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Crise ivoirienne: Le manque à gagner est certain mais le déficit sera minimisé-Un entretien avec Seydou Diawara, le DG de la Douane
(L'Essor 26/11/2002)

Le manque à gagner est certain mais le déficit sera minimisé-Un entretien avec Seydou Diawara, le DG de la Douane - Depuis le 19 septembre, notre pays est coupé d'Abidjan son principal port de desserte. Nos importations comme nos exportations sont perturbées, réorientées et nous reviennent beaucoup plus cher. Les services de la Douane se retrouvent en première ligne dans la conjoncture nouvelle comme nous l'explique Seydou Diawara, le directeur général de la douane.

L'ESSOR : Monsieur le Directeur général, la crise ivoirienne persiste. Quelles sont ces répercussions sur le service des douanes ?

Seydou Diawara : La crise ivoirienne a eu une conséquence directe sur l'activité de la douane. Habituellement, 60 à 70 % des marchandises maliennes à l'importation comme à l'exportation transitent par la Côte d'Ivoire. Ce sont les marchandises qui transitent par le port d'Abidjan et celles importées de Côte d'Ivoire comme le ciment, le bois, les bananes, les ignames, des produits divers, etc...
Dès que les événements ont commencé le 19 septembre dernier, le trafic sur l'axe Abidjan a été perturbé. Les conséquences se sont fait immédiatement sentir sur le transport. Un mois durant, les véhicules sont restés éparpillés. Ceux qui avaient dépassé Bouaké ont pu regagner le Mali, mais ceux qui étaient entre Bouaké et Abidjan ou au port, y sont restés pendant un bon bout de temps.

L'ESSOR : Quel sort a été réservé aux marchandises restées sur le sol ivoirien ?

S. D. : Notre pays a contacté les autorités ivoiriennes afin d'acheminer ces marchandises par le Ghana. Une bonne partie a pu ainsi être acheminée, mais un lot important de marchandises volumineuses est resté au port à cause de l'augmentation du prix du transport. En conséquence, du riz et du sucre ont dû être vendus à d'autres opérateurs économiques sur d'autres destinations.

L'ESSOR : Financièrement, qui a assuré la prise en charge des coûts supplémentaires du transfert des marchandises sur l'axe Accra-Bamako ?
S. D. : Les opérateurs économiques eux-mêmes.

L'ESSOR : Quel a été l'impact de la crise sur le ravitaillement en hydrocarbures.

S. D. : Plus de 60 % de nos importations d'hydrocarbures arrivent de Bouaké. Le trafic a été totalement arrêté et par la suite réorienté sur Lomé. Toutes les citernes qui étaient à Bouaké, en son temps, sont retournées vides au Mali, les bateaux en partance pour le port d'Abidjan ont, quant à eux, été déroutés sur le Ghana ou sur Lomé.
L'approvisionnement en fret liquide, c'est-à-dire en hydrocarbures qui sont des produits assez sensibles, est désormais assuré par l'axe Lomé-Ouagadougou, qui était déjà en activité. En effet, notre gouvernement avait déjà pris des mesures attractives pour inciter les opérateurs économiques à le fréquenter. Par ailleurs, l'axe de Dakar a été renforcé de sorte qu'à l'heure actuelle, il n'y a pas d'inquiétude. Même l'approvisionnement en DIET A1 (carburant pour avions gros porteurs) qui avait connu une rupture, est actuellement rétabli par Lomé. Quant à l'axe Guinée-Mali, il est peu utilisé à cause du mauvais état de la route.

L'ESSOR : Concrètement, quelles sont les répercussions de la situation sur les recettes douanières ?

S. D. : En septembre-octobre, nous avons connu des perturbations qui ont eu des répercussions immédiates sur la collecte des recettes. L'importation de ciment de la Côte d'Ivoire a été interrompue. Or nous importions 90 % de notre ciment de ce pays et les gens ont été obligés de se tourner vers la cimenterie de Lomé. A la pénurie de camions pour la remontée du fret sur le Mali s'est ajouté l'engorgement des autres ports vers lesquels le trafic a été dévié et qui ont connu des problèmes d'accostage du fait de leurs capacités d'accueil insuffisantes pour absorber ce flux inattendu.
Tout cela nous a empêché d'atteindre nos prévisions du mois d'octobre. Nous avons réalisé 11,5 milliards de Fcfa pour une prévision de 15 milliards de Fcfa, soit un manque à gagner de plus de 3 milliards de Fcfa
.
L'ESSOR : Quel est l'impact de la crise sur les exportations ?

S. D. : Tous les produits exportés vers la Côte d'Ivoire -bétail, coton produits divers- ont été confrontés à des difficultés. Le gros de ces produits est le coton CMDT, qui passe essentiellement par le port d'Abidjan. Au moins 20.000 balles de coton ont été expédiées sur Lomé. Ce changement d'itinéraire a entraîné un renchérissement des coûts du transport car chacun des pays par lesquels les marchandises transitent, applique une convention TRIE qui impose le prélèvement d'une garantie des opérations de transit au niveau du cordon douanier. Donc la superposition des prélèvements renchérit mécaniquement les coûts d'approche sans compter les autres formalités de police et les distances plus longues que celles de l'axe Abidjan. Les charges s'alourdissent d'autant.
La crise ivoirienne a également provoqué le ralentissement de la construction dans notre pays. L'effet a été négatif sur le bâtiment. Les prix du ciment, du fer et d'autres matériaux de construction ont pris l'ascenseur.

L'ESSOR : Il y a-t-il un risque de rupture d'approvisionnement du Mali ?

S. D. : Il y a un ralentissement du trafic mais pas de risque de rupture totale en approvisionnement.

L'ESSOR : Vos prévisions pour 2002 seront-elles atteintes ?

S. D. : Il y aura un manque à gagner à cause de la réorientation du trafic des produits pétroliers sur l'axe Lomé qui est un support d'une fiscalité plus faible que l'axe ivoirien, mais nous œuvrerons à minimiser les déficits.

L'ESSOR : Un message à l'endroit du public ?

S. D. : Il faut garder son calme et s'efforcer de s'habituer à la nouvelle situation. Les gens doivent comprendre que cette situation est conjoncturelle et que chacun doit s'impliquer pour éviter la spéculation.

Propos recueillis par
F. MAIGA

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