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Privatisation de la CMDT: A pas de caméleon sans
perdre les couleurs
(L'Essor 20/09/2007)
La démarche bute sur des contraintes que les parties s'attèllent
à surmonter pour le bien-être des acteurs
La Compagnie malienne de développement des textiles (CMDT) a, pendant
près de trois décennies (1974-2001), fait le bonheur des
producteurs et de l'Etat qui tiraient leurs revenus de la culture du coton.
La filière coton faisait vivre environ 3 millions de personnes
qui se déclinaient en producteurs et opérateurs économiques
de tous genres (transporteurs de balles de coton, fournisseurs d'hydrocarbures,
d'intrants agricoles, de pièces de rechange pour les véhicules
et les unités d'égrenage, les prestataires de services pour
l'entretien ou la réalisation des infrastructures socio-économiques,
des consommables pour les équipements, les banquiers).
Le coton malien se vendait bien sur les marchés internationaux.
En retour, les producteurs bénéficiaient des ristournes
alléchantes. Le budget national a aussi bénéficié
des retombées du développement du secteur cotonnier à
travers des prélèvements fiscaux qui ont totalisé
33,8 milliards Fcfa en 1998.
new-look la filière- Arriva la décennie 2000 qui voit la
filière s'effondrer comme un château de cartes. Les prix
sont de plus en plus bas sur le marché mondial, la filière
ressent aussi les effets d'une mauvaise gestion au plan interne qui creuse
de plus en plus le déficit financier. La CMDT est sous perfusion
financière. Pour arrêter l'hémorragie financière,
l'Etat engage un plan de redressement de la filière qui a eu peu
d'effets. En définitive, l'Etat se retourne vers les partenaires
extérieurs qu'il sollicite pour l'aider à sauver la situation
socio-économique morose qui menaait d'imploser. Le gouvernement
réaffirme sa volontéde poursuivre la politique de libéralisation
de l'économie et de favoriser une plus grande implication des producteurs
dans la gestion de la filière new-look. C'est ainsi qu'il a été
décidé du recentrage de la CMDT autour des activités
liées au système coton. Pour ce faire, la CMDT s'est désengagée
des missions de service public, de l'encadrement, des fonctions d'approvisionnement
en intrants et équipements, du transport du coton.
Aussi, le gouvernement s'engage à ouvrir le secteur coton et oléagineux
à la concurrence afin d'améliorer leur performance et de
mieux valoriser leurs produits dérivés.
Toutes ces missions ont été confiées à un
pool de spécialistes qui siègent à la Mission de
restructuration du secteur coton (MSRC) placée sous l'égide
de la Primature et conduite par l'ancien ministre de l'Agriculture N'Fagnanama
Koné. La MSRC s'est mise depuis sa création en février
2001 éla toûche en commanditant toutes les études
nécessaires à la réforme. La privatisation de la
CMDT était fixée à l'horizon 2005. Mais les retards
accusés dans la mise en Ïuvre de la réforme ont permis
de pousser cette échéance à 2008 (août) avec
à la clé d'autres mesures supplémentaires.
les mesures urgentes-La MRSC a produit un chronogramme révisé
du processus de réforme du secteur coton qui a été
adopté en conseil des ministres en novembre 2005. Ce chronogramme
a, pour objet entre autres, d'appuyer l'installation et le démarrage
des activités du repreneur de Huicoma et de réaliser la
privatisation de la CMDT, selon l'ancien ministre des Finances Tiéna
Coulibaly du MRSC. Il a également pour objectifs de mettre en place
les structures de régulation du secteur coton, d'assurer les fonctions
essentielles d'accompagnement en vue de la libéralisation de la
filière à terme et de renforcer les capacités des producteurs
pour un rôle accru dans la filière. Le chronogramme a aussi
permis d'identifier de nouvelles mesures comme la création de structures
pérennes qui vont gérer les aspects transversaux à
savoir l'interprofession qui regroupera les producteurs, égreneurs,
huiliers, banquiers et transporteurs au sein d'une entité, la bourse
du coton, l'office de classement du coton. L'organisation de voyages d'études
en avril 2006 au Burkina Faso, Togo et au Bénin a permis de proposer
la création de quatre filiales. Ce découpage propose de
regrouper les zones de production de Sikasso et Bougouni, San et Koutiala,
Fana et les zones de l'Office de la Haute Vallée du Niger (OHVN)
et Kita. Le conseil des ministres en sa session ordinaire du 4 octobre
2006 a approuvé ce schéma opérationnel de privatisation.
