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Croissance économique: Les banques sur la sellette
Toujours accusé par les opérateurs économiques, le secteur bancaire malien est pourtant resté de marbre, face à ce que les milieux des affaires considèrent comme de la simple agitation. En effet, pour les banquiers, cest un faux procès qui leur est intenté par le secteur privé qui doit commencer par samender. Le secteur privé devrait, selon eux, se refaire une bonne santé en terme dimage et de notoriété. Il nous est revenu que des opérateurs - et pas des moindres- essaient toujours duser de ruse pour gruger le secteur bancaire. Il a été cité - parmi dautres cas- ceux qui, en connivence avec leurs fournisseurs étrangers, présentent à la banque le coût exorbitant dun véhicule ou outillage, alors quen réalité il sagit de deux voire trois véhicules ou machines. Cette manoeuvre frauduleuse pour sauver une des marchandises en cas de non-paiement, témoigne déjà du fondement des relations de méfiance entre le secteur bancaire et les opérateurs économiques. Chapelet de griefs Cest vrai que le secteur privé nest pas sans reproche car, une banque doit pouvoir cerner les atouts et les handicaps dune entreprise cliente. Ceci passe par lanalyse financière des documents comptables de ladite entreprise. Cest là où gît la principale pomme de discorde entre les banques et le secteur privé car, selon des sources dignes de foi, la plupart des entreprises déposent des états financiers variant selon les situations : avec plein de bénéfices pour tromper les banques, le contraire pour échapper au fisc, alors que le vrai bilan est sous le coude du gérant. Le banquier peut aussi apporter une attention particulière à des critères qualitatifs relatifs au dirigeant de lentreprise : sa compétence technique et de gestionnaire, sa moralité, ses moyens personnels, sa capacité de réaction, etc. Les opérateurs économiques, eux, rétorquent que les banques maliennes ne participent pas ou très peu au financement des petites et moyennes entreprises. Dailleurs, profitant de la journée de rencontre avec le chef de lEtat, au cours de lannée 2006, le secteur privé avait décidé de ne parler que de cette préoccupation. A loccasion, le président de la Chambre de commerce et dindustrie du Mali, choisi comme porte-parole du secteur privé, avait égrené un chapelet de griefs à lencontre des milieux financiers et bancaires de notre pays. Liquidités abondantes Pour en finir avec ce semblant de débat de sourds, le gouvernement avait décidé dorganiser une rencontre, une sorte de confrontation regroupant les deux camps sous la supervision du Premier ministre Ousmane Issoufi Maïga. Et hop ! Démarrage des travaux en trombe et paf ! Même pas darrivée en catastrophe. Il faut se contenter dune queue de poisson. Cest à croire que les banquiers et les opérateurs économiques ne parviendront jamais à sentendre de sitôt. Pourtant, la contradiction est là, verte et têtue : il est de plus en plus établi quau Mali, les banques disposent de liquidités abondantes, tandis que léconomie manque de financement à long terme. Lévolution des dépôts bancaires au premier trimestre 2007 confirme la dynamique dévolution : les dépôts sont passés de 490,6 milliards FCFA à 571,5 milliards de FCFA, soit un taux de croissance de 16,5%. Comparés à leur niveau de fin janvier 2005, ils affichent un écart positif de 102,3%. Pour Mars 2007, il est projeté une progression des dépôts bancaires de 3,5%. Cet accroissement est imputable aux opérations effectuées par des entreprises des secteurs minier, pétrolier et commercial. Inadéquation des disponibilités bancaires? Les institutions de micro crédit - qui essaiment comme des abeilles- sont en train de se substituer progressivement aux banques en contribuant de façon remarquable à la petite activité économique. Est-ce là un signe dinadéquation des disponibilités bancaires au financement de léconomie ? Pour les uns, les causes sont dorigine bancaire et résultent de laversion au risque développé par les banques au cours des crises, qui mène à une restriction de loffre de crédit, notamment en faveur des petites et moyennes entreprises. Lattitude des banques vis-à-vis des entreprises, est souvent qualifiée de frileuse, quil sagisse des décisions daccorder des crédits, des conditions de leur mise en place ou de leur suivi. De toute façon, la détérioration du risque PME au niveau des banques se manifeste par une poussée spectaculaire des défaillances dentreprises, aucun secteur dentreprises nétant épargné, aucune catégorie dentreprises nétant à labri. Cest vrai que dans le monde entier, les banques redoutent lenvolée des créances douteuses et des dotations aux provisions qui ne seront que partiellement compensées par le développement des activités de marché dont les résultats demeurent encore très erratiques dune année à une autre. En effet, même si la banque joue un rôle clé dans léconomie en accompagnant les entreprises dans leur réussite ou dans leurs difficultés et en participant au renouvellement du tissu industriel, le crédit à long terme est un pari sur lavenir alors que la visibilité sur les PME dépasse rarement trois ans. Naturellement, les banques ne peuvent pas se laisser aller au-delà du raisonnable en accordant des encours injustifiés sur le plan économique ou en terme de risque. Cest pourquoi, dans le processus de prise de décision, les banques se mettent à rechercher des garanties réelles ou personnelles. Pour dautres, cette situation est attribuable aux normes prudentielles de la Bceao qui font obstacle à lexpansion du crédit. Sy ajoute que les banques sont tenues de respecter un certain nombre de ratios prudentiels et mettre en oeuvre des principes de gestion qui participent des mesures de renforcement du secteur bancaire. Evidemment, ces arguments ne résistent pas à lanalyse, si lon considère la place centrale que le crédit doit jouer dans la dynamique conjoncturelle, dont il peut constituer une condition sine qua none de relance de lactivité économique, du moins tant quil reste stable et maîtrisé. Mais, tous ces arguments ne sont quune touffe darbres qui cachent les relations de méfiance qui existent entre les banques et les opérateurs économiques car, au détour des structures financières décentralisées, les banques injectent bel et bien de largent dans le financement de léconomie. Entre 1996 et 2006, plus dune douzaine de Sfd ont reçu des crédits de plus de 30 milliards de FCFA, accordés par seulement trois banques sous forme de concours direct ou refinancement. Pourquoi alors, certaines banques se sont cachées derrière les SFD pour cacher la tirelire au lieu de traiter directement avec les acteurs du secteur privé ? Là, gît toute la question de confiance qui sérige en mur de démarcation entre le secteur bancaire et le secteur privé du pays. Amadou Bamba Niang © Copyright L'Aube Archives |
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