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Fraude au Mali - L'OPI tire la sonnette d'alarme
(Les Echos 02/09/2004)

Selon des constats de l'Organisation patronale des industries (OPI), la fraude est en train de tuer à petit feu notre économie si des mesures urgentes ne sont pas prises rapidement. Elle représente 5 à 10 % le volume d'activité et touche à 50 % l'économie nationale. La douane, la DNCC et la Cotecna sont mises devant leurs responsabilités par l'OPI.

L'OPI ne se fait pas d'illusion en se proposant de combattre la fraude. L'Organisation patronale des industriels maliens distingue la petite fraude de celle pratiquée à grande échelle et qui est dure­ment ressentie par les finances publiques. Il serait par exemple utopique de croire que le phénomène pourrait être endigué par un coup de baguette magique tant les ramifications sont jugées grandes.

L'immensité et la porosité de nos frontières, la continentalité de même que là tradition de débrouil­lardise constituent de facteurs qui font que !a lutte contre la fraude est un combat de longue haleine. La petite fraude n'avait pas, jusque-là, de grande incidence sur notre économie et l'existence des industries.

Selon le président de l'OPI, le député-maire de Banamba, l'in­dustriel Hamadaou Sylla, « la fraude représente depuis trois ans 5 à 10 % du volume d'activités ». II juge que le seuil de l'intolérable n'est pas encore franchi. II s'in­quiète cependant du fait que de nos jours, 50 % des activités sont touchées par le phénomène.

Effritement.

En sa qualité d'organisation patronale jouant le rôle de syndi­cat, l'OPI est consternée par la mort lente ou programmée du tissu industriel. Les grandes indus­tries comme Embal-Mali, Gam, Huicoma, Comatex, GMM, Somanap, Sodema, Prodimal, Itema (déjà fermée), Sonatam, etc. sont au bord de la fermeture. Ces industries sont, selon Hamadaou Sylla, victimes de la fraude organisée par de grands opérateurs économiques, qui importent des stocks de marchan­dises dans des conditions anor­males.

L'OPI pointe un doigt accusa­teur sur des autorités administra­tives comme les services des douanes et celles de la direction nationale du commerce et de la concurrence (DNCC). Ceux-ci, explique M. Sylla, encouragent de manière volontaire ou non des pratiques frauduleuses. II en veut pour preuve, l'autorisation d'en­trepôts privés qui sont considérés être à l'origine de la contrebande à visage découvert.

Les détenteurs de ces entrepôts disposent de deux ans de grâce sans payer de droits et taxes et peuvent réexporter les mêmes produits. Certains en prof­itent pour faire de fausses déclara­tions de réexportation alors que les produits ont été déversés dans le circuit de vente. « Seuls les entrepôts industriels ont leur rai­son d'être pour promouvoir leurs activités », dénonce M. Sylla, qui a invité le ministre de l'Economie et des Finances, seul habilité à autoriser les entrepôts, à prendre ses responsabilités.

Cotecna indexée.

La Cotecna, société chargée de la vérification des importations au Mali, n'est pas non plus épargnée par l'OPI. Selon son président, « les valeurs de référence de la Cotecna sont dis­cutables ». « Les valeurs de référence, ajoute-t-il, sont fixées de manière complaisante par cette société en dépit des dispositions économiques qui veulent que les marchandises fabriquées au Mali ne doivent pas être concurrencées par les produits extérieurs ».

« Dans l'espace monétaire Uémoa où nous vivons, la valeur de référence doit être un facteur déterminant pour que l'Etat gagne et que l'industriel local ne soit pas concurrencé déloyalement », a indiqué M. Sylla. Celui-ci invite la Cotecna « à faire correctement son travail » pour la simple raison, qu'il sait, par expérience, qu'il existe une légèreté au niveau du chargé du PVI. « Il y a des impor­tateurs qui présentent des factures 10 fois moins que leur valeur réelle », témoigne le président de l'OPI.

Sujet récurrent.

La valeur de référence est un sujet récurrent. Lors de son dernier conseil d'administration, les administrateurs de l'Huilerie cotonnière du Mali (Huicoma) avaient menacé d'ester en justice contre la Cotecna dont les actions auraient contribué à mettre à genoux leur entreprise.

Les accusations du PDG de Huicoma Cheick Shérif Niaré devant les administrateurs por­taient sur la délivrance d'intentions d'importation de savons à partir de la Côte d'Ivoire avec des valeurs de référence de 20 à 24 F CFA le kg.

Une aberration pour les responsables de Huicoma qui assurent que nulle part au monde, on ne peut avoir le kg de savon à 24 F CFA. Les administrateurs ont été amenés à penser qu'il existe une complicité de Cotecna à partir, du moment où les documents d'importations passent d'abord par cette société de vérification qui juge de leur authenticité en termes de quantité et de qualité.

L'administrateur Tiénan Coulibaly a alors donné mandat au PDG de Huicoma d'attaquer Cotecna devant les instances judi­ciaires de l'Uémoa pour que l'Etat ne paie pas gratuitement à coûts de milliards de F CFA cette société qui doit assurer la police des importations et sécuriser notre économie.

L'OPI se réjouit d'une chose : l'implication des plus hautes autorités du pays à travers le président de la République et le Premier ministre à venir au bout de la fraude sous toutes ses formes. L'échec de ce combat considéré comme noble entraîn­era la mort de notre économie qui perd annuellement une centaine de milliards.

ABDRAHAMANE DICKO

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