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Zone Franc / Faut-il dévaluer le franc CFA ? Les thèses qui s’affrontent• Les conséquences sur les économies des pays concernés
(L'Inter 02/11/2007)

Selon les statistiques économiques disponibles au niveau des banques centrales de la zone CEMAC et UEMOA mais aussi à la banque de France, le taux de croissance des pays de cette partie de l’Afrique est à la traîne, pour ne pas dire en baisse par rapport aux autres régions. En 2006, alors que l’Afrique subsaharienne enregistrait un taux de 5,5%, la zone franc avait un taux qui n’excédait pas 3,1%, après celui de 3,9% enregistré en 2005. Cette année, la situation est encore plus difficile du fait d’une part, des effets pervers de l’euro face au dollar et d’autre part de la hausse continue du cours du baril de pétrole. Conséquences, Les produits de la zone perdent de leur compétitivité sur les marchés internationaux, les exportations marquent le pas, les balances commerciales souffrent et, au final les économies patinent. Pour palier à cette situation, l’on évoque depuis un certain temps, la possibilité d’une dévaluation du franc CFA.

Les mêmes causes produisent les mêmes effets

Treize ans après la dévaluation de janvier 1994, la question est de nouveau sur la table. Les 15 et 16 octobre derniers à Paris, le sujet a été âprement discuté lors de la réunion entre les autorités françaises et les ministres de l’Economie et des finances des pays concernés. Récemment aux réunions annuelles des institutions de Bretton Woods, la question de la dévaluation du franc CFA a été évoquée. Face à cette question persistance, le discours des officiels restent invariables, « il n’y a pas le feu à la maison ». Et pourtant, coïncidence pour coïncidence, ce même discours était servi à la population avant la dévaluation de 1994. Quelle que soit l’attitude des experts, des commentateurs et des personnalités politiques, un consensus portant sur l’état économique préoccupant des pays africains de la zone franc, semble se dégager. En effet, l’Afrique subsaharienne en général et les pays de la zone franc en particulier, se caractérisent sur le plan interne par la stagnation économique, des dysfonctionnements financiers, des déficits publics importants, une agriculture en crise..., d’où l’idée d’une dévaluation de la monnaie. Mais que renferme ce terme ?

Pour ou contre une dévaluation

Le concept de dévaluation fait directement référence à la notion de taux de change qui est la quantité de monnaie nationale nécessaire à l’obtention d’une unité monétaire d’un autre pays. Le but recherché avec cette mesure, est d’ augmenter la compétitivité par la baisse de la valeur de la monnaie nationale . Par cette mesure, le prix en monnaie étrangère des produits exportés va baisser et les rendre plus compétitifs, d’une part et d’autre part, le prix des produits à l’importation exprimé en monnaie locale va augmenter et donc les rendre moins compétitifs. Pour les tenants de cette thèse, l’arrimage du franc CFA à un euro fort, qui a dépassé 1,42 dollar depuis le 1er octobre 2007, pénalise fortement les exportations de la zone. La compétitivité des produits africains sur les marchés internationaux est mécaniquement rognée. Chaque fois que l’euro s’apprécie, le franc CFA en fait de même de manière automatique. Résultat : les coûts de production augmentent, les produits fabriqués localement deviennent moins compétitifs que ceux fabriqués dans des pays extérieurs à la zone euro, et les marges sur les exportations libellées en dollars se réduisent. C’est notamment les cas pour la filière coton. La baisse du dollar depuis 2001, devise de référence pour cette fibre naturelle, a fait chuter de plus de 25% la valeur des récoltes africaines. En effet, à parité égale dollar-euro, les sociétés cotonnières auraient vendu cette année le kilo de coton à 820 FCFA sur le marché international. Au cours actuel, elles l’ont écoulé à 616 FCFA, alors que les coûts de production varient entre 630 à 650 FCFA par kilo. Par ailleurs, les cotonculteurs africains achètent leurs intrants en euros et vendent leur récolte en dollars, d’où d’énormes pertes pour cette filière. Ce schéma, il faut le souligner s’applique, à des divers degrés , à d’autres filières d’exportation. Pour eux , on doit donc obtenir normalement une amélioration de la balance commerciale par la baisse des importations et la hausse des exportations. Les effets attendus d’une dévaluation sont multiples (plan théorique), mais ont principalement trait au rétablissement de l’équilibre externe, commercial et financier, de la nation. La dévaluation provoque tout d’abord une modification des prix relatifs des biens, il s’agit de “l’effet-prix”. Ensuite doit se produire un “effet de substitution. la modification des prix relatifs doit provoquer des substitutions entre produits nationaux et étrangers. Au total, on pourrait croire que la dévaluation de la monnaie est une panacée vue la situation des pays de la zone. Que non ! cette théorie est remise en cause par d’autres économistes qui ne voient pas l’opportunité d’une dévaluation. Premier argument avancé, est que l’effectivité du schéma précédent suppose la réalisation de conditions multiples. De plus, les produits importés étant plus chers, on assiste à une demande sur les produits domestiques. « On a longtemps pensé que cette mesure pouvait relancer l’activité économique. Néanmoins de récentes théories ternissent quelque peu cette vision simpliste », avancent-ils. Pour eux, il convient tout d’abord de s’assurer que l’outil de production pourra satisfaire la demande intérieure et extérieure. Deuxième argument invoqué est en fait l’opportunité d’une dévaluation, car selon eux, la surévaluation du franc CFA ne serait pas l’élément principal à l’origine du déséquilibre externe des pays africains de la zone franc. “Ce sont plutôt les contraintes externes du coût de la dette et de la baisse des recettes d’exportations des produits primaires qui paraissent donc se combiner pour expliquer le déficit de la balance des paiements” soutiennent. Ces opposants à cette thèse préconisent plutôt un renforcement de la coopération régionale devant déboucher sur une intégration, facilitée par les liens existant au sein de la zone franc, qui pourrait éventuellement évoluer vers une zone écu. Pour eux, les conséquences d’une autre dévaluation 13 ans après seront catastrophiques pour nos pays. Elle va davantage fragiliser les économies africaines et les rendre encore plus dépendantes de l’extérieur, en accentuant la spécialisation de ces pays dans les exportations de produits primaires, dominées par les cultures de rente et les produits miniers non transformés : en 2000, plus de 70 % des exportations de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) (14) sont composées de produits primaires. De plus, la dévaluation va handicaper le développement du secteur manufacturier, victime à la fois de l’effondrement de la demande intérieure et d’une concurrence étrangère déloyale.

ADOMON Sika

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