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Coton malien : la privatisation à reculons (Syfia Mali) Première entreprise du pays, la Compagnie malienne pour le développement des textiles (CMDT) sapprête à faire le grand saut dans la privatisation après avoir résisté des années aux pressions des institutions de Bretton Woods. Réticences des paysans et des salariés, inquiétudes pour l'avenir. L'État est au pied du mur, mais le débat se poursuit. Dans quelques semaines, les appels d'offres pour la reprise de la Compagnie
malienne pour le développement des textiles (CMDT) seront lancés.
Le feuilleton de la privatisation du coton malien, qui dure depuis six
ans (voir encadré), devrait prendre fin en août 2008. Une
perspective qui suscite bien des inquiétudes à commencer
par celles des producteurs. "Nous craignons que les privés,
une fois installés, nous imposent des prix qui ne nous laissent
pas le choix", sinquiète Issa Diarra, en ce mois de
novembre, tout en scrutant son champ où léclatement
des capsules de cotonnier laisse présager une récolte moyenne.
"Nous savons que sous dautres cieux, avec la chute des cours,
les producteurs accusent des années de retard de paiement de la
part des égreneurs privés. Pourra-t-on éviter une
telle situation chez nous ?", s'inquiète-t-il. Des déficits à gérer Le coton malien comme toutes les filières africaines a subi ces
dernières années la baisse des cours mondiaux, conséquence
d'une surproduction, liée entre autres à l'augmentation
de la production chinoise et aux subventions que les États-Unis
et lUnion européenne accordent à leurs planteurs.
Malgré deux recapitalisations, la CMDT accuse actuellement un déficit
de 27 milliards de FCFA (41 millions €). Le prix dachat du
coton graine aux paysans est passé de 210 FCFA en 2004 à
160 FCFA actuellement. L'État au pied du mur Le poids économique du secteur est tel que lÉtat
a longtemps hésité, mais la Banque mondiale et le FMI l'ont
placé au pied du mur en liant en 2004 le financement du programme
gouvernemental à la privatisation. Le schéma de privatisation
prévoit de démembrer la CMDT en quatre filiales dont les
capitaux seraient repartis à hauteur de 61 % pour lopérateur
privé, 20 % pour les producteurs, 17 % pour l'État et 2
% pour les travailleurs. Ces derniers craignent d'être licenciés
par les repreneurs même si la MRSC assure le contraire. Les 1946
agents devraient être entièrement redéployés
dans les filiales. "Nous ne croyons pas à une telle promesse.
Nous ne voulons pas être mis devant le fait accompli. Les privés
licencient toujours du personnel après une reprise en main des
activités. Nous voulons que les travailleurs partent dans la dignité",
affirme le secrétaire général du syndicat de la filière
coton, Zakariyaou Diawara. Certains salariés, doutant de la réussite
de la privatisation, préféreraient quitter lentreprise
avec des indemnités payées par lÉtat avant
que les privés ne prennent les commandes. Après avoir observé
deux grèves, les travailleurs veulent durcir le mouvement sils
ne sont pas écoutés. Le commencement de la fin Du temps de sa splendeur, le coton faisait vivre le tiers de la population
malienne, produisait presque la moitié des richesses du pays et
permettait à l'État de payer une part des salaires des fonctionnaires.
Les difficultés commencent pour la CMDT à la fin des années
1990 quand les cours commencent à baisser sur les marchés
mondiaux. Fousséni Traoré © Copyright InfoSud Archives |