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La providence toujours, la vigilance aussi
(L'Essor 20/09/2002)

Un local dépouillé qui donne parfois l'impression d'une simple boutique, un guichet derrière lequel se trouvent deux, trois voir quatre personnes. Voilà le décor qu'offre en général dans notre pays une succursale de caisse d'épargne et de crédit. Au Mali les grands réseaux qui se partagent l'espace de la micro-finance sont Nyèsigiso, Kondo Jigima, Jemeni, Kafo Jiginew au côté desquels profilent d'autres caisses associatives ou appartenant à des ONG.
Initié sous le nom de coopérative d'épargne et de crédit par la branche internationale du mouvement canadien Desjardins (DID), le projet test de Nyésigiso le plus grand réseau malien de la micro-finance, a démarré ses activités à Ségou en 1990 avec l'institution de cinq caisses à Bla précisément dans les zones rurales de Pétionan et Petesso et dans la zone de l'Office du Niger notamment à Séribala, Kananbougou et au Kilomètre 20. En 1993, une évaluation suivit après la phase d'essai (90-93). Les résultats encourageants décelés permirent aux initiateurs de prolonger le projet de 5 années qui s'acheva en 1998. Au cours de la demi-décennie 45 autres caisses d'épargne et de crédit furent créées portant le nombre à 50 caisses surtout à Bamako et dans la région de Ségou. L'objectif, indique notre interlocuteur Adama Sissoko chargé des relations institutionnelles et de communication de Nyésigiso était de mobiliser près de 1400 adhérents, soit une masse d'activités de 450 millions et d'octroyer un crédit de 100 millions. A l'heure du bilan de la seconde phase, l'objectif semblait apparemment dépassé.
En septembre 1998 on comptait en effet 50 000 adhérents. Ce bilan positif permit aux gouvernements malien et canadien de financer une autre phase de cinq ans qui s'achèvera l'an en 2003. De nos jours, Nyésigiso est présent à Koulikoro, Ségou, Tombouctou, Kayes et Bamako. Il compte 48 caisses d'épargne et de crédit et 5 points de service qui englobent 92 000 membres. Les prêts en cours sont évalués à 4 milliards de F CFA, tandis que chaque année près de 5 milliards sont mobilisés. Le réseau compte 351 employés dont 223 sont directement impliqués dans la gestion dans les caisses.
Kondo Jigima fut créé en 1991 pour répondre aux besoins de financement des artisans. Il est présent dans les régions de Mopti, Kayes, Ségou et Koulikoro. Jemeni, lui, a vu le jour en 1995 et mène ses activités à Bamako. Le réseau est dirigé par Saydul Wahab Touré et est passé de 14 à 19 caisses et comptait en fin 2001 exactement 16623 adhérents. Ses ressources ont passé de 981,2 millions à 1,29 milliards de nos francs, soit une hausse de 32 %. L'octroi des prêts a atteint 1,5 milliards contre 1,2 milliards CFA en 2000. Le réseau se porte bien malgré une légère dégradation du taux de recouvrement qui de 94,3 % en 2000 a baissé à 93 % en 2001. Il faut savoir que contrairement aux banques classiques, les caisses d'épargne et de crédit fonctionnent sur un système de confiance mutuelle entre les initiateurs et les adhérents.
Cette philosophie est respectée puisque le taux de recouvrement est largement positif. A Nyesigiso par exemple, les caisses enregistrent le retour des 98 % des fonds prêtés. "Aucune banque ne peut se vanter au monde d'avoir une telle confiance, une confiance assainie", commente Adama Sissoko. L'ambition des caisses est de lutter contre la pauvreté en permettant aux couches démunies d'avoir accès aux ressources nécessaires pour mener des activités lucratives. Les premières autorités de la IIIè République avaient souhaité que ces structures de micro-finance soient une "toile d'araignée" recouvrant nos campagnes et nos villes. Et pour les décrédiliser déjà, le décret d'application de la loi 94-040 du 15 août 1994 leur conférait une existence juridique. Ce qui avait permis au gouvernement à l'époque à créer le groupe consultatif sur la micro-finance, avec un fonds de départ de 1,5 milliards de nos francs.
