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Commerce de l’or au Mali: « Kankou Moussa » s’éloigne de ses objectifs
(Les Echos 06/11/2007)

L’approvisionnement des artisans en or raffiné pour la fabrication de bijoux : tel est l’objectif fondamental visé par « Kankou Moussa ». Créée en mars 2006 sous forme de société à responsabilité limitée (SARL), elle devait ainsi s’investir dans la création de comptoirs d’achat et de vente d’or.

Répondant à un souhait maintes fois exprimé par les autorités maliennes, elle doit contribuer à la valorisation sur place d’une partie de l’or au Mali à travers l’approvisionnement du marché local en or. Pour les responsables de Randgold, cette initiative est également destinée à valoriser le patrimoine national à travers la promotion du savoir-faire malien en matière de bijouterie et de joaillerie.

Elle devait mettre fin aux difficultés que les artisans maliens rencontrent pour s’approvisionner en or sur le marché national. Ce qui est paradoxal dans un pays classé 3e producteur d’or en Afrique. Et lors d’une rencontre avec la presse le 22 octobre 2007, le directeur exécutif de Randgold, Mahamadou Samaké, avait souligné que la Société des mines d’or de Loulo (Somilo) met à la disposition de Kankou Moussa 10 à 20 kg d’or par semaine.

Et pourtant, les artisans ne sont pas visiblement satisfaits de l’approvisionnement du marché. « Nous pouvons faire souvent plusieurs jours à la recherche de l’or pour satisfaire nos clients », a déploré un bijoutier cité par un confrère de la place.

Mais, pour M. Samaké, c’est plus un problème de coût que d’approvisionnement qui se pose. « Avec la création de Kankou Moussa, certains ont pensé qu’ils allaient avoir l’or à moindre coût. Mais, la Somilo ne peut pas se permettre de leur vendre l’or en dessous du prix du marché », s’était-il défendu devant les journalistes lors de cette rencontre organisée par sa société le 22 octobre 2007.

Mais, à lire la réaction de certains bijoutiers dans un journal de la place, ce n’est pas seulement un problème de coût et d’approvisionnement, mais la crise de confiance est palpable. « Souvent, Kankou Moussa nous vend l’or au même prix que nous pratiquons pour notre clientèle, sans donc aucune marge bénéficiaire », nous a dit un artisan joint au téléphone. « Il devait avoir une marge entre nous et Kankou Moussa. Dès lors, nous avons compris que Kankou Moussa est venu pour servir Randgold et non les bijoutiers maliens », a déploré un autre dans les colonnes de « Le Sphinx » du 26 octobre 2007.

En un mot, les bijoutiers pensent que Kankou Moussa est devenu leur concurrent sur le marché national de l’or. Ce qui est tout à fait contraire aux objectifs que cette société était censée atteindre, notamment faciliter l’approvisionnement des bijoutiers en or made in Mali. C’est dire que ceux-ci n’ont pas encore échappé au paradoxe de « mourir de soif à côté d’un puits ». Et ils ont toutes les raisons de croire que l’or du Mali ne brille pas pour les Maliens. En tout cas pas pour eux.

Le brut propulse l’or au sommet

Depuis le début du mois de septembre, le cours de l’or galope. L’once a gagné 100 dollars en un mois pour atteindre 766 dollars le 16 octobre 2007. Son plus haut niveau depuis le début de l’année 1980. Une fois de plus le métal jaune a réagi à la faiblesse du dollar et à la robustesse du pétrole. Comme d’ailleurs les autres métaux.

« Concernant le billet vert, l’effet miroir est quasiment automatique. Quand la monnaie américaine s’affaisse, l’or prend l’ascenseur, les investisseurs se précipitent sur le métal précieux qui leur permet de sécuriser leurs placements. Quant à la relation avec le pétrole, elle est plus élastique. Impossible d’établir un ratio entre les deux. Une once d’or vaut aujourd’hui 9 barils de pétrole » , analyse un chroniqueur économique sur le site de Rfi.fr.

Elle en valait 35 au moment de la crise de 1973. En revanche, la hausse du premier a toujours un impact psychologique sur l’autre. Actuellement, la hausse du brut a une incidence directe sur celle de l’or parce qu’elle est liée aux incertitudes géopolitiques, en l’occurrence la menace turque d’envahir le Kurdistan irakien pour déloger les opposants armés du PKK.

Selon les spécialistes, « la hausse du pétrole fait toujours renaître le spectre de l’inflation. C’est grâce à l’or noir qu’on se déplace, qu’on se chauffe, que l’industrie de la chimie tourne, rien d’étonnant à ce qu’on redoute une hausse générale des prix quand le baril de brut s’emballe ».

L’or reprend alors son titre éternel de valeur-refuge. A ces deux facteurs récurrents de tension s’ajoute la crise américaine de l’été. Les investisseurs ont réalisé que leurs placements en trésorerie devenaient soudainement bien aléatoires, d’où un retour vers le marché de l’or.

Moussa Bolly

© Copyright Les Echos

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