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Entreprises nationales de BTP: vivement les états généraux
(L'Essor 20/09/2004)

Avec moins de 10 % de parts de marché, les entreprises maliennes ne sont les parents pauvres du secteur du BTP. Pour inverser cette tendance, elles attendent beaucoup des états généraux prévus le mois prochain

Le Mali est un pays en chantier où les grands travaux sont nombreux. Pourtant les entreprises nationales opérant dans le secteur du Bâtiment et des Travaux Publics sont loin d'avoir le sourire. Fortement concurrencées par des entreprises étrangères, elles se retrouvent avec moins de 10 % de parts de marché du secteur selon les estimations de Mamadou NDiaye, le directeur général d'Enco (entreprise NDiaye et compagnie) et président du syndicat national des entrepreneurs du BTP.
Ici le malaise est palpable. Les entrepreneurs se plaignent de la réticence de l'Etat à leur attribuer des marchés importants. Du côté des pouvoirs publics, les reproches sont nombreux sur l'incapacité des entrepreneurs nationaux à exécuter convenablement les marchés qui leur sont attribués. Ils ne respectent presque jamais les délais contractuels comme en attestent les exemples malheureux des routes Nioro-Gogui et Niono-Markala dont les travaux s'enlisent. Les professionnels du BTP ne nient pas ces fautes mais ils rappellent que leur secteur fait face à de sérieuses difficultés qui peuvent expliquer en partie ces carences.

Une caution bancaire de 2,5 %. La première difficulté est financière. La surface financière de nos entreprises est en général faible et ne leur permet pas de soutenir la concurrence avec les multinationales. De plus, les banques de la place ne leur sont que d'un faible recours. En effet, les institutions bancaires existantes ne sont pas adaptées au type de financement dont les entreprises BTP ont besoin. Dans la plupart des cas, pour soumissionner à un marché, il faut déposer une caution bancaire qui s'élève à 2,5 % du montant du marché. Les banques ne sont pas toujours prêtes à aider les entrepreneurs à remplir cette condition.
Ceux-ci citent aussi le problème des salaires de la main d'œuvre. Les employés comptent beaucoup de journaliers qui s'attendent à être payés à la fin de la journée. L'entrepreneur doit être prêt à mettre la main à la poche de façon permanente. Les banques n'apprécient guère cette contrainte.
Autre difficulté : le secteur des BTP utilise du matériel lourd et coûteux. Un bulldozer coûte entre 500 et 600 millions de Fcfa. Un grader vaut de 250 à 300 millions de Fcfa. Il faut plus de 100 millions de Fcfa pour une niveleuse. Or tous ces engins lourds sont indispensables pour faire des routes. Acquérir un tel matériel, n'est pas à la portée de n'importe quelle entreprise. Il faut donc souvent louer le matériel.
Selon Mahamane Badji Touré, un des pionniers du BTP dans notre pays, le problème de société de location de matériel n'est toujours pas résolu. L'État et ses partenaires avaient tenté d'installer une société de location à partir du matériel de l'ancien service des TP. La vétusté de ces équipements et d'autres considérations ont empêché cette société de voir le jour. Un autre espoir déçu a été le projet de l'homme d'affaire Babani Sissoko qui avait acquis du matériel pour une société qui n'a jamais démarré. Sa société a été un cimetière d'engins lourds car ici, le matériel se "grippe" très vite s'il ne travaille pas.
Dans ces conditions, les entreprises qui ont des marchés à exécuter ont recours à de vieux engins amortis, donc d'une fiabilité très limitée et sujets à de nombreuses pannes qui ne peuvent qu'entraîner du retard dans l'exécution des contrats. Les entreprises étrangères opérant au Mali sont des multinationales ou ont des État derrière elles. C'est pourquoi, font remarquer les professionnels, ces entreprises n'ont pas de problèmes de matériel.

2300 entreprises enregistrées. La qualification des employés est une autre défi que les entreprises maliennes doivent relever. Depuis une dizaine d'années, confie un entrepreneur, les cadres sortis de nos écoles ne donnent plus satisfaction. "Les techniciens mal formés sont légion". Par ailleurs, la prolifération des entreprises depuis le lancement de l'Agetipe, a entraîné le départ de nombreux ouvriers qualifiés qui ont préféré créer leurs propres entreprises. "Mes plombiers, mes maçons et mes électriciens sont tous devenus des entrepreneurs", commente dépité, un entrepreneur, rappelant qu'aujourd'hui, notre pays compte plus de 2300 entreprises dont moins de 10 % sont réellement structurées. Avec un tel nombre de postulants, obtenir un marché relève de l'exploit.
Comme la règle veut que l'adjudicateur soit le moins disant, le soumissionnaire est tenté de tirer la facture vers le bas au point de se mettre dans une situation inextricable s'il est retenu. M'Bodge Touré, le directeur de la Malienne de l'Entretien et Réalisation estime à ce propos "qu'il est temps qu'on passe au principe du mieux disant ai lieu du moins disant pour s'assurer que les marchés seront réellement exécutés".
Certaines conditionnalités pour obtenir un marché sont carrément défavorables aux entreprises nationales comme celle qui impose à une entreprise d'apporter la preuve d'avoir déjà exécuté un marché similaire. Pour des entreprises nouvellement créées et qui cherchent leur marque, une telle exigence est synonyme d'élimination.
La mise à plat de toutes ces difficultés devrait faire l'objet d'États généraux du Bâtiment et des Travaux Publics dans la première quinzaine du mois prochain. Le Premier Ministre Ousmane Issoufi Maïga qui a dirigé le département de l'Équipement et des Transports, a marqué son intérêt pour ces assises selon nos contacts.
Pour le président du syndicat national des entrepreneurs du BTP, Mamadou N'Diaye, il s'agira de procéder à "une véritable remise en cause de l'entreprise au Mali". Les professionnels du secteur s'attendent à une relecture de la loi 93-65 du 15 septembre 1993 réglementant la profession d'entrepreneur et de son décret d'application pour mettre fin à la prolifération des entreprises et aider à créer des entités viables. Le regroupement des entreprises que tous les entrepreneurs appellent -théoriquement- de leurs vœux tarde à se réaliser pour des raisons que l'on devine sans peine. Pourtant la compétitivité est au prix de cette concentration.
Les entrepreneurs espèrent des assises des décisions concrètes sur la création d'une société de location de matériel de BTP et d'une société mutuelle de fonds de garantie. En l'absence de structures bancaires de financement adaptées au secteur du BTP, une telle société pourrait aider les entreprises à exécuter les contrats.
La création d'une société de location de matériels figure au nombre des préoccupations qui seront soulevées lors des États généraux. Tout comme la nécessité d'améliorer la formation initiale et la formation continue des techniciens et autres ouvriers du BTP.
M'Bodge Touré estime aussi que les États généraux devront nécessairement aborder la question de la création d'un Ordre des professionnels du BTP sur le modèle des Ordres professionnels existants. Une telle structure serait mieux à même de défendre les intérêts de la corporation qu'un syndicat en lui conférant une existence juridique et la capacité de prendre des sanctions pour certains membres en faute.
Le dernier obstacle à l'essor des entreprises nationales est la qualité de la gestion. Tous les professionnels rencontrés admettent de façon générale que les entreprises maliennes sont mal gérées. Le plus souvent, une comptabilité régulière fait défaut et l'entrepreneur-propriétaire gère sa boîte en faisant fi de l'orthodoxie financière. Une lacune qui est pour beaucoup dans l'incapacité de respecter les contrats.

A. LAM

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