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Programme de Vérification des Importations (PVI):
un fiasco en perspective
(Le Républicain 02/10/2006)
D'un avis d'appel d'offres à un autre, le Programme de Vérification
des Importations (PVI) au Mali a pris les chemins tortueux du délit
d'initié et de l'affairisme. Pire qu'en 2003, l'attribution d'un
marché risque d'aboutir sur un embrouillamini juridico-financier.
L'échec se profile à l'horizon. C'est en principe aujourd'hui
qu'aura lieu l'ouverture des plis de l'appel d'offres international ouvert,
lancé le 30 septembre, pour le recrutement d'une société
d'inspection avant expédition et de scanning à destination
des marchandises importées du Mali. Mais cet appel d'offres préparé
dans la plus grande précipitation est entaché de plusieurs
irrégularités qui risquent d'enrayer le bon fonctionnement
du programme de vérification des importations (PVI) au Mali. Tout
est parti d'un premier appel d'offres peu orthodoxe lancé le 20
avril par le président du Conseil national du patronat malien,
Moussa Balla Coulibaly. En prélude, le boss du patronat malien,
qui ne porte certainement pas l'actuel prestataire dans son cur
depuis son échec en 2003 d'accorder le marché PVI à
Bivac, s'est empressé d'adresser une lettre à Cotecna pour
signifier la fin prochaine de son contrat et l'ouverture de la compétition
pour le renouvellement. Les ministres de l'économie et des finances
et de l'industrie et du commerce qui ont été ampliataires
de la missive ont jugé cavalière cette attitude. Et le locataire
de l'hôtel des finances n'a pas manqué de signaler en retour
de courrier que : "on ne peut procéder à un nouvel
appel d'offres en l'absence d'évaluation du contrat en cours".
Ce qui n'a jamais été le cas en ce qui concerne l'actuel
contrat de Cotecna. Aussi, bien que disposant d'un mandat de l'Etat pour
co-gérer le PVI, le CNPM n'est pas habilité à lancer
un appel d'offres international sur une question concernant au premier
chef la sécurisation des recettes de l'Etat, sans une concertation
au préalable avec les services techniques de l'Etat, les douanes,
la direction nationale du commerce et de la concurrence, les impôts,
etc. En fait, le mandat de gestion du PVI dévolu au CNPM indique
que le patronat est assisté d'un comité technique de suivi
et de contrôle mis en place par arrêté interministériel
en date du 6 février 2003. Ce comité regroupant des représentants
des divers services des deux départements et du patronnat est censé
se réunir régulièrement pour apprécier les
prestations effectuées et y apporter éventuellement des
correctifs. Au-delà de ce vice de forme, l'appel d'offres lancé
par Moussa Balla Coulibaly comportait une faute d'appréciation
très grave dans son préambule qui stipulait : "plus
de quinze années d'expérience avec deux partenaires prestataires
de service du PVI, la satisfaction n'est toujours pas à hauteur
d'espoir. Scandales, contre-performances, insatisfaction, erreurs récurrentes
ou persistantes demeurent les conclusions de tous les rapports d'évaluation
au PVI". L'allusion est directement faite à la SGS (1989-2003)
et à Cotecna (2003-2006). Une telle appréciation est de
nature à désigner de manière voilée qui ne
doit pas être retenu. En clair, une exclusion de ces deux sociétés
stigmatisées. Le principe de la neutralité est violé.
Pour toutes ces raisons et bien d'autres, cet appel d'offres a été
annulé par le ministre de l'Économie et des Finances, après
consultation de son homologue de l'industrie et du commerce. Le nouvel
appel d'offres qui a été lancé le 30 septembre pèche
aussi à cause de plusieurs irrégularités. Echapperat-il
au sort du précédent ? La réponse n'est pas évidente.
En fait, le nouvel appel d'offres apporte une innovation de taille au
PVI avec l'implantation de 4 scanners sur différents sites du territoire
national. Dans la mesure où les scanners destinés au contrôle
des marchandises constituent un investissement important, il faut au préalable
obtenir un marché avant de procéder à l'acquisition
du matériel sur commande expresse auprès d'un fabricant.
