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Prix du pain : L'augmentation clarifie ses contours
(L'Essor 15/11/2007)
La hausse du prix du pain avait été morcelée entre
boulangers, livreurs et vendeurs. La situation est plus nette désormais
Le prix du pain a donc augmenté. Depuis hier, la baguette (ou petit
pain) est vendue 150 francs et la miche (communément appelée
gros pain) est cédée à 300 francs. Joint au téléphone,
Sidi Dagnioko, secrétaire à la communication du Cadre de
concertation de la filière pain, a confirmé l'augmentation,
en ajoutant que la mesure est tombée tard dans la nuit du mardi
au mercredi, à l'issue d'une assemblée générale
des membres du Cadre. Elle a été aussitôt ventilée
dans la même nuit au niveau de toutes les boulangeries de Bamako.
Des avis à l'intention des gérants de boulangerie et des
clients relatif à cette modification étaient affichées
sur les murs des boulangeries visitées par notre équipe
de reportage. Ces avis signés des patrons des deux syndicats des
boulangers de la capitale, Mamadou Lamine Haïdara (Syndicat national
des boulangers du Mali, SNBM) et Habib Coulibaly (Syndicat patronal des
boulangers du Mali, SPBM), précisent les montants des ristournes
et des bénéfices cédés aux livreurs et aux
boutiquiers. Ceux-ci s'élèvent respectivement à 20
et 30 Fcfa. En fait, la réunion du cadre n'a fait qu'apporter des
clarifications à une mesure déjà en application depuis
plus d'une semaine. Il s'agissait essentiellement de formaliser la part
qui revient aux livreurs sur le prix du pain cédé au consommateur.
Cette précision n'avait pas été explicitement prise
en charge par le mécanisme de changement des prix appliqué
depuis plusieurs jours. Et cette omission avait suscité l'ire des
Syndicats de livreurs, a expliqué Sidi Dagnoko.
DES RISTOURNES PEU SATISFAISANTS-De quoi s'agissait-il ? Selon notre
interlocuteur, les livreurs reprochaient aux boulangers de n'avoir pris
en compte que leurs seuls intérêts dans l'augmentation du
prix du pain et en laissant aux livreurs et aux vendeurs le soin de recouvrer
eux-mêmes leurs dûs auprès des clients. Pour mettre
fin à cette situation, ils demandaient l'uniformisation des prix
aussi bien à la boulangerie que chez le boutiquier, prix qui incluraient
(comme par le passé) la ristourne du livreur et le bénéfice
du commerçant. Cependant, nonobstant ces efforts, certains livreurs
remettent en cause la signature de l'accord par leur représentant
au sein du Cadre et jugent insuffisante la marge de bénéfice
concédée par les boulangers. Selon Diabaté, agent
à la Boulangerie MIG au Badialan I, les 20 Fcfa qui leur reviennent
ne suffisent pas pour couvrir leur charge et les risques de perte qu'ils
peuvent enregistrer au cours de la distribution.
Ils demandent donc de revoir le montant de la ristourne des agents. Avis
contraire professé par le superviseur de la Boulangerie Mèmè
Badielika de Torokobougou, Alou Sangaré. Aux yeux de ce dernier,
ce sont les livreurs eux-mêmes qui se créent des problèmes
en voulant coûte que coûte conserver leur clientèle.
La plupart d'entre eux prennent des risques en livrant aux boutiquiers
à un prix inférieur à celui fixé par les différents
partenaires. Alors que le pain était vendu à 250 Fcfa la
miche, certains livreurs le donnaient aux boutiquiers à 200 ou
210 Fcfa. Le prix carreau à la boulangerie étant de 200
Fcfa, les livreurs et les commerçants se partageant 50 Fcfa, soit
25 F chacun.
Allaye Maïga, livreur à la boulangerie "ALLèle"
de Hamdallaye ACI, dément l'information en arguant que ce sont
les boutiquiers qui refusaient ces derniers jours de s'approvisionner
au motif que l'augmentation n'avait pas été officialisée.
Faux, rétorque à son tour un boutiquier du Badialan I, "ce
sont plutôt les livreurs qui refusaient de nous livrer du pain",
dira notre interlocuteur qui a requis l'anonymat.
PÉNURIE DE PAIN DANS LES RAYONS - La guerre des ristournes et
bénéfices a pénalisé nombre de consommateurs
en début de semaine. Hier, nombre de quartiers du District ont
ainsi été touchés par la crise du pain, comme nous
avons pu le constater lors de notre passage dans certaines boulangeries.
Entre autres on peut citer la boulangerie de l'ancien carrefour de Magnambougou,
la Boulangerie du Niger, Badalabougou, la Boulangerie du marché
Diafarana, Hamdallaye et au MIG au Badialan I. L'atmosphère était
morose partout, même si certains agents ont donné l'assurance
que la situation redeviendrait normale avant la fin de la journée.
Selon Sidi Dagnoko, cette pénurie s'explique par deux raisons.
Primo, la réunion de concertation a traîné en longueur,
ce qui n'a pas permis de prévenir à temps tous les livreurs
qu'un accord était intervenu entre les différentes parties.
Secondo, nombre de boulangers avaient perdu patience devant le flou de
la situation. Ils avaient menacé d'aller en grève en cas
de nouveau report des négociations sur l'augmentation du prix du
pain. Certains avaient même annoncé la couleur dès
mardi dernier en diminuant leur production, provoquant donc une pénurie
sur le marché.
Il faut dire que l'augmentation du prix du pain ne constitue pas une surprise.
Au contraire elle semblait inéluctable pour nos compatriotes, compte
tenu de la hausse des prix du blé sur le marché mondial.
Ce marché fait face en ce moment à une forte tension consécutive
aux intempéries intervenues dans les grands pays producteurs du
blé (Australie, Ukraine, France, Grande Bretagne, Argentine) et
à la montée de plus en plus croissante des besoins de consommation
des pays émergents, telles la Chine et l'Inde. L'usage crescendo
des biocarburant dans la consommation tire aussi les stocks mondiaux de
blé vers le bas. Autant de facteurs qui provoquent une tension
sur le marché mondial. Et qui imposent au consommateur malien de
payer à son tour la facture.
A O. DIALLO
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