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Fiscalité dans le secteur agricole : Plutôt l'impôt synthétique
(L'Essor 05/09/2007)

Ce régime est un mode forfaitaire de taxation appropriée pour notre pays, compte tenu du caractère irrégulier de la production

La deuxième session technique de l'année 2007 du Forum des administrations fiscales de l'UEMOA qui s'est tenue à Bamako la semaine dernière, a fait le point de la situation de "la fiscalisation du secteur agricole dans l'UEMOA". Les difficultés liées à l'imposition du secteur ont été examinées.
L'analyse des législations fiscales a montré que les pays membres de l'UEMOA ont un dispositif d'imposition analogue en ce qui concerne les revenus tirés de l'exercice d'activités relevant du secteur agricole. Ainsi, trois régimes d'imposition sont généralement en vigueur dans l'UEMOA : le régime du bénéfice réel, le régime du réel simplifié et celui du forfait ou de l'impôt synthétique. Ce dispositif n'est cependant pas appliqué pour des raisons diverses. Puisqu'à coté de ces règles de droit commun, d'importantes exonérations sont prévues en faveur de l'agriculture de subsistance ainsi que pour les structures d'appui et d'encadrement du secteur agricole (caisses de crédit agricole, coopératives agricoles, assurances agricoles, etc.)
En matière d'impôts indirects, dans l'UEMOA, le secteur agricole est hors du champ d'application de la taxe sur la valeur ajoutée avec possibilité d'option pour pouvoir bénéficier du droit à déduction. Aussi ces produits agricoles sont-ils expressément exonérés de la TVA. Il en est également de même pour la plupart des cas du matériel et des intrants agricoles. A ce sujet, à l'exception notable du matériel agricole qui n'est pas unanimement exonéré, la législation en matière de TVA est strictement identique. L'imposition du matériel agricole par le Sénégal constitue une spécificité majeure en matière de TVA. On note aussi la limitation de l'exercice du droit à déduction en Côte d'Ivoire pour certaines catégories de contribuables définies suivant les seuils de chiffres d'affaires.
La spécificité des législations fiscales en matière d'impôt direct ont trait à la différence de seuil d'imposition en ce qui concerne les régimes applicables d'où la diversité du nombre des régimes, à la différence des taux d'imposition et à la différence sur le champ d'application aussi bien en matière d'impôt sur le revenu qu'en matière d'impôt sur les salaires.
A la lumière de la comparaison des différentes législations des États membres de l'UEMOA et compte tenu du fait qu'il y a entre elles plus d'éléments de convergence que de divergences, les experts des administrations fiscales ont convenu de la nécessite pour le FAF de jeter les bases d'une harmonisation de leur législation applicable au secteur agricole.

Niveau d'équipement rudimentaire. Au Mali, la difficulté majeure que rencontre l'administration fiscale dans l'imposition du secteur agricole se situe au niveau de l'applicabilité des dispositions du Code général des impôts régissant l'imposition des revenus des exploitants agricoles. En effet, l'impôt sur les bénéfices agricoles est appliqué seulement sur les bénéfices réalisés dans l'exploitation ne relevant pas du cadre de l'agriculture traditionnelle. Aux termes des dispositions de l'article 101 du Code général des impôts, un arrêté conjoint des ministres chargés des Finances, de l'Agriculture, de l'Élevage, de la Pêche, de l'Environnement et de l'Assainissement doit déterminer les critères d'une agriculture traditionnelle et ceux d'une agriculture moderne. Cet arrêté tarde à voir le jour. C'est cette situation qui justifie la non application des dispositions régissant les bénéfices agricoles. Autre problème important : la faiblesse des revenus des exploitants agricoles. L'agriculture, dans notre pays, est une activité au rendement très aléatoire. En fait, les professionnels de cette activité constituent la frange de la population la plus pauvre du pays. Les causes profondes de ce rendement sont, entre autres, le niveau d'équipement qui reste encore rudimentaire pour la plupart des exploitants, les aléas climatiques, les bas prix au producteur, l'exode rural, etc.
Il faut souligner aussi les subventions accordées aux agriculteurs des pays développés. Pour rendre les produits agricoles plus compétitifs sur le marché international, les pays développés subventionnent leurs agriculteurs. Cette situation pose une difficulté majeure en ce qui concerne la suppression de l'exonération de la taxe sur la valeur sur les intrants et matériels agricoles. Les experts estiment que plusieurs modes de taxation du secteur agricole sont envisageables en ce qui concerne le cas spécifique du Mali. Ainsi, le régime de l'impôt synthétique qui est un mode forfaitaire de taxation paraît la forme la plus appropriée pour notre pays, compte tenu du caractère aléatoire de la production liée essentiellement aux phénomènes climatiques, de l'absence de plan cadastral et de comptabilité pour la plupart des exploitants agricoles.
Pour ce qui est de la taxation des intrants et matériels agricoles, l'apport du secteur en terme de contributions fiscales est insignifiant de nos jours. Or, selon les critères de convergence de l'UEMOA, le taux de pression fiscale qui est actuellement de 15% environ au Mali doit atteindre 17% du Produit intérieur brut (PIB). Par ailleurs, les revenus générés par l'exercice (commerce, industrie, service) sont aujourd'hui imposés à des taux qui ne méritent plus d'être relevés. Il paraît donc nécessaire d'élargir l'assiette fiscale par la suppression de l'exonération de la TVA sur les intrants et matériels agricoles.
Le Mali est un pays à vocation agricole par excellence. Près de 80% de sa population active se consacrent aux activités rurales. Le secteur rural contribue pour près de 45 % à la formation du Produit intérieur brut (PIB). Mais son apport aux ressources fiscales du budget demeure très faible. Il ne dépasse pas 2%. Un grand nombre de personnes de ce secteur évolue actuellement dans le cadre d'une agriculture de substance basée sur l'autoconsommation. Mais depuis quelques années, une catégorie de producteurs disposant d'outils modernes de production exerce à titre commercial des activités rurales. Il s'agit notamment des propriétés de femmes modernes et des agriculteurs qui s'adonnent aux cultures de rente. Ceux-ci bénéficient très souvent de l'encadrement technique et du soutien financier des structures financières. Avec l'appui de ces structures, ces exploitants réalisent des revenus importants. Ils ne peuvent, dès lors, relever du cadre de l'agriculture traditionnelle.
La loi n° 06-045 du 5 septembre 2006 portant loi d'orientation agricole fixe les grandes orientations de la politique du Mali. Pour atteindre les objectifs visés, des mesures incitatives et volontaristes sont envisagées pour la création d'entreprises de production locale d'intrants agricoles. Ces mesures concernent, au plan fiscal, l'exonération des intrants agricoles produits localement par les entreprises.

F. MAIGA

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