A Nyesigiso on compte "un programme pour l'accès des femmes au crédit", "le crédit épargne avec éducation", "la caisse pour les entreprises et commerçants". Les femmes sont au centre de cet échafaudage et Adama Sissoko explique cela par le fait que la lutte contre la pauvreté motive surtout la gent féminine qui a l'ambition de faire bouger les choses. En impliquant les femmes, on développe le substrat social, car elles sont les plus nombreuses au sein de la communauté et remboursent mieux que les hommes.
En 1999 on comptait 297 caisses mutuelles agréées et 165 caisses villageoises d'épargne et de crédit autogérées non reconnues mais qui jouèrent un rôle capital dans les réalisations villageoises. Ce nombre aujourd'hui a doublé, voire triplé. Les caisses sont présentes partout au Mali en zone urbaine et en zone rurale et fonctionnent soit grâce à une solidarité communautaire, soit grâce à des ONG. En se basant sur les données disponibles jusque l'année dernière l'année dernière, la cellule d'appui et de suivi des structures d'épargne et de crédit estime à 35 milliards de FCFA le crédit octroyé par les différentes caisses. Batené Koné, vendeuse de poissons au marché de Lafiabougou, est aujourd'hui une femme heureuse "Je vends du poisson depuis 1991. Le poisson vous savez que c'est une denrée périssable. Au départ, nous le prenions avec des piroguiers de la berge de Djikoroni et Sebénikoro et le remboursions après la vente. Maintenant avec la rareté du poisson liée à l'intensification de l'exploitation du sable, la marchandise vient de loin (Mopti ou Markala). Il faut payer cash et être seule à supporter les risques. Il faut en plus payer de la glace pour la conservation. Avec mes faibles moyens, j'ai dû travailler de manière rudimentaire pendant des années. Quand Jigiyaso a vu le jour au marché de Lafiabougou avec une petite épargne, j'ai pu obtenir un prêt. Aujourd'hui, mon commerce est florissant". Batené possède un autre point de vente tenu par une employée et compte produire de la glace pour la conversation de son poisson. Pour cela elle envisage d'acheter un réfrigérateur. Ce qui est aussi important pour elle, c'est que la caisse du réseau Nyesigiso en général ne se contente pas d'accorder de l'argent à celles qui leur demandent. Il a constitué des animatrices qui encadrent les groupements féminins, leur apprennent les rudiments de la comptabilité et le minimum de formation qui convient à la filière choisie.
Issa Kanté a lui aussi bénéficié de l'aide de Nyésigiso pour relancer sa principale activité : la vente ambulante du carburant. Après quelques années relativement fastes dans cette activité Issa dit, "Mohamed Ali", dit champion par sa masse a connu des difficultés un moment. Après moult tractations, il a pu bénéficier d'un crédit de "Jigiyaso" du marché de Lafiabougou pour relancer l'activité. Aujourd'hui il est secondé par un employé, dispose d'une mobylette pour les courses et a pu construire une solide maisonnette pour stocker de ses barils.
Agréée sous le numéro 1586 par le ministère chargé des Finances comme une institution faîtière d'épargne et de crédit assurant aux caisses d'épargne et de crédit affiliées des fonctions technique, administrative et financière, Nyésigiso a pour mission première de rendre accessible à travers un mode mutualiste les services d'épargne et de crédit à la population malienne. C'est aussi une institution à caractère social et économique à but non lucratif et dont les objectifs s'articulent autour de la consolidation des liens qui unissent les caisses, la promotion de la philosophie coopérative en général, la promotion des caisses existantes et la création de nouvelles structures. Les activités de la troisième phase (1998-2003) dont le défi majeur est la consolidation et la prise en charge du réseau par ses cadres et ses dirigeants sont réparties sur certains volets dont la configuration et la consolidation du réseau et le développement de l'offre des services.
