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Tarifs des transports : le dialogue s'engage ... après la hausse
(L'Essor 06/10/2005)

Le département de tutelle et les syndicats de transporteurs ont entrepris une série de rencontres pour trouver une solution acceptable pour tous. Un vrai exercice d'équilibriste

On le craignait depuis longtemps puisque le prix du pétrole ne cessait de grimper.

Les transporteurs expliquent leur décision par la hausse continue du prix des carburants
C'est finalement arrivé. Depuis lundi, les tarifs des transports (bus, sotrama et autres dourouni) ont augmenté, aussi bien dans l'urbain que l'interurbain.
Désormais, le tarif des bus passe de 175 à 200 fcfa, et celui des dourouni et sotrama grimpe de 125 à 150 fcfa. Le calcul est vite fait : le trajet coûte 25 Fcfa de plus. Pour les taxis, les prix sont libres et sont comme par le passé fonction de la destination du client. Mais un prix plafond est fixé pour l'intérieur du District : 3080 fcfa. Et ce tarif pourrait augmenter d'au moins 1000 fcfa, dès qu'il s'agit d'aller à Kati, Kabala, Sénou et dans les autres zones situées non loin de la capitale.
Pour les villes de l'intérieur du pays, les prix varient en fonction de la distance qui les sépare de Bamako. Mais dans l'ensemble, l'augmentation minimale est 1500 Fcfa.

"UNE MESURE REGRETTABLE" : Dans une situation économique passablement déprimée, les professionnels du secteurs savent certainement que cette hausse des tarifs est très mal accueillie par le public. C'est pourquoi, ils s'empressent d'expliquer les raisons de ce changement des tarifs.
Lamine Diakité du Syndicat des transports urbains et périurbains qualifie lui-même la mesure de "regrettable". Il en impute la responsabilité à la hausse vertigineuse et constante du prix des hydrocarbures. C'est ainsi, constate-t-il, que le litre du gas-oil qui était de 375 Fcfa il y a environ 4 mois coûte aujourd'hui 525 Fcfa, tandis que l'essence est passé de 450 à 600 Fcfa le litre.
Il se trouve que pratiquement tous les véhicules de transport en commun fonctionnent au gas-oil. "Durant tout ce temps, il y eu trois ou quatre grandes fluctuations sur le prix des carburants, mais les tarifs des transports sont restés au même niveau. Les propriétaires des véhicules n'ont rien à perdre dans cette situation. Eux, n'ont pas revu les recettes journalières qu'ils réclament aux chauffeurs", déplore Diakité qui assure que les chauffeurs vivent un véritable calvaire depuis le début de la crise du carburant.

SANS UN KOPEK : "Des chauffeurs s'endettent souvent en carburant pour pouvoir circuler et réunir les recettes exigées par les propriétaires de véhicule. Souvent nous dépensons en carburant plus de la moitié de ce que nous gagnons", se lamente le syndicaliste, en soutenant qu'il y a des jours où après le boulot, des chauffeurs retournent en famille sans un kopek.
Signalons que les recettes journalières sont fixées à 15.000 Fcfa par jour pour les minibus bus sotrama et 7500 Fcfa pour les taxis.
Par ailleurs, les transporteurs estiment qu'ils paient trop de taxes : les frais à payer après le contrôle technique (6000 Fcfa) qui doit se faire tous les 4 mois, la vignette, les 5500 Fcfa pour la taxe de stationnement.
Le ministère de l'Équipement et des Transports, le département de tutelle, avait-il été saisi par les transporteurs avant la décision de ceux-ci d'augmenter les tarifs ? "Nous n'avons pas décidé comme ça. Nous avons rencontré les gens du ministère", assure Lamine Diakité. "Nous n'avons pas été saisis officiellement", réagissent des responsables du département que nous avons contactés.
Il n'empêche, le ministère a décidé de prendre l'initiative pour trouver une solution à la situation. C'est ainsi qu'il a réuni hier les responsables des principaux syndicats du secteur : le Groupement professionnel des transporteurs routiers, la Fédération nationale des transporteurs routiers (FNTR), la Fédération nationale des groupements (Senagroup), le Syndicat des entreprises de transport (SET).

SOUS LA PRESSION DE LA BASE : Ces responsables syndicaux ont expliqué que la décision de la hausse a été prise sous la pression de la base. Pourtant, fait remarquer un cadre du ministère de l'Équipement et des Transports, lors des dernières négociations avec les transporteurs qui avaient eu lieu courant 2004, il avait été convenu que les transporteurs ne pouvaient pas changer les prix de leur propre gré, sans un consensus.
"Tous avaient accepté que si une éventuelle augmentation devait intervenir, il fallait au préalable définir les paramètres", révèle notre interlocuteur. Parmi ces paramètres, il était prévu de procéder à un véritable travail de sensibilisation des usagers avant toute augmentation des tarifs. Ce qui n'a pas été le cas et beaucoup d'usagers n'ont appris la mesure que lundi, à la porte du véhicule.
Après la rencontre d'hier, une autre est prévue pour demain vendredi. "Nous travaillons avec les transporteurs pour trouver une solution à l'amiable", insiste-t-on au département chargé des transports.
En attendant, les nouveaux tarifs sont appliqués. Au grand mécontentement des usagers tel Mamoudou Dembélé, un tôlier installé au marché de Médine qui n'a pas hésité à invectiver le syndicaliste alors que nous discutions avec celui-ci. Notre ouvrier balaie d'un revers de main, les arguments avancés par les transporteurs qu'il qualifie de "gens malhonnêtes".
Il faut maintenant prier -sans trop y croire- pour que cette hausse du prix des transports ne lance pas une spirale inflationniste dont le pays se serait bien passé.

Mh. TRAORE

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