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Mécanisation agricole: bientôt les tracteurs "Made in Mali"
(L'Essor 20/09/2007)

Les deux usines d'assemblage en chantier permettront de mettre disposition suffisamment de machines pour les producteurs

Dans l'optique de faire du monde rural le moteur de développement, les pouvoirs publics sont résolument engagés dans un processus de mécanisation de notre agriculture. C'est dans cette optique que 400 tracteurs et leurs équipements accessoires ont été acquis par l'État cette année, ouvrant une nouvelle ère pour notre agriculture.
Aujourd'hui, le parc des tracteurs compte un millier d’unités dans notre pays. Ce qui nous place au 4è rang en Afrique de l’Ouest après le Nigeria, la Cote d’Ivoire et le Ghana. Il reste du chemin à parcourir pour un pays à vocation agricole comme le nôtre. Seulement 315 000 unités de production agricole sont équipées en matériels de culture attelée, charrues, motoculteurs et semoirs. Mais le boom de la mécanisation sera bientôt au rendez-vous avec la mise en marche de deux usines de montage de tracteurs et de divers équipements agricoles. La première est installée à Samanko avec l’appui technique de l’Inde. La seconde usine est la propriété d'un privé chinois. Elle s’implantera à Sikasso.
L’unité d'assemblage de Samanko, située à 25 km de Bamako dans la commune du Mandé, en impose par sa taille et son importance pour le monde rural. L’infrastructure est bâtie sur 2 ha sur le domaine du Centre de machinisme agricole (Cma). Il comprend les volets "génie civil" (bâtiments) et "équipements d'assemblage". L’usine produira 50 unités par mois. Le premier tracteur «Made in Mali» est attendu au cours de ce mois.
Le gouvernement avec l’appui de la FAO a élaboré une stratégie de suivi et d’encadrement pour sécuriser ces investissements et assurer la réussite de l’opération. C’est «la bible» de la gestion des tracteurs à tous les niveaux d’activités. Le document traite de l’acquisition au remboursement en passant par la formation, selon Ibrahima Diallo du ministère de l’Agriculture.
À Samanko, les travaux de génie civil sont presque terminés. L’atelier principal de montage, le bâtiment administratif et d’équipements électriques ainsi que l’aire de traitement des eaux usées n’attendent que la peinture. L’atelier de montage sera achevé après l’installation des machines de montage par une équipe d’ingénieurs indiens. Il reste à finir le système de canalisation et le bétonnage. Les 2 postes de gardiennage seront bientôt achevés.

DES MOTOPOMPES AUSSI. Le chantier de l'usine de Sikasso, implantée sur la route de Koutiala, est également en bonne voie. Mais l’entreprise chinoise DTE-SA attend toujours les exonérations sur les équipements de production de l’unité. Cependant cette difficulté n’a pas bloqué l’avancement de l'édification de l’infrastructure dont la partie génie civil est presque terminée. Les deux ateliers de montage et de maintenance, le bloc des bureaux et du logement du personnel, le salon d’exposition ont déjà reçu les couches de peinture. À la date du 3 septembre, les ouvriers étaient attelés à finir les bâtiments de l’usine.
Les travaux, officiellement démarrés en décembre 2005, coûtent 800 millions de Fcfa. La moitié de cette enveloppe est consacrée aux équipements de montage. En dehors des tracteurs, l’usine de Sikasso produira également des motopompes, des batteuses, des moulins broyeurs et d’autres équipements agricoles. Selon, Geshan Qun, directeur général adjoint de DTE SA, l’unité proposera aussi des herbicides aux paysans. La production minimale prévue est de 10 tracteurs par jour. L’usine compte ravitailler toute la zone Uemoa et écoulera ses produits par appel d’offres ou par vente directe.
La demande de technologies qui facilite le travail, va progresser de paire avec la demande alimentaire croissante de notre population. La mécanisation de l'agriculture offre aux agriculteurs le choix technologique pour accroître la productivité agricole, apporter la sécurité alimentaire et réduire les pertes après la récolte.
La mécanisation agricole n'est pas une activité isolée. Elle interagit au contraire avec de nombreux acteurs, soutiennent les spécialistes. Outre les aspects agronomiques, techniques et sociaux, les questions institutionnelles, comme l'éducation, la vulgarisation et la recherche agricole, jouent un rôle essentiel. La motorisation a été jugée plus appropriée dans les grandes exploitations. Elle s'impose partout où il existe un système d'irrigation, de bonnes possibilités de commercialisation permettant un accroissement régulier de la production. C’est le cas de l’Office du Niger qui s’étend sur 82 000 hectares aménagés sur un potentiel de plus de 1 million d'hectares de terres irrigables en maîtrise totale de l’eau. Les 26 435 exploitations réalisent 50 % de la production nationale de riz paddy.
Dans la zone de Niono, 11 850 ha de terres cultivables, aucun paysan ne possède de tracteur, affirme le service de l'encadrement. Mais le directeur de la zone, Mamadou Keita ne s’en plaint pas. «Chez nous, les producteurs cultivent des parcelles familiales. Ils préfèrent les motoculteurs plus adaptés aux petites surfaces», explique le patron de la zone agricole. Il ajoute que les usines de tracteurs peuvent inciter les paysans à étendre leurs exploitations.
Le paysan Alamine Maïga est installé à l’Office depuis 1977. Il ne partage pas l'avis du technicien et soutient que les producteurs peuvent tirer beaucoup de profits d’un tracteur. «On peut travailler avec sa machine toute l’année. En dehors du labour, elle fait le transport du bois, assure le déménagement des hameaux peuhls, le battage du mil et même la fourniture de l’électricité. Elle transporte des intrants et des céréales après les récoltes», explique Alamine. Ce producteur de 52 ans souhaite vivement posséder un tracteur.

