sont quelque fois intempestifs.
La raison officielle avancée par les autorités de ce pays est qu'elles
veulent s'assurer qu'il n'y a pas de trafic d'armes via leur territoire. En même
temps pour encourager les opérateurs économiques maliens à
utiliser leurs ports, les Ghanéens taxeraient très fort les marchandises
provenant d'autres ports concurrents (Abidjan notamment). Le
bond spectaculaire de Conakry. Le revirement de nos commerçants sur le
port de Tema a eu un effet inattendu pour le Burkina Faso : la "surcharge"
des routes. Les autorités de ce pays auraient même amicalement attiré
l'attention du gouvernement sur cet aspect estimant que leurs routes sont en train
de se dégrader à cause des gros porteurs qui ne respectent pas le
tonnage autorisé. S'il y a une autre destination sur laquelle le trafic
a fait un bond spectaculaire, c'est bien Conakry. En effet son port abritait la
semaine dernière 12 185 tonnes de sucre malien et 9 093 tonnes de riz alors
qu'avant la crise il y avait moins de 1000 tonnes de marchandises. Nul doute que
dans les prochaines années, cette direction prendra une importance grandissante
dans nos échanges commerciaux avec la route Bamako-Kankan en construction. Par
ailleurs, on assiste également à une augmentation du trafic sur
Dakar où se trouvent actuellement stockées 72 397 tonnes de marchandes.
Quant à Lomé, son port n'a connu aucune activité particulière
avec la crise ivoirienne et reste cantonné dans sa spécialité
traditionnelle : les voitures d'occasion. Mais a révélé Brehima
Fomba, il est prévu d'en faire le port principal d'exportation de notre
coton. Finalement, il n'y a pas lieu de se faire trop de soucis pour l'approvisionnement
du marché malien, assure le directeur national des transports. Une cellule
de crise a été mise en place qui fait régulièrement
le point de la situation des stocks aussi bien dans les différents ports
qu'au niveau des grossistes. Chaque fois qu'elle constate que les stocks de tel
ou tel produit sont en baisse, elle donne l'alerte aux commerçants. S.
TOGOLA © Copyright L'Essor Nouvelles
économiques du mois de novembre Nouvelles
économiques du mois d'octobre Nouvelles
économiques du mois de septembre Nouvelles
économiques du mois d'août Nouvelles
économiques du mois de juin Nouvelles
économiques du mois de mai
Nouvelles économiques du mois d'avril Nouvelles
économiques du mois de mars |