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Huile pourghère : Le pétrole vert arrive!
(L'Essor 13/11/2007)
La découverte de la plante remonte à environ 70 millions
dannées Il pourra remplacer le pétrole dans l'avenir.
Car contrairement à l'énergie fossile, ses réserves
ne tarissent pas
Le fonctionnaire Souleymane Samaké est revenu à la terre.
Il est devenu producteur de pourghère à Tinkélé,
village situé à environ 70 kilomètres de Bamako,
dans la commune rurale de Ouélessébougou.
Le paysan moderne Samaké est aujourd'hui le président de
l'association "Djitoumou Kunkan" qui travaille à promouvoir
le biocarburant à partir de l'huile de pourghère. Cette
plante est une chance pour notre pays. Le Programme de valorisation énergétique
de la plante pourghère (PVEPP) a déjà réalisé
un bond remarquable. L'utilisation de l'huile de pourghère comme
biocarburant ne relève plus du rêve. Nous disposons désormais
de la technologie nécessaire à la transformation des graines
en huile et tourteau. L'indépendance énergétique
du Mali est possible. Le chef du PVEPP, Aboubacar Samaké, confirme
cet espoir. Toutefois, il émet une réserve: "à
condition que tous y croient et que les politiques appuient les actions
de recherches et les acteurs de la filière".
De son nom scientifique, Jatropha Curcas L, le pourghère est une
ancienne plante, très connue à travers le monde. Mais son
origine précise et la manière de sa propagation, restent
encore mal cernées. Certains chercheurs situent son origine en
Amérique centrale ou du sud. La plante se serait ensuite répandue
au Mexique, au Chili et au Paragay. Selon les archives du Centre national
de l'énergie solaire et des énergies renouvelables du Mali,
son introduction au Cap-Vert par les Portugais au 16è siècle,
marque la date de son arrivée en Afrique.
La découverte du pourghère remonte à 70 millions
d'années environ. Les scientifiques ont découvert des fossiles
de la plante datant du tertiaire. Parmi les 8000 espèces réparties
entre 210 genres de la famille des euphorbiacées, le pourghère
est la forme la plus primitive. Son espérance de vie se situe dans
la fourchette de 50 à 100 ans, dont 30 de pleine production.
Avant la production d'énergie. Le pourghère a connu des
usages multiples. En effet, les feuilles et les racines étant propres
à la consommation selon l'espèce, la plante est aussi utilisée
à titre curatif. L'huile de l'espèce gossypifolia est un
purgatif. Ses racines sont utilisées dans le traitement de la lèpre,
à en croire les sources du CNESOLER. Plusieurs maladies comme le
rhumatisme ou la calvitie sont soignées avec l'huile de pourghère.
Au-delà de la plantation du pourghère par les paysans comme
haie vive pour protéger leurs champs, les sous-produits de la plante
entrent dans la cosmétologie, notamment, la fabrication du vernis.
La plupart des savons qu'utilisent les femmes rurales et même certaines
familles urbaines, est obtenue à partir de l'huile de pourghère.
Les qualités du pourghère comme fertilisant des sols et
de pourvoyeurs d'insecticides sont aujourd'hui avérées.
Ainsi, plusieurs études réalisées au Mali et ailleurs,
ont prouvé la valeur fertilisante du tourteau de pourghère,
compte tenu de sa teneur élevée en éléments
minéraux utilisables par les cultures.
La décomposition et la minéralisation du tourteau de pourghère
sont très rapides, rappellent les scientifiques de l'IPR/ISFRA.
Cette propriété permet aux cultures d'utiliser les éléments
fertilisants libérés quelques jours seulement après
son épandage. Les résultats des études réalisées
dans les champs de l'Institut de Katibougou par le chercheur Fousseini
Samaké ont prouvé des rendements moyens de l'ordre de 1400
kg/hectare sur le sorgho et de 1300 kg/hectares sur le cotonnier, à
la dose de 5 tonnes de tourteau par hectare.
La vulgarisation auprès des producteurs de ces résultats
n'est pas pour demain. Ils attendent d'être confirmés par
un dispositif d'expérimentation étendu sur plusieurs localités
du territoire national, selon Aboubacar Samaké, chef du Programme
de valorisation énergétique de la plante pourghère
(PVEPP). Ainsi, la culture du pourghère offre de multiples opportunités
de développement socio-économique durable pour notre pays.
La filière procure de nombreux avantages.
Elle participe à l'amélioration de la productivité
et de la production agricole. L'industrialisation de l'agriculture par
la valorisation des produits et dérivés est possible. La
filière permet la création d'emplois ruraux. "Si elle
est bien exploitée, la filière se présente comme
une arme redoutable de lutte contre la pauvreté", analyse
Sadio Koité, de la coordination des jeunes de koulikoro, à
la fin de la formation des promoteurs nationaux de la filière pourghère
du Mali.