Grâce à leur relation étroite avec les communautés des localités où elles exercent, les caisses d'épargne et de crédit ont pu développer un système très efficace d'intermédiation financière intégrant les meilleures possibilités de mobiliser les ressources financières et les meilleures possibilités d'investissement. Il est aussi évident que la réussite de ces micro-finances dépend du développement local et réciproquement. Les caisses travaillent pour l'intérêt général et en même temps récupèrent d'une certaine manière la philosophie libérale prônée par les institutions financières mondiales. Elles ne cessent de créer des synergies entre les institutions publiques et privées. Leur succès dépend largement du capital de confiance qu'elles (les caisses) génèrent au sein de la population cible. Dans cette perspective elles sont particulièrement aptes à jouer efficacement le rôle d'intermédiation entre les ressources financières et les opportunités d'investissements. Surtout elles offrent dans de nombreuses localités, aux populations la possibilité d'envisager l'avenir avec ambition. Elles y apportent en effet une possibilité de financement que ne peuvent offrir les banques peu intéressées par les clients démunis.
De cela, de nombreux bénéficiaires locaux leur sont reconnaissants. Sans les services financiers apportés par les caisses, ils ne seraient sans doute jamais entrés dans la logique d'entreprendre et n'auraient jamais goûté la satisfaction de réussir. Aujourd'hui nous dit Alioune Shamir Bah détaillant commerçant (ex-étudiant de la FLASH qui arrêta ses études après le DEUG) "la micro-finance est l'autre plan Marshall malien qui a pour but d'organiser les économies des couches vulnérables, des personnes qui ont tout juste besoin du minimum pour réaliser des projets" intéressants.
Les différentes unités de la micro-finance interviennent dans les régions de Kayes, Koulikoro, Sikasso, Ségou, Tombouctou et le District de Bamako. De ces régions, celle de Ségou est la plus prolifique avec la présence de "Nyésigiso", "Kondo Jigima", "Crédit initiative" (en période de restructuration) "CANEF", "Sasakawa global 2000", "Demeso", "Ton artisanal" et la "Caisse associative d'épargne et de crédits des entrepreneurs et commerçants". "Nyésigiso" baptisé aussi par les paysans et justifie son nom de "maison de la prévoyance" a pris son envol à Ségou et compte de nos jours 25 caisses dans la région dont plus de la moitié dans le seul cercle de Ségou. Le réseau ségovien compte 33 000 membres pour une épargne mobilisée de 1,4 milliards de FCFA contre un crédit de 1,7 milliards. Le taux de remboursement connaît une évolution positive. De 96 % en 1999, il est actuellement de 98,2 % la situation s'étant améliorée avec les mesures prises en faveur d'une plus grande rigueur.
Selon le directeur régional du réseau à Ségou Modibo Coulibaly, Nyésigiso à Ségou est en mesure de s'autofinancer depuis 1997. Car sa force relève de la diversification de ses actions d'autant plus que le réseau a un "partenariat de garantie" avec la Banque mondiale et peut faire recours aux institutions financières mondiales à tout instant. Dans sa zone d'intervention, les femmes remboursent mieux que les autres, car les montants en retard sont de 8 millions chez les femmes contre 19 millions chez les hommes. Les groupements des femmes sont financés par le crédit d'épargne avec éducation et pratiquent le petit commerce (arachide et beignets) et la restauration. D'autres femmes se sont organisées dans la culture du maraîchage, des légumes, de maïs et d'arachides (surtout en cette période pluvieuse) la forme collective de leur structure rappelle la belle époque de kolkhoze russe. Certaines des bénéficiaires comme Oumou Camara ont préféré la fabrique des savons au milieu d'une dizaine des femmes qui organisent aussi des cours d'alphabétisation qui leur sont bénéfiques. Yaye Diarra, autre bénéficiaire se réjouit "Nous savons maintenant comment conserver les légumes, lutter contre les maladies tel le choléra et nous savons lire le syllabaire, nous pouvons compter jusqu'à 150 en français. C'est formidable surtout pour celles qui comme moi n'ont jamais fréquenté un établissement scolaire".
