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Boîte aux idées : Vivement un ministère chargé de la promotion des filières porteuses
(L'Indépendant 01/10/2010)

On ne le répètera jamais assez, la situation du Mali rappelle celle d'une personne assise sur de l'or  en train  d'envier le cuivre du voisin. Tout se passe comme si les Maliens refusaient le développement. Une attitude de passivité et  de fatalité  qui n'est pas digne des héritiers de grands empires que nous sommes. Sinon, comment comprendre que notre pays,  avec toutes les potentialités dont la nature l'a dotées,  continue de connaître des problèmes d'extrême pauvreté et de chômage ? Au nombre de ces potentialités figurent, en bonne place, les filières porteuses. De  quoi s'agit-il ? Il y a une dizaine d'années, le Centre Agro-Entreprise, à la suite d'une étude financée par l'US-AID, a identifié 22 filières porteuses. Sur  lesquelles le gouvernement du Mali a retenu 11 filières sur la base d'une étude de faisabilité. La valorisation de chacune de ces filières est susceptible de tirer, de façon sensible,  notre pays   vers le haut sur le chemin du développement économique et social.

Mais à part la mangue, aucune de ces filières n'a véritablement fait l'objet d'une promotion. Encore que, s'agissant de la mangue, cette promotion  s'est, essentiellement, opérée dans le domaine commercial alors que la transformation aurait apporté plus au pays en termes de création de richesse et d'emplois. Si l'on sait surtout que sur un potentiel de 350 000 tonnes de mangues 50 000 tonnes  pourrissent, chaque année, sur place. Dire que les Maliens achètent des jus et  autres purées de mangues  importés des Emirats Arabes ou de la Libye, des pays qui ne sont  même pas producteurs de mangues ?

Parmi les filières porteuses, l'élevage occupe une place de choix. Avec le cheptel le plus important de l'UEMOA, le Mali peut tirer beaucoup de choses de l'élevage à travers la valorisation de ses sous-filières viande, lait, peaux et cuirs. Au lieu de cela, nous nous contentons, depuis des temps immémoriaux,  de l'exportation du bétail sur pied qui ne nous rapporte pas grand-chose en termes de valeur ajoutée.  A partir d'abattoirs modernes installés  à Sikasso, par exemple, l'on peut exporter de la viande fraîche sur la Côte d'Ivoire. De la même manière, depuis des abattoirs modernes construits à Gao, notre pays peut ravitailler, par  avion, en viande fraîche conditionnée dans des petits conteneurs réfrigérés, l'Algérie et la Libye,  des pays dont les besoins sont très importants  pour  cette denrée. Moyennant une organisation bien huilée, cela pourrait même donner lieu à des rotations quotidiennes. Avec comme résultat un réel  développement de l'embouche, la création de valeurs ajoutées et d'emplois dans une contrée qui en a bien besoin.

Dans la même optique, le Mali peut exporter la volaille (22 millions de têtes) sur le Sénégal, un pays dont les besoins sont très significatifs  en la matière.  Pour la petite histoire, déjà au niveau national, un poulet qui se vend à  1 250 FCFA  à Bamako est cédé à 3 000 FCFA à Kayes.

Quid de la gomme arabique, un produit de cueillette  dont le Mali, après le Soudan et le Tchad, dispose du plus grand potentiel en Afrique ? Un produit qui pullule partout au Mali, à l'exception des régions de Sikasso, Kidal et Tombouctou. Kayes, Ségou et San en recèlent un  grand potentiel. Ce produit est actuellement très recherché à la fois par les Indiens, les Européens et les Américains. Il est employé dans la pharmacopée (notamment à faire des gélules qui sont plus tolérées pour l'estomac que les gélules de synthèse) l'industrie des boissons, la teinture et les textiles.

Le pain de singe est un autre produit de la forêt très demandé en Europe qui peut aider notre pays   à résoudre ses problèmes de pauvreté et d'emplois.

Que dire encore du karité, un produit-vedette aujourd'hui à l'échelle mondiale,  découvert au Mali, plus précisément dans la région de  Ségou par l'explorateur écossais,  Mungo Park et dont notre pays dispose du plus grand potentiel en Afrique ?

Dans le domaine des matériaux de construction,  le calcaire permet de produire du ciment et du gypse et le Mali en dispose en quantité industrielle à l'image du marbre, y compris le marbre noir  ou marbre tombal, un produit de luxe  très recherché à travers le monde, mais qui ne demande qu'à être exploité à ciel ouvert à Sélinkégni (zone de Diamou).  Il sert également à fabriquer de la peinture FOM dont l'importance n'est plus à démontrer.

Pour valoriser ces différentes filières qui peuvent aider le Mali à décoller  économiquement et devenir un pays émergent, il s'agit, tout simplement, de créer une structure, un département ministériel de préférence ou, à défaut, une agence nationale dédiée à leur promotion. Elle aura pour vocation d'identifier les opérateurs économiques,  de les encadrer,  les aider dans les études de faisabilité en leur accordant les avantages nécessaires  et en assurant la promotion commerciale. Elle travaillera, de façon transversale, avec les départements  impliqués que sont l'Agriculture, l'Industrie et l'Environnement, l'Elevage et la Pêche.

Yaya SIDIBE

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