30% de réduction. Ce taux représente actuellement l'apport
de l'huile de pourghère comme biocarburant dans la facture énergétique
du Mali, selon les statistiques du CNESOLER. Chaque année, s'émeut
Souleymane Samaké, qui préside la coordination des producteurs
de la plante pourghère au Mali, l'État dépense des
centaines de milliards dans les factures d'hydrocarbures. Et pourtant
nous avons des moteurs qui peuvent consommer directement l'huile de pourghère.
En guise d'exemple, nous avons aujourd'hui un véhicule du CNESOLER
fonctionnant à l'huile de pourghère. Les moulins utilisés
en milieu rural pour moudre les graines, pourraient tous fonctionner à
l'huile de pourghère. Les tracteurs et autres machines agricoles
pourraient aujourd'hui être adaptés au biocarburant du pourghère.
Il est propre, moins coûteux. Il protège l'environnement,
garant d'une économie sociale durable, porteur d'espoir.
L'exemple du Brésil, dont plus de 50% des véhicules consomment
du bioétanol (biocarburant à base d'huile végétale),
est encourageant. En valorisant les potentialités énergétiques
de la plante pourghère, nous gagnerons beaucoup en terme d'indépendance
énergétique. Il impulse le développement économique
et social durable, reste convaincue Mme Keïta Awa Keïta, militante
de l'association des productrices de graines de pourghère de Djoliba,
une commune rurale du Mandé.
Les résultats obtenus depuis quelques années, en matière
technologique, autorise le rêve. Dans le cadre de la mise oeuvre
de la valorisation énergétique du pourghère, deux
types de presse ont été expérimentés pour
l'extraction de l'huile de pourghère. Les deux types sont disponibles
sur le marché national et sous-régional.
Le premier type ou "presse Sundhara à moteur", destinée
à l'extraction des huiles végétales, a une capacité
de 1.800 heures de service par an. La presse "bagani", comme
on l'appelle, peut traiter environ 100 tonnes de graines de pourghère
par an. L'appareil est aujourd'hui fabriqué par les Ateliers militaires
centraux de Markala (AMC).
La deuxième technologie de presse, appelée presse "Niéléni",
est une invention récente de Carl Bienlenberg, à faible
coût de production. Elle est conçue pour le traitement à
petite échelle, de semences oléagineuses (15 à 30
kg/ha). Elle s'avère comme un moyen efficace d'extraction. Dans
le domaine de la production énergétique, l'huile de pourghère
peut alimenter un moteur hybride, c'est-à-dire un groupe électrogène
pour produire de l'énergie électrique. L'engin fonctionne
avec un mélange de gaz et d'huile de pourghère. Aboubacar
Samaké évoque l'exemple de Kéléya avec fierté.
Village situé à une centaine de kilomètres de Bamako,
Kéléya (commune rurale de Ouéléssébougou),
est entièrement éclairé par une centrale hybride.
Grâce aux efforts de recherches du Programme que dirige monsieur
Samaké, le projet a vu le jour, et fait le bonheur des milliers
d'habitants de Kéléya. La centrale d'une capacité
de 60 kva, consomme 9000 litres d'huile de pourghère par an. Plus
d'une centaine de familles, des bâtiments administratifs, les marchés,
la mairie, le poste de gendarmerie, les lieux de culte, sont alimentés
à partir de cette centrale.
Le problème qui se pose à la filière est de produire
assez pour répondre à la demande d'huile du marché.
La production nationale n'est pas en mesure de satisfaire les besoins,
indique Aboubacar Samaké. Le cercle de Kita est la seule localité
du pays où la culture du pourghère donne une grosse quantité
de graines et d'huile de pourghère. L'artisanat local est très
développé autour de la transformation de l'huile de pourghère.
Le savon traditionnel de qualité appréciable fait le bonheur
des familles. Mais les efforts à Kita ne suffisent pas à
couvrir la consommation nationale, selon les estimations du CNESOLER.
Il faut dynamiser les actions de promotion de la plante, affirment les
agents de cette structure. Ils encouragent les paysans, surtout les ruraux,
à cultiver le pourghère. Elle peut se faire avec toutes
les autres cultures céréalières, soutiennent les
spécialistes. L'exploitation en est plus facile. Comme un véritable
miracle, le pourghère résiste à tous les obstacles
à la croissance de l'espèce végétale. La plante
livre une lutte sans merci contre la désertification et l'érosion.
L'agro-industrie deviendra une locomotive de la croissance, en respectant
l'environnement par l'utilisation du bio-carburant.
La mécanisation de l'agriculture connaîtra un essor remarquable
grâce au faible coût de production du biocarburant, estime
le CNESOLER. La biomasse (gaz inflammable) obtenu à partir du pourghère
est une source d'énergie domestique très rentable. Les nouvelles
potentialités énergétiques favorisent un développement
harmonieux. Il accorde aux générations futures, le droit
à un monde sain, débarrassé de toutes les formes
de pollution.
C. A. DIA
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