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Bazin : le Mali plaque tournante du commerce sous-régional
(L'Essor 22/10/2008)

Les commerçants pays voisins s'approvisionnent massivement sur notre marché

Cette étoffe de couleur blanche, moue au toucher, et importée généralement d'Allemagne est le tissu de prestige par excellence dans notre pays. Le tissu est présent en abondance chez nous grâce aux opérateurs économiques évoluant dans le secteur. La teinture contribue aussi à asseoir l'engouement pour ce tissu. Il se trouve que la teinture made in Mali est reconnue partout au monde pour sa qualité exceptionnelle.
Le produit est très prisé dans des pays voisins. Les tentatives dans les autres pays pour faire la teinture n'ont pas bien réussi. Le savoir-faire malien est pour l'instant inégalé. Ce qui fait que le bazin introduit chez nous, est réexporté après avoir été teint à l'indigo. Nous assistons à une ruée des commerçants des pays de la sous-région qui viennent se procurer du bazin au Mali. Des commerçants sénégalais, guinéens, ivoiriens, viennent se ravitailler chez nous.
La sortie massive du bazin de notre pays pose un certain nombre de problèmes : la surexportation, la nomenclature par les importateurs du bazin et surtout l'informel. Le bazin, un produit de luxe, alimente le commerce entre notre pays et ses voisins. Le bazin teinté ou pas quitte notre pays par des circuits informels. Les commerçants et les commerçantes stockent le tissu dans des valises et des sacs pour tromper la vigilance du contrôle. Ils sont experts dans l'art de se faufiler entre les mailles du filet du mécanisme de contrôle. Ils usent de subterfuges pour faire croire que c'est pas à vendre.
F. Sow est une "bana-bana" sénégalaise (jargon qui désigne les commerçants qui fréquentent l'axe Bamako-Dakar). Elle explique qu'à partir de 3 jusqu'à 5 complets de "tchup" (bazin teinté en Ouolof), les postes de contrôle de la douane tolèrent et n'imposent pas de taxes.
Au delà de ce nombre, les douaniers froncent les sourcils. Et là les commerçantes se cotisent pour libérer leurs marchandises en cas de saisie. F. Sow révèle qu'elle peut amener 100 "tchup" en un seul voyage. Pour ne pas payer beaucoup de taxes, elle prend le soin de répartir son bazin dans différents sacs. Ce qui lui permet d'éviter le soupçon des contrôleurs. Il arrive qu'elle confie certains colis à de simples voyageurs. "Je me suis fais des amis en cours de route et souvent je passe sans encombres", se réjouit-elle.
Cette autre commerçante préfère le train au bus. Noumoussou, c'est son nom, fait la navette Bamako-Dakar depuis plus de 20 ans. Cette activité lui a été légué par sa grand-mère. Pour elle, le train est bien propice pour le commerce. Mais ça demande du courage car le voyage par train est trop éprouvant. Noumoussou ravitaille sa boutique de Dakar en "tchup". "Je connais tous les coins du train, puisque nous sommes les autochtones de l'engin en plus d'être femme, on nous exige pas beaucoup", explique-t-elle. Pas question de se faire une idée sur son chiffre d'affaires. Dans sa boutique, on peut trouver 30 balles de bazin tous genres confondus.
A côté du bazin teint, les commerçants réexportent aussi le bazin blanc. Ce qui montre qu'il y a un problème de dédouanement dans notre pays. Il est clair que le bazin est mal dédouané. Sinon comment comprendre que des Sénégalais, des Ivoiriens, des Burkinabé, des Guinéens viennent s'approvisionner ici, au lieu de faire des achats sur leurs marchés nationaux. Selon les directives de l'Uemoa, les tarifs de dédouanement son presque identiques dans tous les pays de l'Union. Si le bazin était dédouané chez nous dans les règles de l'art, il ne pourrait pas être moins cher qu'au Sénégal ou en Côte d'Ivoire par exemple. Les commerçants des voisins profitent donc de la fraude au niveau du cordon douanier de notre pays. Le manque à gagner est considérable en terme de recettes douanières.
Selon Moriba Camara, chef de la division informatique et documentation de la direction nationale du commerce et de la concurrence (DNCC), le bazin est un produit de luxe qui est normalement soumis à une taxation forte. Le bazin fait partie de la catégorie supérieure des produits, précise notre interlocuteur. A la DNCC, chaque produit a un code allant des produits de luxe comme le bazin jusqu’au produit simple comme la friperie ou des fils. Selon la désignation des marchandises, les codes 621 et 635 correspondent au bazin riche. Tout porte à croire que les textes du dédouanement ne sont pas convenablement appliqués. Car les spécialistes du secteur eux-mêmes le reconnaissent, les chiffres des importations du bazin dans notre pays ne sont pas fiables.

Hadeye TRAORÉ

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