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"La hausse du prix du pain est inévitable" - Sidy Dagnoko, président par intérim du Ccfp
(Les Echos 26/10/2007)

La hausse des prix et la prise de mesures d’accompagnement sont des solutions envisagées par le Cadre de concertation de la filière pain (CCFP). Son président par intérim, Sidy Dagnoko nous parle dans l’interview qui suit de la situation du blé et de l’état des discussions avec le ministère de l’Economie, du Commerce et de l’Industrie sur la hausse du prix du pain qu’il dit inévitable.

Les Echos : Pour quelles raisons envisagez-vous d’augmenter le prix du pain ?

Sidy Dagnoko : Cette hausse que nous envisageons est liée à l’augmentation du prix du blé sur le marché international. Cette crise a commencé depuis 2006. Nous sommes dans un processus d’augmentation qui dure depuis 10 à 12 mois. De décembre 2006 à octobre 2007, le prix du blé a progressivement grimpé chaque mois. Nous sommes à un cumul de près de 102 % de hausse. Cela nécessite la prise de dispositions et de mesures. Le blé est la matière première qui entre dans la fabrication du pain. La conjoncture ressentie sur le blé a une répercussion sur toute la filière du pain, du producteur de blé à l’industrie de transformation, du distributeur au consommateur.

Les Echos : Vous annonciez une augmentation à compter du 15 octobre 2007. Où en êtes-vous avec le ministère de l’Economie, de l’Industrie et du Commerce avec qui vous êtes en pourparlers ?

Sidy Dagnoko : Il est d’abord important de signaler que la situation que nous vivons n’est de la responsabilité de personne. Le cours du blé ne dépend pas de la volonté d’un Etat, d’un ministre, d’un opérateur économique. C’est une situation que nous subissons de plein fouet comme d’autres Etats africains. Nous ne pouvons que prendre des mesures pour atténuer ses effets. Nous discutons avec le ministère de tutelle avec lequel nous examinons les voies et moyens pour rendre supportables les effets de la hausse. En août déjà, c’est à la suite de nos discussions que nous avions convenu de la diminution du poids de la baguette de 200 g à 150 g et celle de 300 g à 200 g. Cette mesure s’est avérée inefficace puisque 90 % des boulangeries ne peuvent faire que du pain de 160 à 165 g. La deuxième précision est que nous avons rencontré le ministère pour l’informer de la situation et de notre décision d’augmenter à compter du 15 octobre 2007 la baguette de 125 F CFA à 150 F CFA et le gros pain de 200 F CFA à 300 F.

Il faut noter que le ministère de l’Economie, du Commerce et de l’Industrie n’est pas membre du CCFP. Celui-ci regroupe tous les acteurs privés de la filière pain, y compris les associations de consommateurs. Le ministère est, bien entendu, notre partenaire. Nous l’informons de nos décisions et voyons ensemble les solutions durables à prendre. Nous avons adressé un mémo au ministère pour lui proposer des mesures. Parmi ces mesures, il y a l’augmentation des du pain. Le ministre nous a demandé de lui donner le temps de voir dans quelle mesure nous pouvons prendre des mesures d’accompagnement pour stabiliser de façon durable les décisions prises. La décision prise doit pouvoir gérer un ensemble de solutions et non un problème ponctuel.

Les Echos : Est-ce que vous sursoyez à l’augmentation ou quelles dispositions avez-vous prises ?

Sidy Dagnoko : Nous avons sciemment retardé la hausse des prix parce qu’il s’agit, pour nous, de terminer avec le ministère l’adoption des mesures d’accompagnement. Ce retard est surtout dû au fait, que Mme la ministre est en déplacement aux Etats-Unis où elle participe à l’assemblée générale du FMI et de la Banque mondiale. Nous sommes au stade d’analyse des mesures d’accompagnement de l’augmentation des prix.

Les Echos : L’application des mesures est pour quand ?

Sidy Dagnoko : Elle interviendra dès que nous aurons terminé. C’est un ensemble de discussions à mener. Mais il faut savoir que seule l’assemblée générale du CCFP est souveraine pour prendre une décision. Tout compte fait, elle se réunira dès la semaine prochaine pour statuer. Mais elle tient tout d’abord à discuter des mesures d’accompagnement.

Les Echos : L’augmentation est-elle évitable ?

Sidy Dagnoko : L’augmentation est quasiment inévitable pour la simple raison que si on devait appliquer de façon arithmétique l’augmentation réelle des cours du blé, l’une des répercussions serait de vendre la baguette à 200 F et le gros pain à 400 F CFA. Notre souci est de prendre en compte les consommateurs du Mali. Nous avons souci de faire en sorte que l’ensemble des mesures d’accompagnement puissent autant que possible diminuer les effets de la hausse et amorcer quelques solutions durables parmi lesquelles, le développement de la culture du blé au Mali, la normalisation du secteur de la boulangerie, l’installation des kiosques de vente de pain, la formation et l’encadrement des acteurs de la filière. Toutes ces mesures d’accompagnement vont contribuer à stabiliser la situation et à rendre l’augmentation la moins contrayante possible.

Propos recueillis par Abdrahamane Dicko

© Copyright Les Echos

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