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Hausse du prix du riz à Macina - Les paysans délibérément
affamés A Macina, le riz, sur le marché hebdomadaire, a atteint les 240 F CFA le kilogramme samedi dernier. En saison normale, il est cédé à 125 F CFA le kilo. Et pour bon nombre de paysans et commerçants rencontrés sur place ce prix, s'il ne se stabilise pas, ira à la hausse dans les semaines et mois à venir. La population de Macina s'inquiète de cette hausse car nombreuses sont déjà les familles dont les revenus ne leur permettent pas d'assurer leur sécurité alimentaire.
La cherté du riz s'explique par le fait que cette céréale n'a pas été abondante sur le marché. Ceci découle à son tour de l'assèchement du casier rizicole (environ 4000 ha) de la ville. C'est là que provient toute la consommation des populations et celle destinée à l'exportation vers les différentes grandes villes du pays et à l'étranger. Cette production est compromise.
Le gouverneur de Ségou avance le chiffre de 876 ha, mais la réalité est beaucoup plus inquiétante. Dimanche 4 novembre, la commission de crise mise sur pied par les populations a commencé l'évaluation réelle des dégâts causés par le manque d'eau dans leurs rizières. Cette évaluation devait aussi permettre de faire une estimation réelle des besoins des populations en matière d'aide alimentaire. Car les Macinakais et leurs villages environnants auront inéluctablement besoins de cette aide.
Complaintes Découragés, assommés et désabusés, par l'incapacité de l'Office du Niger à leur fournir l'eau nécessaire à la culture de leurs champs de riz, de nombreux paysans ne veulent plus se rendre dans leurs rizières. Ils se rencontrent en petits groupes pour discuter de leur calvaire. En effet, l'assèchement incompréhensible du casier rizicole est au centre de toutes les conversations.
« Je n'ai aucune envie d'aller au champ ». « Depuis la marche du 1er octobre dernier, je n'ai pas également mis le pied dans le mien ». « Ce qui me préoccupé, c'est de savoir comment nous allons rembourser nos dettes contractées auprès des banques et des établissements financiers et qui ont servi à l'achat des engrais ». « Ce que vous ignorez, c'est que nous allons connaître inéluctablement la famine ». « L'Office porte l'entière responsabilité du sinistre qui nous est arrivé. C'est elle qui doit nous fournir l'eau. Elle a été incapable de le faire arguant qu'elle ne peut pas curer le canal sous prétexte qu'elle n'a pas les moyens financiers nécessaires. Pourtant, nous paysans macinankés, s'acquittons toujours de nos redevances eau. On nous a toujours dit qu'une partie de cet argent sert à l'entretien du réseau d'irrigation. Où va donc cet argent ? ». Telles sont quelques-unes des phrases assénées ça ou là à Macina. « L'Office cherche à nous affamer et elle y est presque parvenu », soupire un vieux paysan. Pour lui, la vraie bataille contre les mauvais agissements de l'Office du Niger ne fait que commencer. Denis Koné (envoyé spécial) © Copyright L'Indépendant Archives |