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Innovation technologique: une égreneuse "Made
in Mali"
(L'Essor 06/11/2007)
Fabriquée par une fonderie bamakoise elle permet dégrener
le maïs.
La "Fonderie Sacko" est installée dans la zone industrielle
de Bamako. Elle est située précisément entre la grande
mosquée de ce quartier et le marché dans une cour banale.
A quelques pas de la porte d'entrée sans battants, le visiteur
est frappé par la présence d'un grand tas de morceaux de
ferraille. Les carcasses de voitures et toutes sortes de débris
de métaux se disputent les espaces autour d'un grand bâtiment
vétuste. Cet édifice sert d'atelier. Il abrite de grands
fourneaux de fonte.
La journée de travail est intense. La dizaine d'ouvriers s'adonnent
à un incessant ballet entre les fontes et l'atelier. Nous sommes
reçus dans le bruit assourdissant de la fabrique, par le maître
des lieux le trapu Kalifa Sacko. Il est vêtu d'un grand boubou bleu.
Cet autodidacte selon ses aveux est un véritable génie.
Il est doté d'un esprit très inventif.
Pour preuve, il vient d'être élu, lauréat du concours
d'innovation technologique, organisé cette année par le
Centre national de la propriété industrielle (CNPI). Ce
prix récompense l'invention d'une égreneuse de maïs.
Cette machine est une véritable innovation technologique "Made
in Mali". Un exemplaire de cet outil performant trône sur une
table dans le bureau exigu que Sacko a aménagé dans un coin
de son atelier. "J'ai mis deux ans à réfléchir
avant de mettre au point cette machine" confie l'inventeur.
Simple et facile à transporter, légreneuse de maïs
est entièrement construite en aluminium. Le choix de ce métal
se justifie par sa grande disponibilité, explique Kalifa Sacko.
L'engin est composé d'un disque muni de dents pour égrener
l'épi de maïs. Un entonnoir dimensionné accueille la
tige. Et une manivelle sert à actionner le disque. L'ensemble repose
sur un support métallique qui en assure l'équilibre.
Modernisation de l'agriculture. "L'ingénieur" autodidacte
Sacko explique que c'est le désir de soulager nos braves paysans
qui l'a motivé à mettre au point légreneuse
de maïs. En effet jusqu'à aujourd'hui il n'existait aucun
moyen mécanique d'égrener aisément les épis
de maïs après les récoltes. Il était temps de
rompre avec les méthodes traditionnelles du mortier et du pilon.
Légreneuse par un simple geste de manipulation enregistre
un meilleur résultat.
Cet appareil est très performant. Il permet de collecter des graines
de maïs propres, entières et de très bonne qualité.
Elles ne subissent aucune cassure, affirme Sacko. A l'appui de cette affirmation
il exhibe une tasse remplie de graines de maïs normales produites
par la décortiqueuse. Le créateur ne compte pas s'arrêter
en si bon chemin. Il envisage de doter son produit d'un moteur pour améliorer
son oeuvre. "Mais pour ce faire, j'ai besoin d'appui, surtout de
la part des pouvoirs publics, déclare Kalifa Sacko.
Le nombre de machines fabriquées par jour dépend du volume
de la demande, répond l'artisan. Il faut environ 10 kilogrammes
d'aluminium pour mettre au point une égreneuse. La fonderie évalue
sa capacité de production journalière à 60 exemplaires.
Le prix de vente n'est pas encore déterminé. Sacko va tenir
compte tenu du faible pouvoir d'achat des paysans. Il veut étudier
le marché avant de se lancer dans une production massive. Cette
étude déterminera le prix de vente du produit.
Légreneuse de maïs n'est pas la première invention
de Sacko. En 1984 il a déjà inventé des semoirs et
des accessoires de semis. A l'époque, la Compagnie malienne de
développement du textile (CMDT) était sa principale cliente.
Il a aussi mis au point une décortiqueuse d'arachide deux ans plus
tard. "Mais mon ignorance m'a joué un sale tour" se lamente
monsieur Sacko. Car, n'ayant pas breveté ses inventions, d'autres
artisans maliens en ont profité. Aujourd'hui, les semoirs et décortiqueuses
d'arachide imaginés par Sacko inondent les marchés, sans
apporter aucun bénéfice au créateur véritable.
Malgré son génie, le patron de la fonderie Sacko travaille
dans des conditions précaires. Il a fabriqué lui-même,
les fours de fonte, les outils de maillage et de moulage, confie-t-il.
Les matériels rudimentaires ne l'empêchent pas de faire des
miracles. Il est capable d'imiter dans sa fonderie les pièces détachées
des gros porteurs, des tracteurs, des véhicules légers.
Il reçoit de nombreuses commandes des garages de la place. Par
ailleurs, Monsieur Sacko s'érige en grand défenseur de l'environnement.
Il peut fabriquer en métal (aluminium et bronze) tout objet sculpté
en bois. Même les meubles, les trophées, les tableaux ou
les monuments, ne résistent à la compétence de l'artisan.
Il lutte ainsi contre la déforestation.
La fonderie Sacko se révèle une grande chance pour notre
pays. En effet, l'entreprise offre une panoplie de services de qualité
allant de la menuiserie métallique à la fabrication de clés.
Il reproduit tous les objets métalliques nécessaires à
la mécanique. Elle pourrait alléger considérablement
la facture d'importation des pièces et rendre les machines agricoles
plus accessibles aux paysans.
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