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Privatisation de la CMDT : «Le risque dun
big bang social est réel» selon un spécialiste français
Le risque social dune privatisation mal préparée de la CMDT est grand. Cest ce qua déclaré, entre autres, Maurice Adevah-Poeuf, à la faveur dune conférence-débat, organisée par le Cercle de Réflexion "Djoliba" sur le thème "la privatisation de la filière coton au Mali : opportunités ou catastrophe ?". Cétait samedi 24 novembre en présence dun parterre riche de personnalités politiques, de cadres de la CMDT, de chercheurs, détudiants etc. Ce Licencié en Lettres, détenteur dun DESS en géographie économique et président de lAgence française dappui aux Collectivités (AFAC), sest étonné par ailleurs quaucun candidat nait évoqué ce thème central lors de la présidentielle malienne davril 2007 et du manque dappui de la France au Mali dans ce processus. Parmi les personnalités à intervenir on notera lancien président de lAssemblée Nationale du Mali, Ali Nouhoum Diallo et le Secrétaire Général du RPM, Dr Bokari Téréta. "Pour nous, la réforme du secteur coton diffère de la privation pure de la CMDT. Les Maliens ont tendance à faire la confusion en appréciant la politique économique de lEtat. Les gens ne pensent à écarter lEtat dans la gestion dun secteur que lorsque tout va mal. Dans le processus de réforme, les critères que nous avons retenus pour opérer le choix des sociétés candidates sont très rigoureux. Les sociétés qui ne sont pas de taille ne passeront pas. En tout cas, lEtat est en train de mettre tout uvre pour que le processus se passe dans les conditions qui prennent en compte les préoccupations des producteurs de coton", a déclaré Tiénan Coulibaly, représentant de la Cellule nationale pour la restructuration du secteur coton au Mali. Bokary Téréta de réagir : "La CMDT est en crise. Celle-ci est à deux niveaux : la chute des cours mondiaux et la mauvaise gestion. Le chemin de la privatisation de la CMDT nous conduit à la catastrophe. LEtat malien nest pas prêt. Aucune mesure daccompagnement ne peut être appliquée aujourdhui. LEtat doit repousser léchéance afin de mieux se préparer. Ce qui va lui permettre de sécuriser les investissements des producteurs. Quant aux travailleurs de la CMDT, malgré la volonté de lEtat de les repartir entre les différentes sociétés qui prendront le relais ou accompagneront le processus, ils courent un grand risque de se voir renvoyer un jour. Pour prévenir ce drame, lEtat doit élaborer un plan social". Mohamed Bathily denfoncer le clou : "Dans le cadre de leurs rapports avec la CMDT, les paysans maliens sont toujours restés au stage de paysans ouvriers. Ils ne sont jamais associés aux prises de décisions. Les dirigeants de la CMDT qui se sont succédé ont toujours uvré pour leurs intérêts personnels ou ceux de leurs partis politiques". Comme pour répondre au représentant de la Chambre de commerce et dindustrie du Mali (CCIM), qui soutenait que les Maliens ont trop peur de la privatisation, Ali Nouhoum Diallo, ancien président de lAssemblée nationale, a souligné, haut et fort, que la privatisation ne fait peur personne. Seulement, lorateur a appelé le gouvernement à initier des stratégies pour sauvegarder lintérêt des travailleurs. Ainsi, a-t-il pris lexemple sur la crise qui a affecté la CMDT sous la direction de feu Boubacar Sada Sy qui na hésité à mettre tout en uvre pour sauver lintérêt des travailleurs. "Je crois quil faut faire quelque chose pour que la culture du coton ne soit enterrée au Mali" a-t-il laissé entendre. Maurice Adevah-Poeuf, le conférencier du jour de sétonner que les candidats à la présidentielle davril 2007 nont, en aucun moment, mentionné dans leurs discours la privatisation de la filière coton. Ainsi -t-il affirmé : "Je suis étonné de voir que tous les candidats à la présidentielle soient passés à côté de la problématique de la privatisation de la CMDT. Si tous les partis avaient dénoncé cette politique, le FMI et la Banque mondiale nallaient pas pouvoir imposer quoi que soit sur le Mali. Voilà aujourdhui, on nest face à une date butoir". Il convient de souligner quen prélude aux échanges, M. Adevah-Poeuf a entretenu son assistance composée dhommes politiques, des chercheurs, des étudiants et certains travailleurs de la CMDT. Dans son allocution, le conférencier a souligné que la CMDT est confrontée à une défaillance organisationnelle, individuelle. Sy ajoutent leffondrement du marché mondial et la pression des institutions de Bretton Woods notamment la Banque Mondiale et le FMI. "En réalité la France na pas soutenu le Mali dans cette affaire. Elle sest complètement lavé la main" a-t-il laissé entendre. Sagissant de la réussite de cette opération, le conférencier reste optimiste. Selon lui, le challenge pour le Mali, cest de réussir la privatisation. Pour cela, il pose des conditions qui sont, entre autres, le maintien au haut niveau de la production malienne, laccès des producteurs à un crédit élevé, la prise en charge par lEtat des déficits financiers et une plus grande rigueur chez les cadres de lentreprise. En ce qui concerne le schéma de la privatisation, M. Adevah-Poeuf a déclaré quil est très séduisant, voire illusoire. Cependant, après une analyse approfondie, lorateur trouve que le schéma recèle une catastrophe totale. Primo, le découpage des zones réduit considérablement la rentabilité. Exemple, la zone de Kita ne pourra produire que 40 000 tonnes. Ce qui est très peu pour le ravitaillement dune société sérieuse. Secundo, le risque social est grand. Car les sociétés redoutent les mouvements syndicaux et il est difficile pour elles demployer tout le personnel de la CMDT. Tertio, il faut un choix éclairé sorti dune logique économique. A souligner quà onze mois de la date butoir du processus, aucune société na déposé sa candidature. "La privatisation peut être une réussite à condition quon soit pragmatique et que la volonté politique laccompagne" a-t-il conclu. Abdoul Karim KONE © Copyright L'Indépendant Archives |