Un aspect qui semble avoir été oublié par les auteurs
du document. L'appel d'offres stipule à propos de la durée
du PVI : "Le contrat restera en vigueur pour une durée de
3 ans à compter du 1er janvier 2007 en ce qui concerne les prestations
avant embarquement". Mais en ce qui concerne la durée du scanning
il est stipulé que : "s'agissant de la vérification
par le Scanner, la durée sera fonction des négociations
entre la société d'inspection et le conseil national du
patronat du Mali (CNPM)". Pour les spécialistes, il apparaît
tout à fait impossible de préparer une offre financière
pour un contrat dont la durée sera négociée ultérieurement.
La fourniture et la mise en place de 4 scanners va représenter
un investissement important, générant des frais d'amortissement,
d'assurance et de maintenance. Aussi, il est primordial de connaître
la durée du contrat "scanners" afin que les offres des
soumissionnaires soient calculées sur une durée identique.
La date du 1 er janvier 2007, retenue pour l'entrée en vigueur
du nouveau contrat, ne peut en aucun cas être respectée,
car l'acquisition des scanners ne devrait intervenir qu'après conclusions
des discussions et attribution définitive du marché. Les
scanners étant exclusivement construits sur commande, la livraison
sur site des premiers scanners ne pourra se faire qu'entre 6 à
8 mois après la signature du contrat entre le CNPM et le soumissionnaire
retenu. L'introduction du scanner suppose aussi une revue de fond en comble
de la pratique du PVI classique. Ce qui entraîne des surcoûts.
Le taux ancien sera évalué à la hausse, ce qui ne
manquera pas de peser sur la bourse des importateurs.
Un mandat de fait
Le programme de vérification des importations a été
institué au Mali, à la faveur de la libéralisation
de l'économie, par la Banque mondiale en 1989. Il vise, entre autres,
à fournir à l'administration des douanes toutes les informations
relatives à l'origine, à la provenance, aux quantités,
à la valeur et aux positions tarifaires des marchandises importées
au Mali. Ces informations constituent des éléments d'appréciation
indispensables à la sécurisation des recettes fiscales,
à l'instauration d'une concurrence loyale et saine entre les opérateurs
économiques, à la sauvegarde des intérêts des
importateurs nationaux et des consommateurs maliens. Pendant dix ans (de
1989 à 1999), les deux ministères en charge du PVI (ministères
des finances et du commerce) ont signé des contrats avec la SGS
(Société générale de surveillance) et le trésor
public assurait le paiement des honoraires. Le patronat malien n'avait
aucune implication dans la gestion du programme. Cependant en 1998, le
décret N°98-383 P-RM du 18 novembre 1998 a institué
au Mali le contrôle de la qualité, de la quantité,
du prix, de la position tarifaire et de la détermination de la
valeur en douanes des marchandises à l'importation avant expédition.
Ce décret a prévu le paiement de 0,90 % de la valeur FOB
des marchandises à importer à la charge de l'importateur
au moment de la levée de l'intention d'importation. Les opérateurs
économiques ont rejeté cette disposition qui n'a finalement
pu être appliquée. Comme le dernier PVI arrivait à
expiration le 31 décembre 1999, le Ministre des Finances de l'époque,
Soumaïla Cissé, a entamé des discussions avec le secteur
privé pour le convaincre d'adhérer au programme. Il a été
convenu du principe d'impliquer les opérateurs économiques
dans le suivi du PVI. Le Ministre des Finances, par arrêté
N°99-2814/MF-SG du 3 décembre 1999, a approuvé le cahier
des charges pour lancer un appel d'offres ouvert pour le choix de la société
d'inspection. C'est la Fédération Nationale des Employeurs
du Mali (FNEM) présidée par Moussa Balla Coulibaly qui a
procédé au lancement de l'appel d'offres et le contrat conclu
avec la SGS en date du 31 décembre 2000 a été soumis
au visa du Ministre des Finances. Le taux de prélèvement
à la charge des importateurs a été ramené
à 0,80 % de la valeur FOB des marchandises. Ainsi, le mandat de
fait accordé à la FNEM, devenue aujourd'hui Conseil National
du Patronat Malien (CNPM), bien que prévu dans le cahier de charges,
n'a pas été défini. Et pour permettre au patronat
de gérer le compte destiné à recevoir le produit
du prélèvement, le décret de 1998 a été
modifié par le décret N°01-281/F-P-RM du 3 juillet 2001.
Le patronat a assuré le suivi du PVI sans que le Comité
technique prévu ne soit mis en place par le Ministre des Finances.
F. Traoré
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