|
APE : ces accords qui divisent
(L'Essor 17/10/2007)
Les capacités de production des ACP ne leur permettent pas d'échanger
leurs produits avec l'UE en dehors des matières dont les cours
ne cessent de chuter Léchéance fixée est trop
courte pour permettre aux pays ACP de relever le niveau de leurs économies
encore précaires
Les Accords de partenariat économiques constituent aujourdhui
un sujet plus que dactualité. La semaine dernière,
lors dune concertation à Abidjan, la région Afrique
de lOuest sest opposée à la signature de ces
accords dans leur forme actuelle en décembre prochain. Les APE
ne sont autre que le volet commercial de lAccord de Cotonou qui
est un document de politique de coopération entre lUnion
européenne et les pays ACP signé en juin 2000. LAccord
de Cotonou est le cadre institutionnel de la coopération entre
les États dAfrique, des caraïbes et du Pacifique (ACP)
et la Communauté Européenne (CE) et ses États membres.
Il a un objectif central quest la lutte pour la réduction
de la pauvreté dont latteinte doit se réaliser en
cohérence avec dautres objectifs que sont, lintégration
des pays ACP dans léconomie mondiale et le développement
durable.
Ces objectifs ainsi que les engagements internationaux des parties doivent
inspirer lensemble des stratégies de développement
des parties et doivent être abordés suivant une approche
intégrée prenant simultanément en compte les composantes
politiques, économiques, sociales, culturelles, environnementales
et institutionnelles du développement.
LA LIBÉRALISATION. Le groupe des ACP rassemble 77 pays, dont 39
au titre des pays les moins avancés y compris le nôtre.
Les APE sont des accords de libéralisation du commerce qui vont
amener les pays ACP dont la majorité figurent parmi les Pays les
moins avancés à démanteler leurs protections commerciales
face aux importations européennes. Les premières négociations
APE ont commencé en 2002. La région Afrique de lOuest
a adopté une feuille de route conjointe en 2004 qui en lancé
une première phase. En octobre 2006, la réunion du comité
ministériel de suivi des négociation tenue à Niamey
a lancé la deuxième phase des négociations. Le processus
dévaluation des APE de 2006 constate des lenteurs en ce qui
concerne lavancement des négociations ainsi que de multiples
difficultés auxquelles les négociateurs ACP sont confrontés.
Plusieurs régions africaines ont dailleurs sollicité
une prolongation des délais et soulevé la question des alternatives
.
En juillet 2007 à Accra, les négociateurs (CEDEAO- UEMOA)
de lAfrique de lOuest ont rendu compte des négociations
en cours au Comité ministériel de suivi de lAPE. Les
négociateurs ont mis laccent sur le fait que la date du 31
décembre ne doit pas être le seul objectif de lAfrique
de lOuest en insistant sur la bonne préparation de la région
par rapport aux trois préalables contenus dans la conclusion de
la réunion des négociateurs à savoir : le texte de
laccord, le programme daccompagnement de lAPE et laccès
aux marchés. La semaine dernière à Abidjan la rencontre
sest opposée la signature de lAPE en décembre
prochain. Le point de vue des experts est que léchéance
de 2008 fixée pour les APE est trop courte pour permettre aux pays
ACP de relever le niveau de leurs économies encore précaires
. Par ailleurs, les capacités de production des ACP sont très
limitées et ne leur permettent déchanger leurs produits
avec lUE en dehors de matières premières dont les
cours ne cessent de chuter. Par ailleurs, selon les études, avec
les APE, les ACP devront faire face à terme à leffondrement
de leurs revenus fiscaux consécutivement à la suppression
des taxes douanières. La compensation de cet effondrement fiscal
par une TVA élevée va frapper de plein fouet les populations
les plus pauvres. Toutes les études menées sur les APE ont
démontré que quelque soit les zones géographiques
concernées, ces accord laissent entrevoir dénormes
difficultés pour les pays les moins avancés.
Conclu pour une durée de 25 années, laccord contient
une clause permettant sa révision tous les cinq ans. Il comporte
un protocole financier couvrant des périodes quinquennales. Celui-ci
indique le montant global des ressources qui sont allouées aux
ACP a travers le Fonds européen de développement (FED).
LES INNOVATIONS. LAc-cord de Cotonou se démarque considérablement
de la Convention de Lomé sous plusieurs aspects. Les changements
les plus importants visent à actualiser et adapter la coopération
ACP-UE afin de répondre mieux aux problématiques de la mondialisation,
de la lutte contre la pauvreté et du développement durable.
Lévaluation de la mise en uvre de Lomé a fait
le constat de certains problèmes liés aux situations suivantes
:
Contre performance des pays ACP en matière de gouvernance politique
et de performances économiques, la mauvaise application du système
de partenariat et linefficacité du système de gestion
du FED. En plus de ces problèmes il a été enregistré
en même temps une évolution notable du contexte mondial et
européen.
Se fondant sur ces éléments, la Communauté européenne
a mis à profit les négociations de 1998 à 2000 pour
convaincre les pays ACP dadopter de nouvelles orientations conduisant
à une redéfinition du partenariat par la conclusion dun
nouvel accord, particulièrement en ce qui concerne : les modalités
de renforcement des dimensions politiques du partenariat, lélargissement
à de nouveaux acteurs; lélaboration dun régime
commercial compatible avec les règles de lOMC et lintroduction
dun système de gestion de laide plus rationnel et davantage
axé sur la performance.
F. MAÏGA
© Copyright L'Essor
Archives
|