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Comment les sociétés minières se
tapent notre or ! « Je ne veux pas faire de politique politicienne et me glorifier de résultats, alors que je sais que je ne contrôle pas tout », confiait, il y a peu, Ahmed Diane Séméga, ex Ministre des mines, aux enquêteurs de la FIDH. Ex opérateur minier, bombardé Ministre des mines en 2002, Ahmed Diane Séméga, aujourdhui, Ministre des Transports, avoue en ces termes, lincapacité de lEtat malien à imposer sa réglementation aux compagnies minières. Mais aussi, à contrôler le processus dexploitation et de commercialisation de son or. Entre 1997 et 2005 c'est-à-dire en huit ans dexploitation de nos mines dor -, le Trésor public a perçu 64 milliards CFA. Selon lestimation de la commission des mines de lAssemblée Nationale, cette somme représente moins de 10 % des bénéfices, que lEtat malien tire de ses mines. Pendant ce temps, poursuit le rapport denquête de la FIDH, les compagnies minières maximisent leurs profits. Avec la complicité dun Etat, qui ne peut ou ne veut pas contrôler leurs activités. Ou les obliger à respecter les droits de la main duvre locale. Ou encore, la protection de lenvironnement. Un exemple : lun des trois appareils danalyse du taux de cyanure se trouve au Mali. Les deux autres sont au Ghana et en Afrique du sud. Une technologie qui coûte 30 millions CFA pièce, aux mains des scientifiques du laboratoire danalyse privé de Morila SA. Mais ces derniers communiquent les résultats des analyses aux fonctionnaires maliens. Sans que ces derniers aient la possibilité de les vérifier. Mais, poursuit le rapport, le manque de moyens nexplique pas le silence des autorités maliennes, face à la destruction de lenvironnement. Mais aussi, face au génocide de populations entières de singes et doiseaux rares. Surtout, à la mine dor de Syama. « Bon nombre de documents prouvent que les sociétés minières et les régulateurs maliens sont au courant de la plupart des problèmes, en matière denvironnement depuis 10 ans. Mais que les insuffisances relevées sont demeurées inchangées », témoigne lAssociation américaine OXFAM. Autre exemple de lincurie de lEtat malien : une fois cédé à la société suisse, Hargor Heureus SA, lor malien disparaît des radars publics. Pire, ajoute le rapport de la FIDH, à aucun stade du circuit daffinage des lingots dor, lEtat malien nest associé. Or, explique le rapport, laffineur ne paye lintégralité de la valeur de lor, quune fois ce dernier affiné. LEtat malien, réduit en paria par les compagnies minières. Ainsi, lEtat malien est totalement exclu du processus dextraction de son or. Mais aussi, du contrôle des ressources financières, qui en sont issues. Motif : aucune des pistes, tracées en 2002, pour sauvegarder les intérêts de lEtat, na abouti : ni les contrôles techniques, ni les contrôles économiques et financiers. Encore moins, le contrôle du circuit de commercialisation. Et ce, en dépit des conseils de deux cabinets internationaux : M Consulting et DSM consulting. Elaborés pour, dit on, attirer les investisseurs étrangers, le code minier de 1991 dailleurs jamais appliqué et le prochain en cours délaboration instaurent des rapports de force déséquilibrés entre lEtat et les compagnies minières privées. Les cadeaux fiscaux ont appauvri lEtat, en le privant de précieuses recettes, quil ne pourra jamais récupérer. Mieux, lespérance de vie des mines dor excède, rarement, quinze ans. Or, les compagnies minières sont, en vertu du code minier, exemptes de taxes et dimpôts, durant les cinq premières années de leurs activités. Cinq premières années, au cours desquelles, les sociétés minières optimisent leurs profits. Conséquence : lEtat malien devient un paria économique, exclu quil est, de lexploitation et de la gestion de son métal jaune. Autre échec de la politique minière au Mali : le refus de nos autorités de diversifier lexploitation dautres ressources minières, au profit de lor. Le sous-sol malien, révèle le rapport, renfermerait du diamant, du