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Mines: Quand lor fait le bonheur des compagnies
dexploitation Selon les enquêtes, le Mali est riche en or, mais nen profite pas. Non seulement lor nenrichit pas le Mali, mais il concourt à sa déstabilisation, toujours selon les enquêtes qui informent que les règles du jeu de la redistribution de la rentrée minière sont fixées par le code minier. Or, précisent les enquêteurs, cette réglementation avait été imposée dans les années 1990. Elaborés pour attirer les investisseurs étrangers, les codes miniers de 1991 et 1999 -jamais appliqués- et même le prochain en cours délaboration suivant le canevas régional de lEUMOA, instaurent des rapports de force déséquilibrée entre lEtat et les compagnies minières privées. Les cadeaux fiscaux ont appauvri lEtat en le privant de précieuses recettes quil ne pourra en aucun cas rechercher, déclarait, il y a quelques années, un vieux cadre qui connaît bien le secteur. Selon lui, lEtat malien, un des pauvres dAfrique sub-saharienne, a offert aux investisseurs internationaux un environnement propice à leur enrichissement avec des coûts dexploitation parmi les plus bas du monde. Sur le plan fiscal, a t-il expliqué, cest le modèle ghanéen qui figure parmi les plus libéraux du monde et qui inspire le Gouvernement malien. Au Mali, les exemptions fiscales sont particulièrement attractives : les cinq premières années dactivité sur le sol sont gratuites: ni Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA), ni taxe sur les prestations de service, ni impôts sur les bénéfices commerciaux et industriels. Le but est dinciter les compagnies minières à opérer les investissements colossaux dans les premières années de la vie des mines. Or ce que lEtat ne doit pas ignorer, cest que ces compagnies profitent de ces années pour tirer le maximum de ces ressources du pays. Dix ans après le début de lexploitation aurifère
au Mali, les Maliens ne voient pas la couleur de lor, ni dans les
finances publiques, ni dans lindustrialisation, ni sur le marché
de lemploi. Pour les connaisseurs du secteur, non seulement les ressources aurifères ne stabilisent pas le budget de lEtat, mais elles fragilisent la balance commerciale malienne en la surexposant aux fluctuations du cours mondial du métal jaune sur lesquels et contre lesquelles notre pays, petit producteur à léchelle mondiale, ne peut rien. Autre hic : la participation de lEtat au tour de table des compagnies minières nest pas toujours obligatoire. Dun coté, lintérêt de lEtat est de maximiser les recettes fiscales générées par un secteur-phare de son économie. Dun autre côté, celui des actionnaires dune entreprise privée est de maximiser les profits, donc de minorer la fiscalité. En assignant deux rôles opposés aux mêmes représentants de lEtat, la réglementation malienne, élaborée sous la férule des bailleurs de fonds internationaux, brouille les cartes de la politique minière publique et contraint le Gouvernement à de grands écarts permanents, neutralisant ainsi sa capacité à défendre les intérêts du peuple malien. Aussi, les investisseurs maliens qui pourraient exploiter les mines de taille moyenne sont presque totalement absents. La filière aurifère, avec notamment la construction dune raffinerie, reste un mirage. La majorité des produits sont importés, et la totalité de lor est exportée. Lorpaillage traditionnel reste totalement absent des politiques publiques, bien quil fasse vivre -ou plutôt survivre dans des conditions très précaires- plus de 100 000 personnes. Le Mali prisonnier de la monoculture de lor Un autre échec de la politique minière menée ces dix dernières années, selon certains, cest aussi la diversification qui est au point mort. Le sous-sol malien renfermerait des trésors -diamants, fer, bauxite, calcaire, phosphate, plomb, zinc, marbre...- qui nintéressent personne. Devant cette situation, un haut cadre a déclaré: le Mali reste prisonnier de la monoculture de lor, comme celle du coton. Et les spécialistes dinformer quau cours des prochaines années, lEtat investira 100 milliards de francs dans le développement du secteur pour sortir de limpasse aurifère. Car selon eux, le Mali vit actuellement lâge dor de son secteur aurifère, la production devant sépuiser dans les prochaines années. Selon une enquête réalisée récemment par une équipe diligentée par la FIDH, les entreprises minières maximisent leur profit avec la complicité dun Etat qui ne peut ou ne veut pas contrôler leurs activités et les obliger à respecter leurs obligations en matière de droits de lhomme et de protection de lenvironnement. Au niveau local, lenquête révèle que les entreprises achètent la paix sociale, à moindre coût, auprès des communautés avec lesquelles elles restent à peine quelques décennies. Pire, les fonds de développement local quelles ont mis en place pour répondre aux exigences du code minier ne sont pas gérés de manière transparente ni participative, ne répondent pas aux besoins de la population locale et ne sont pas porteurs deffets à long terme en faveur dune réalisation progressive des droits économiques, sociaux et culturels, révèle lenquête de la FIDH. Laya DIARRA © Copyright Soir de Bamako Archives |