Les producteurs se préparent à libérer leurs parts
de capital des nouvelles sociétés Les producteurs ont été
organisés en sociétés coopératives de producteurs
de coton (CPC) de la base jusqu'au niveau national, à l'Union nationale
des sociétés coopératives de producteurs de coton
(UNSCPC) est créée. Le président de l'Assemblée
permanente des chambres
d'agriculture du Mali (APCAM) Bakary Togola est aussi le président
de l'UNSCPC. Bakary Togola se dit confiant quant au rôle que les
producteurs doivent jouer dans les futures structures de gestion de la
filière coton. Il assure que les producteurs se préparent
à libérer leurs parts de capital des nouvelles sociétés.
Ils ont déjà mis de côté 2,1 milliards Fcfa,
majorés de 3 milliards Fcfa que les partenaires financiers ont
bien accepté de donner.
la reconduction du plan social-A la fin du mois d'août, la MRSC
a fait le point des toûches urgentes qu'il restait à achever
comme la formation en gestion des coopératives des producteurs
et la préparation de leur entre dans le capital des futures
filiales, la répartition du personnel entre les filiales, la définition
de l'échéance juridique du processus de privatisation de
la CMDT, l'apport du conseil-assistance pour la privatisation, l'élaboration
d'un programme de communication, l'évaluation du protocole d'accord
du mécanisme de fixation des prix et le schéma de gestion
du fonds de soutien.
Sur le point relatif à la répartition du personnel de la
CMDT entre les filiales, le consultant a rendu son rapport provisoire
sur la question. On se rappelle que cette question avait fait l'objet
de deux grèves lancées par le Comité syndical de la
filière coton de la CMDT (en décembre 2006 et en avril dernier),
qui tenait avoir des assurances de la part du gouvernement en ce
qui concerne le sort du personnel qui ne serait pas affecté aux
filiales. Pour ceux qui ne seront pas reconduits, le Comité syndical
de la CMDT voudrait pour eux une application du plan social qui a permis
en 2003 à 596 partants volontaires de quitter la structure avec
des indemnités confortables de départ. Le gouvernement soutenait,
de son côté, que tout le personnel serait redéployé
dans les nouvelles filiales. Le rapport du consultant retient l'affectation
de 1397 agents dans les nouvelles filiales. Or les chiffres actuels donnent
un effectif de 1946 agents en service à la CMDT et àl'OHVN.
Le rapport reste muet sur le sort des 543 autres agents, qui sont considérés
comme un sureffectif qui ne sera pas affecté dans les nouvelles
filiales. Le Comité syndical a, lors de l'atelier de validation
tenu le 5 septembre sur le rapport, fait des recommandations dont la prise
en charge de ce sureffectif qui se fera grâce à la reconduction
du plan social de 2003. Les responsables syndicaux souhaitent l'application
de ce plan social avant la filialisation. "Cela nous évitera
de tomber dans les mêmes travers que nos camarades d'Huicoma, à
qui le repreneur a refusé d'appliquer un plan social. Et la suite
est connue aujourd'hui : un arrêt de la production et la mise en
chômage technique prolongé du personnel" a expliqué
Mamadou Sissoko dit Kadhafi, membre du comité syndical à
la CMDT. Kadhafi soutient que l'Union nationale des travailleurs du Mali
(UNTM) et la Direction de la Fonction publique trouvent appropriée
la prise en charge par le plan social de leurs doléances.
"Chat échaudé craint l'eau froide", comme le dit
un diction, on peut comprendre les travailleurs de la CMDT qui tiennent
à obtenir toutes les assurances pour une sortie honorable pour
ceux qui doivent quitter la structure, sans qu'ils ne se sentent frustrés
ou abandonnés.
Mais le train de la réforme est en marche. Arrivera-t-il à
bon port ? C'est sûr. Prendra-t-il toutes les précautions
pour éviter les drames vécus par les précédentes
réformes qui ont conduit des privatisations mal assumées
? Le gouvernement s'y attèle et les partenaires ne se foûcheront
certainement pas, si pour bien faire, des réajustements s'avèrent
indispensables pour ne pas donner l'impression d'un bradage d'une structure
qui a marqué l'économie du pays pendant près d'une
trentaine d'années. Comme un caméléon, la réforme
avance sans perdre les couleurs de son paysage que sont les désidératas
des acteurs qu'elle doit prendre en compte pour mieux réussir la
privatisation.
M. COULIBALY
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