fer, de la bauxite, du manganèse, de luranium, du phosphate, du calcaire, du zinc, du marbre etc Mais ces trésors restent inexplorés et inexploités, au profit de lor, détourné au nez et à la barbe de lEtat malien, par les compagnies minières. Les vrais proprios de lor malien Ils sont au nombre de trois : Anglogold Ashanti, Rangold Resources et, enfin, Iamgold. Cotées en bourse, ces compagnies minières privées se tapent des milliards de dollars avec notre or. Pendant ce temps, lEtat malien, lui, reste condamné à téter les mamelles des ONG. Ou celles des Intitutions de Bretton Wood pour pouvoir payer ses fonctionnaires. Mais qui sont ces compagnies minières, qui sapproprient notre or, au nez et à la barbe de lEtat malien ? Anglogold Ashanti, le bailleur pilleur Née en avril 2004 de la fusion du sud africain Anglogold limited et du Ghanéen Ashanti Goldfiels, pour une transaction de 1,4 milliard de dollars, elle figure en tête des producteurs mondiaux dor, avec 24 mines sur les quatre continents. Cotée en bourse à Londres, New -York, Paris, Bruxelles, Johannesbourg, Accra, cette compagnie minière est détenue à 43 % par des investisseurs américains, 23 % par des sud africains, 20 % par des Britanniques, 9 % par dautres européens et 0,4 % par dautres africains. A côté des actionnaires dominants, comme Anglo American ou Bank of New York, figure un autre actionnaire, inattendu : le gouvernement du Ghana, qui détient 3,4 % de son capital. Anglogold Ashanti a extrait, en 2005, 6,2 millions donces dor, soit 6 % de mieux en un an. Elle a gagné, la même année 469 millions de dollars. LAfrique du Sud est prépondérante dans son portefeuille dactivité ; elle y emploie 42.000 salariés et y a investi 347 millions de dollars. Au Ghana, en Guinée, en Namibie, au Mali et en Tanzanie, les salariés dAnglogold sont au nombre de 16.200. Au Mali, Anglogold Ashanti a produit 258.000 onces dor, soit 8 % de sa production en 2005. (4 % à Morila, 2,5 % à Sadila et 1,5 % à Yatela). Le Mali est dans le peleton de queue des investissements du géant sud africain avec 8 millions de dollars dépensés, contre 22 millions en Guinée, 89 millions en Tanzanie et 100 millions au Ghana. Au Mali, Anglogold Ashanti nemploie que 1 300 personnes : 580 à Sadiola, 210 à Yatela et 478 à Morila. Randgold Resources, le siphoneur de métal jaune Cest une entreprise enregistrée sur lîle de jersey, un paradis fiscal au large des côtes anglaises. Cotée, depuis 2002, sur le Nasdaq, sa capitalisation est dun milliard de dollars. Elle est devenue rentable, trois ans seulement après sa création. On compte deux types dactionnaires en son sein. Ceux qui contrôlent les 8/10 de son capital : institutionnel avec BNY Limited (78 % et public Via les ADR et les petits investisseurs américains avec 25 %). Présente au Sénégal, en Côte divoire, en Tanzanie, au Burkina Faso et au Ghana, Rangold Resources pourrait être qualifiée de « junior adulte ». Au Mali, cest elle qui a découvert la mine dor de Morila. Fin 2005, louverture de la mine de Loulo, dont Randgold est le seul actionnaire privé, (80% aux côtés de lEtat malien) permet à cette société de maximiser ses profits sur le dos de lEtat malien. « Nous faisons des profits dès le premier mois » se félicite, son directeur général, Marc Bristow. A Loulo, Randgold Resources emploie environ, 500 personnes. En 2005, elle a engrengé des profits estimés à 41 millions de dollars, contre 19 millions de dollars, un an plus tôt. Et combien le Mali, lui, a gagné dans tout ça ? Des misères et du cyanure, serait ont tenté de répondre. Iamgold, le « ça profite » Cest la seule entreprise canadienne de ce trio infernal. Elle exploite cinq mines en Afrique, dont deux au Mali, une au Botswana, deux au Ghana. Elle effectue, actuellement, des prospections en Argentine, au Brésil et en Tanzanie. Basée à Toronto et Cotée à la bourse de New- York et à la Stock Exchange, elle a produit 447.000 onces dor en 2005. Et ses réserves sélèvent à 4,5 millions donces. © Copyright Canard Déchainé Archives |