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Femmes dans l'agro-alimentaire: le virage de la professionnalisation
(L'Essor 20/09/2004)

Les femmes ont trouvé dans la transformation des produits agricoles un créneau générateur de revenus. La profession-nalisation de la filière va peu à peu supplanter le caractère artisanal de l'activité
C'est presque une lapalissade que de constater que l'agriculture occupe une place importante dans l'économie de notre pays. Plus de 80% de la population pratique cette activité. Elle contribue pour 45% au PIB du pays et fournit environ les trois quarts des recettes d'exportation. C'est dans ce secteur que les femmes qui constituent 51% de la population jouent un rôle prépondérant. Elles sont impliquées dans tous les secteurs de l'économie rurale et fournissent la majeure partie des denrées de première nécessité à leur famille. Bref, les femmes participent à tous les stades de production agricole depuis les semis jusqu'à la transformation et la commercialisation.
La transformation concerne les céréales, fruits et légumes, les produits de cueillette et produits animaux.
Aujourd'hui, en milieu urbain les femmes ont trouvé dans la transformation des produits agricoles un créneau générateur de revenus. On tend même vers une professionnalisation de la filière.

1000 Fcfa contre 200 Fcfa par jour- Mme Mariko Fadima Siby est une pionnière dans le domaine. La promotrice de l'Unité de transformation et de conditionnement des denrées alimentaires (UCODAL), avait toujours rêvé de créer sa propre entreprise. Ingénieur en technologie alimentaire, Fadima, avant de s'installer à son propre compte, avait travaillé comme fonctionnaire pendant 15 ans.
Créée en 1986, UCODAL n'a commencé à fonctionner qu'en 1988. Au départ la principale activité de l'unité était la transformation et le conditionnement des condiments (pâte d'arachide, "soumbala", gombo, poisson et oignons séchés).
Mais la demande croissante a incité la promotrice à ajouter la transformation des céréales principalement le fonio en précuit et le mil. L'unité produit également les farines enrichies destinées aux femmes enceintes, allaitantes et aux enfants.
Les céréales sont transformées en "dégué", bouillie et couscous séchés et mis en sachets. Actuellement, Mme Mariko tend à abandonner la production de condiments qu'elle ne fait que sur commande. Pour la distribution de ses produits, elle a choisi quelques supermarchés et alimentations dans le district. "Puisque là-bas, les produits sont bien traités et bien présentés, même si ça me rétrécit le marché, les clients seront satisfaits" explique-t-elle.
UCODAL emploie 15 personnes dont 4 femmes permanentes qui sont payées entre 26.000 et 41.000 Fcfa par mois. Ces dames exerçaient une activité commerciale assez précaire (la vente de l'arachide grillé) qui ne leur rapportait pas plus de 200 Fcfa par jour de bénéfice. Par contre, avec UCODAL, elles gagnent 1.000 Fcfa par jour. Cependant tout n'est pas rose pour la promotrice de UCODAL. Son entreprise relève-t-elle souffre d'une concurrence déloyale créée par l'État qui ne contraint pas toutes celles qui exercent les mêmes activités à appliquer la TVA sur leurs produits. L'accès au crédit bancaire et le coût élevé du téléphone et de l'électricité constituent autant de difficultés.

