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Exploitation aurifière - Silence autour d’un pillage organisé
(Soir de Bamako 30/10/2008)

Le Mali est riche, mais les Maliens sont pauvres”, entend-on dire très souvent, à cause non seulement de la mauvaise répartition des revenus, mais aussi de la mauvaise exploitation des ressources naturelles du pays, notamment l’or qui est “sauvagement” exploité par les multinationales.

En effet, en dépit de plus d’une décennie d’exploitation de cette richesse du pays, les populations vivent toujours dans l’attente du bonheur promis. Aussi, faut-il encore espérer sur les promesses mirifiques de ces sociétés, ou sur le bonheur que cet or peut apporter aux Maliens? C’est la question que bon nombre de citoyens se posent, malgré les appels répétés des responsables de ces différentes sociétés exploitation, pour amener les Maliens à garder toujours espoir.

Le week-end dernier, s’adressant à des visiteurs d’un des sites d’exploitation de la société qu’il dirige, le PDG de RANDGOLD, M. Mark Bristow, déclarait : “Les ressources de RANDGOLD avaient frayé un chemin pour l’investissement étranger au Mali dans l’exploitation de l’or, et a découvert et développé deux mines de classe mondiale. Ce qui a aussi favorisé le transfert de la technologie au pays“.

Et le PDG de cette société dite “pilleuse de nos ressources depuis plusieurs années”, de faire croire que la technologie dont il parle a aussi apporté, avec elle, des avantages durables pour le pays. Que faut-il comprendre, lorsque que le premier responsable de RANDGOLD déclare qu’il ne faut pas seulement voir les avantages à court terme? “Mark Bristow pense sans doute que les Maliens ne sont pas assez malins pour comprendre qu’il veut seulement défendre les intérêts de sa société“, affirme un habitué du milieu.

Le PDG de RANDGOLD semble tomber dans son propre piège, en déclarant que si les Maliens ne voient que les avantages à court terme, ils risqueraient de perdre les avantages de l’exploitation de l’or, en particulier les investissements réalisés. Que veut insinuer ainsi le PDG de la société ? On comprend aisément qu’il veuille défendre les intérêts de sa société en vantant toujours ce qu’elle a réalisé en termes d’investissement au Mali, à part les taxes versées au Trésor Public.

Mais ce qu’il oublie, c’est que malgré la réalisation de centres de santé, d’adductions d’eau et de salles de classe grâce à laquelle la société ”achète le silence des populations”, dit-on, il n’en demeure pas moins que la société ne peut en aucune façon réparer les torts causés et aux hommes, et à la nature : déchets toxiques, pollution de l’environnement et autres dégâts...

La preuve : dans toutes les zones d’exploitation de l’or, les populations n’ont jamais cessé de se plaindre, elles qui doivent pourtant ressentir, en premier lieu, les bienfaits de cette “richesse” aurifère. Et bien des citoyens, de pointer le doigt sur l’Etat, pour avoir laissé les différentes sociétés exploiter, de façon “sauvage”, cette richesse qui, si elle est bien exploitée, peut faire du Mali un pays où il fait bon vivre.

Malheureusement, on assiste plutôt à ce que beaucoup de Maliens considèrent aujourd’hui comme “un pillage systématique dans lequel l’Etat ne récolte que de maigres recettes”. En effet, l’or malien est-il bien exploité, si l’Etat ne perçoit que 20% des intérêts qu’il rapporte? Et que dire des travailleurs qui, dans ces sociétés, sont non seulement traités comme des esclaves des temps modernes, mais qui, au mépris de toutes les règles, ne reçoivent pas ou peu leurs droits, au motif qu’ils sont en grève ou autre ?

Les responsables des sociétés d’exploitation des mines, notamment l’or, doivent comprendre qu’elles ne pourront pas continuer à bénéficier des “largesses“ d’un Etat, car il ne s’agit ni plus ni moins qu’une question de génération. C’est dire qu’arrivera bien un temps où ces sociétés seront “remerciées”, pour donner la chance à d’autres dont les promoteurs auront le sens de l’humain, et proposeront des contrats bien négociés à l’Etat, où chacun tirera les profits nécessaires.

Mais en attendant ce jour, les sociétés qui évoluent actuellement dans le milieu aurifère peuvent continuer à se la couler douce et à se frotter les mains.

Laya DIARRA

© Copyright Soir de Bamako

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