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Communautés minières artisanales: ces hommes que l'or rend pauvres
(L'Essor 07/11/2002)

Les orpailleurs traditionnels paient cher le mirage du métal jaune. Comment les tirer de ce cercle infernal ?

Or et pauvreté, voilà deux mots qui mis l'un près de l'autre paraissent s'annuler mutuellement. Mais comme on le sait, le monde est fait de contradictions souvent incroyables. Il est déjà paradoxal de parler de pauvreté dans une communauté où il y a 600 ans, le roi Kankou Moussa s'était déplacé à l'étranger avec une telle quantité d'or qu'il avait fait chuter pendant des décennies à travers le monde le cours de cet métal si précieux.
Aujourd'hui, le retour sur terre est des plus douloureux. 63,8 % de la population malienne sont frappés par le phénomène de la pauvreté, dont près d'un tiers de façon extrême. Ainsi la lutte contre la pauvreté, qui est un point focal de la nouvelle politique gouvernementale, doit constituer une priorité particulière dans les zones d'orpaillage comme Kangaba, Kéniéba et Yanfolila.
Selon les estimations de la direction nationale de la Géologie et des mines (DNGM), l'orpaillage occupait environ 200.000 personnes en l'an 2000 avec une production annuelle estimée à trois tonnes, soit 15 grammes d'or par individu et par an. Ce qui correspond à un revenu monétaire de 75.000 FCFA, un gain situé largement au-dessous du seuil de la pauvreté.
Malgré tout, la faible productivité de l'agriculture pousse une grande partie de la population active à pratiquer l'orpaillage artisanal avec l'illusion que l'extraction de quelques grammes d'or mettra fin à leur situation de pauvre. Mais sur la durée, on se rend à l'évidence que les revenus générés par cette activité ne permettent pas à l'orpailleur de couvrir toutes ses dépenses de subsistance sur le site, encore moins celles de sa famille restée au village. Il se trouve ainsi dans un cycle d'endettement qui l'appauvrit de jour en jour.

Vers les groupements féminins - Alors quelles politiques mettre en œuvre pour faire de l'orpaillage artisanal une activité économique rentable et durable ? Voilà, entre autres questions, auxquelles tente d'apporter des réponses, une étude sur l'éradication de la pauvreté et le développement des moyens d'existence durable dans les communautés minières artisanales du Mali.
Initiée et financée par le programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et réalisée par le Centre d'analyse et de formulation des politiques de développement (CAFPD), cette enquête à fait l'objet d'une validation au cours d'un atelier qui s'est tenu jeudi dans la salle Toumani Koné du palais des Congrès de Bamako.
Au regard des paramètres ci-dessus évoqués, le gouvernement du Mali a exprimé sa volonté d'engager une action de développement plus intense, plus organisée, plus consensuelle et plus efficace qui soit capable de réduire la pauvreté de façon durable. Ainsi la stratégie retenue dans le cadre stratégique de lutte contre la pauvreté (CSLP) pour le développement des secteurs productifs, accorde une grande importance au développement du secteur minier.
Les actions prioritaires dans ce secteur au cours des trois prochaines années permettront d'une part d'encadrer et d'organiser l'artisanat minier en l'intégrant dans le secteur productif formel et de renforcer la capacité des différents acteurs, notamment des groupements féminins opérant dans ce secteur, en stimulant l'émergence d'activités productives durables, d'autre part.
La cérémonie d'ouverture qui était placée sous la présidence du conseiller technique du ministère des Mines, de l'Énergie et de l'Eau, Mamadou Simpara, a enregistré la présence de Mme Aïda M'Bo Dembélé, représentante du PNUD et du directeur du CAFPD, Lamine Keïta.
Pour le représentant des pouvoirs publics, cette étude constitue déjà un pas important dans la réalisation des objectifs plus haut évoqués dans la mesure où son objet est de mieux cerner les dimensions de la pauvreté dans les communautés minières artisanales du Mali et de dégager des lignes politiques et de meilleures pratiques pour l'éradication de la pauvreté, à l'usage du gouvernement, des partenaires au développement, y compris les ONG et le secteur privé.
Mamadou Simpara a assuré que le gouvernement est à l'écoute et qu'il ne ménagera aucun effort pour la mise en œuvre des recommandations pertinentes qui seront issues des travaux. Car a-t-il dit, cet atelier offre à la trentaine de participants, l'occasion d'approfondir la réflexion sur le développement du secteur minier artisanal et de proposer des actions réalistes et réalisables à court et moyen termes, afin que ce secteur puisse contribuer efficacement à la lutte contre la pauvreté.

C. A. DIA

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