UN HOMME COMBLE. Molodo, 7 km de Niono, est une des 5 zones de production de l’Office du Niger. Fousseyni Koné, 40 ans, est issu d’une famille paysanne. Il a bénéficié d’un tracteur au compte de l’Agence pour l’emploi des jeunes. Il vit ici depuis sa tendre enfance et entretient une dizaine d’hectares à Djeliwéré, un hameau de culture, à 12 km de Molodo. Marié et père de 3 enfants, Alhousseyni Koné est diplômé. Il est analyste-programmeur en informatique. Le jeune agriculteur nous a fait visiter son champ. Il est fier d’être le seul à posséder un tracteur dans la zone de Molodo. «Je suis un homme comblé aujourd’hui, dit-il. Le tracteur me permet de respecter le calendrier agricole. Je tire suffisamment d’argent des prestations servies aux autres. Aujourd'hui j'exécute en une semaine le volume de travail qu'auparavant je réalisais en un mois avec trois paires de bœufs. Le tracteur est plus performant." Par an, le jeune agriculteur doit verser 400 000 Fcfa pour rembourser son crédit. Mais cette échéance ne l'inquiète pas. Car sa recette mensuelle moyenne atteint 300 000 Fcfa.
L'importance de la mécanisation est désormais avérée dans les domaines du transport, de l'agriculture, de l'élevage. Les meilleures conditions de stockage après-récolte et les transformations agro-alimentaires sont à la portée des producteurs maliens.

La Loi d'orientation agricole : Le bréviaire d'une agriculture moderne

Elle comprend 7 articles, 33 chapitres et 200 articles. À travers cette architecture, elle fixe des mesures incitatives de sécurisation des productions. Les couches rurales ont été impliquées dans l'élaboration de cet instrument juridique qui ambitionne de révolutionner l'agriculture de notre pays. La Loi d'orientation agricole a été promulguée le 5 septembre 2006 par le président de la République, Amadou Toumani Toure. Elle est l'instrument de promotion de la politique de développement agricole adoptée par notre pays. Environ 70 % de la population active est occupé par l'agriculture. Elle contribue à hauteur de 40 % au produit intérieur brut (PIB). Ce secteur stratégique travaille à assurer la sécurité alimentaire. Il est vital pour l'économie de notre pays. Malheureusement, l'agriculture n'arrive pas encore à assurer les besoins de consommation alimentaire des 12 millions de Maliens. Et les paysans vivent généralement dans la précarité.
Il fallait créer des mécanismes opérationnels pour renverser la tendance avant 2015, échéance prévue pour faire de notre pays une puissance agricole. La mécanisation agricole, l'implantation de deux usines de montage de tracteurs, les grands aménagements concourent à la réalisation de cette ambition. La Loi d’orientation agricole est le vecteur de ce changement. Elle ambitionne d'affranchir nos récoltes des aléas climatiques. Elle fixe également des mesures incitatives favorisant le retour et l'installation des jeunes et des dispositions attractives pour encourager l'investissement dans le secteur.
Le concours de la Coordination nationale des organisations paysannes (CNOP) a permis d'instaurer un débat national franc autour des questions agricoles. La réflexion a défini des propositions susceptibles d'apporter un réel changement dans le secteur. C'est le résultat de 33 concertations, 8 ateliers thématiques et environ 4000 producteurs contactés. Il est annoncé la mise en place d'un Conseil supérieur de l'agriculture, qui sera présidé par le président de la République. Le décret 066 du 23 février 2007 fixe déjà les modalités d'organisation et de fonctionnement de cette instance. Elle tient une session avant le 31 mars de chaque année. Le Conseil supérieur de l'agriculture est doté de comités exécutifs régionaux.
La fonctionnalité d'une loi est liée aux textes réglementaires qui en découlent. D’ores et déjà, un plan d’opération est déjà disponible au département de l'Agriculture, selon Dr Daouda Diarra, conseiller technique chargé de la LOA au ministère de l'Agriculture.

A. M. CISSE

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