Le sésame utile pour l'homme et les animaux- Un tout autre cas est celui de Mme Bocoum Nana Keïta. L'itinéraire de cette femme chef d'entreprise vaut le détour. Simple vendeuse de fruits et légumes comme il en existe des milliers dans les rues de Bamako, Mme Bocoum a su innover pour sortir du lot. Elle fournit ses produits transformés aux restaurants et grandes épiceries de la capitale et en exporte jusqu'en France. Nana tient un kiosque "La Maraîchère" depuis 1983, situé en face de Toyota Diama à Quinzambougou. Ce magasin sert de vitrine également pour les produits des membres de l'ATRAPAL (Association des transformatrices des produits agro-alimentaires) dont elle est la présidente. Les produits transformés par la "Maraîchère" sont nombreux et diversifiés. Des cornichons de légumes frais conservés dans du vinaigre, en passant par le cocktail de piment et la purée de piment, du beurre de karité et de l'huile de sésame.
Cette dernière est considérée comme la moins cancérigène des huiles comestibles. Mme Bocoum achète 4 tonnes de sésame qu'elle fait traiter par la presse artisanale dont elle dispose et qui est d'une capacité de 33 litres pour 100 kg de sésame.
En plus de l'huile et de la graine, le sésame est consommé sous forme de croquettes que réalise également la "Maraîchère". Le tourteau de sésame qui entre dans l'alimentation de la volaille et du bétail fait le bonheur des éleveurs. Le manque d'équipement et de local l'empêche de répondre à la forte demande. Néanmoins elle fonde beaucoup d'espoir sur sa collaboration avec Trade Mali (une ONG américaine financée par l'USAID) pour s'équiper.
Une autre bénéficiaire des acquis de l'association est Mme Mambo Sakilyba qui tient l'unité de transformation des fruits "Yango" depuis 1998. Cette dame a bénéficié en 2000 d'un appui financier de 10 millions Fcfa de l'ex-président de la République, Alpha O. Konaré, qui lui a permis de se construire un local dans la cour du Laboratoire de technologie alimentaire à Sotuba.
"C'est le problème d'emploi qui m'a motivé à opter pour ce métier. Car après avoir terminé des études d'agro-industrie, il fallait faire le concours d'entrée à la fonction publique. J'ai préféré y renoncer pour tenter ma chance du côté de la transformation des produits agricoles", confie-t-elle.
Elle a démarré avec quelques matériels de contrôle de qualité, un congélateur et une presse agrume. Elle parvient à écouler ses produits sans problèmes. "Je peux vendre 400 bouteilles de sirop par mois (1250 Fcfa l'unité) et 800 bouteilles de jus (200 Fcfa l'unité) dans le mois. Pendant la période de chaleur et de carême, je peux aller au delà de ces chiffres", a-t-elle indiqué. Quid de l'emballage ? Mambo achète les bouteilles plastiques de Sada Diallo pour les sirops, mais pour les jus de fruits elle fait de la récupération de bouteilles en verre.
De nos jours le marché connaît une avalanche de produits laitiers (yaourt, lait caillé et frais) dont la plupart sont transformés de façon artisanale par les femmes.

Comme des petits pains- Mme Diakité Assan Sidibé a été l'une des premières à se lancer dans ce créneau après l'Unité de Mali Lait. Technicienne de santé, partie à la retraite volontaire en 1991, elle opérait dans ce créneau depuis 1983. Son objectif principal était d'inciter les Maliens à rajouter la consommation du lait à leurs habitudes alimentaires. Car à chaque étape de la vie, on a besoin du calcium. Le yaourt en contient beaucoup et constitue un ferment lactique qui protège la muqueuse intestinale. Cette dame a commencé avec 4 boites de lait en poudre Nido qui ont servi à fabriquer des sucettes. Au bout de 15 jours, elle transformait un carton de lait (24 boites), car le produit s'écoulait comme des petits pains.
C'est avec un financement du projet FED "Tièssirisso" en 1995 qu'elle a pu s'équiper. Ainsi de l'artisanat total, elle est passée au semi-industriel. Actuellement la promotrice de Harry Délices emploie 9 personnes dont 4 spécialistes. Sa production journalière s'élève à 800 litres. Elle s'approvisionne en emballage à partir de la Côte d'Ivoire mais l'emplacement de son unité (située à Lafiabougou à côté des concessions familiales), freine son expansion.
Comme on le voit les femmes jouent un rôle important dans la valorisation de nos produits. De gros efforts ont été déployés par le gouvernement pour les soutenir. Parmi ces soutiens, on peut citer la création d'un centre de formation technologique à Sotuba qui encadre les femmes. En plus de cela le Laboratoire de technologie alimentaire (LTA) de Sotuba assure au niveau national un appui permanent à celles qui sollicitent son expertise. Ainsi de 1996 à nos jours le LTA a formé 775 femmes. Ces appuis permettent aux femmes d'affronter les défis de la mondialisation avec un bagage renforcé.

C. DIALLO

© Copyright L'Essor

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