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Coton malien : la privatisation à reculons
(InfoSud 27/11/2007)

(Syfia Mali) Première entreprise du pays, la Compagnie malienne pour le développement des textiles (CMDT) s’apprête à faire le grand saut dans la privatisation après avoir résisté des années aux pressions des institutions de Bretton Woods. Réticences des paysans et des salariés, inquiétudes pour l'avenir. L'État est au pied du mur, mais le débat se poursuit.

Dans quelques semaines, les appels d'offres pour la reprise de la Compagnie malienne pour le développement des textiles (CMDT) seront lancés. Le feuilleton de la privatisation du coton malien, qui dure depuis six ans (voir encadré), devrait prendre fin en août 2008. Une perspective qui suscite bien des inquiétudes à commencer par celles des producteurs. "Nous craignons que les privés, une fois installés, nous imposent des prix qui ne nous laissent pas le choix", s’inquiète Issa Diarra, en ce mois de novembre, tout en scrutant son champ où l’éclatement des capsules de cotonnier laisse présager une récolte moyenne. "Nous savons que sous d’autres cieux, avec la chute des cours, les producteurs accusent des années de retard de paiement de la part des égreneurs privés. Pourra-t-on éviter une telle situation chez nous ?", s'inquiète-t-il.
Paysans mais aussi salariés de la société cotonnière, prestataires de service : toute la filière s'interroge : le coton malien survivra-t-il à la privatisation de la CMDT. Pendant une trentaine d'années, l'or blanc a, en effet, tiré l’économie vers le haut. La CMDT, filière complètement intégrée, créée en 1974 par l’État malien et la Compagnie française de développement des textiles (CFDT), devenue Dagris, assurait l’ensemble des fonctions de production, d’égrenage et de commercialisation, mais aussi des activités de développement rural relevant de missions de service public : construction de pistes rurales, hydraulique villageoise, alphabétisation, etc.

Des déficits à gérer

Le coton malien comme toutes les filières africaines a subi ces dernières années la baisse des cours mondiaux, conséquence d'une surproduction, liée entre autres à l'augmentation de la production chinoise et aux subventions que les États-Unis et l’Union européenne accordent à leurs planteurs. Malgré deux recapitalisations, la CMDT accuse actuellement un déficit de 27 milliards de FCFA (41 millions €). Le prix d’achat du coton graine aux paysans est passé de 210 FCFA en 2004 à 160 FCFA actuellement.
Bien que préconisée de longue date par les institutions de Bretton Woods pour sortir de la crise, la privatisation du géant du textile malien continue à faire débat. "La privatisation n’est pas une solution miracle qui viendra régler les problèmes que nous connaissons aujourd’hui, s’insurge le PDG de la CMDT, Ousmane Amion Guindo. Si les cours ne se redressent pas, ce seront les mêmes difficultés de trésorerie. Je vois mal comment les privés accepteront de prendre les déficits en charge". Mais pour le chef de la Mission de restructuration du secteur coton (MRSC), N’Fagnanama Koné, ancien ministre de l’Agriculture, "la réforme est faite pour sauver l’entreprise". "Il s’agit en fait que l’État se retire de ce qu’il fait moins bien que les privés, rétorque-t-il. Aucun partenaire (Banque mondiale et FMI, Ndlr) ne comprend que l’État continue à mettre de l’argent. Si les privés ne viennent pas, il faut savoir que l’État ne continuera pas à payer les déficits. Il n’y a pas d’alternatives possibles."

L'État au pied du mur

Le poids économique du secteur est tel que l’État a longtemps hésité, mais la Banque mondiale et le FMI l'ont placé au pied du mur en liant en 2004 le financement du programme gouvernemental à la privatisation. Le schéma de privatisation prévoit de démembrer la CMDT en quatre filiales dont les capitaux seraient repartis à hauteur de 61 % pour l’opérateur privé, 20 % pour les producteurs, 17 % pour l'État et 2 % pour les travailleurs. Ces derniers craignent d'être licenciés par les repreneurs même si la MRSC assure le contraire. Les 1946 agents devraient être entièrement redéployés dans les filiales. "Nous ne croyons pas à une telle promesse. Nous ne voulons pas être mis devant le fait accompli. Les privés licencient toujours du personnel après une reprise en main des activités. Nous voulons que les travailleurs partent dans la dignité", affirme le secrétaire général du syndicat de la filière coton, Zakariyaou Diawara. Certains salariés, doutant de la réussite de la privatisation, préféreraient quitter l’entreprise avec des indemnités payées par l’État avant que les privés ne prennent les commandes. Après avoir observé deux grèves, les travailleurs veulent durcir le mouvement s’ils ne sont pas écoutés.
En attendant, le processus de privatisation accuse du retard. La création des filiales, qui devait intervenir en juillet 2007, n’est toujours pas faite. De même que la mise en place de l’Interprofession du coton, de l’Office de classement du coton (OCC) et de la Bourse du coton (tous prévus pour avril 2006).
Au Mali, la crainte se fait de plus en plus sentir que la privatisation tant annoncée soit un séisme de plus pour une filière déjà laminée par la chute des cours. Ce qui sonnerait le glas de la production cotonnière au Mali, premier producteur d'Afrique jusqu’en 2004. "Vous imaginez – que Dieu nous en garde ! – le Mali sans coton ! Ce serait le Mali sans 140 à 180 milliards (de FCFA par an, Ndlr) de revenus qui sont distribués aux producteurs et à l’ensemble des acteurs. Le coton est le revenu le mieux partagé au Mali. C’est le seul qui profite à 3,5 millions de personnes sans oublier toutes les autres activités annexes qui tournent autour de cette locomotive, des transporteurs en passant par les banques", conclut le PDG de la CMDT.

Le commencement de la fin

Du temps de sa splendeur, le coton faisait vivre le tiers de la population malienne, produisait presque la moitié des richesses du pays et permettait à l'État de payer une part des salaires des fonctionnaires. Les difficultés commencent pour la CMDT à la fin des années 1990 quand les cours commencent à baisser sur les marchés mondiaux.
En 2000, une grogne des producteurs, un aide-mémoire des institutions de Bretton Woods sur la chute des performances du géant, suivi d’un audit international, révèlent au grand jour les difficultés financières de l’entreprise. Mauvaise gestion, malversations, contrôle interne insuffisant : ces pratiques peu orthodoxes ont fini par miner le fleuron de l’économie malienne. Le caractère structurel de la crise conduit le gouvernement à subventionner la CMDT année après année. Les bailleurs de fonds préconisent la libéralisation du secteur : abandon des missions de service public et privatisation de la CMDT. Ainsi est créée en 2001, la Mission de restructuration du secteur coton (MRSC), rattachée à la Primature, pour conduire la réforme. Prudent, le gouvernement avait lancé en 2002 une privatisation partielle portant sur 3 des 17 usines d’égrenage. Echec : l’appel d’offres est déclaré infructueux faute de proposition financière intéressante.

Fousséni Traoré

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