Kondo Jigima compte environ 3000 adhérents pour 3 caisses à Ségou. Aliou Nourou Barry, coordinateur de la région affirme que le taux de remboursement tourne autour de 80 à 85 % et celui de recouvrement se situe entre 40 à 50 %. La structure qualifiée de caisse des artisans fut par la suite élargie aux autres couches de la société en subissant une structuration en 2000. Ce qui amena une amélioration des adhésions l'année suivante. Les opportunités s'élargissent et le réseau prévoit la création de nouvelles caisses à partir de 2003. L'agent de crédit Kanouté Saran Konaté de ladite structure sur la ligne de conduite observée est formelle "Nous sommes regardantes sur la destination des crédits accordés. Il faut que les activités menées soient génératrices de revenues. Dans le cas contraire, nous déclinons la demande d'octroi. Cette attitude nous permet de rester cohérents dans notre gestion".
L'ONG CANEF (Centre d'appui nutritionnel et économique aux femmes) est présente à Ségou depuis juin 2000. On dénombre parmi ses bénéficiaires 48 groupements de femmes membres auxquels s'ajoute un seul homme, libraire de profession. Au départ le CANEF exige une épargne individuelle de 10 % et 5 % pour le fonds de roulement. Le comptable Adama Kéita est satisfait de la situation des crédits. Le taux de remboursement est encourageant, car 34 des 48 groupements des femmes sont à jour. Les prêts individuels ont commencé au début de l'année puisque le CANEF met en avant "la solidarité". Pourquoi l'ONG s'oriente-t-elle d'abord vers les femmes ? Adama Kéita s'empresse de répondre "dans la vie sociale, on a tendance à oublier les femmes qui, dans les zones les plus reculées constituent le pilier de la famille. Leur fortune est en grande partie injectée dans les besoins familiaux. Par contre, la bonne fortune de l'homme le pousse très souvent à prendre une nouvelle dame. L'avenir de la micro finance appartient aux femmes". Le CANEF n'exige pas de garantie matérielle, mais tient compte de facteurs sociaux, comme le lieu de résidence et l'activité. Mah Cissé l'un des membres du groupement féminin Badenya de Hamdallaye affirme que son organisation a bénéficié de plusieurs prêts du CANEF qui ont permis à elle et à ses partenaires de mener à bien leurs projets. Djénéba Coulibaly de l'autre groupement du quartier Hamdallaye "Benton" est enthousiaste lorsqu'il lui faut téléphoner "Nous disons grand merci au CANEF", s'exclame-t-elle dans notre dictaphone. Le premier prêt accordé par l'ONG est de 50 000 FCFA avec possibilité d'une hausse de 50 % à partir du troisième mois. Djénéba appelle toutes ses concitoyennes pour qu'elles respectent d'abord les engagements avec les différentes structures. "Mais en fait qu'attendons-nous de ces financiers ? Ils peuvent nous apporter de l'aide, mais ils ne vont pas se mettre à nous rassembler", renchérit-elle. "Laissons les gens être ce qu'ils veulent et traitons les en conséquence. Nous avons une manière radicalement nouvelle d'aborder les problèmes, surtout dans la population rurale. Nous sommes à l'écoute de nos bénéficiaires. Qu'il s'agisse d'un particulier ou d'une entreprise moyenne", insiste Adama Kéita. Aujourd'hui pour bon nombre des femmes, c'est la période de battement qui laisse le temps d'encaisser les bénéfices et de refaire la trésorerie.
Un bel exemple de réussite est donné par Maoula Koné dite "Jolie" qui a abandonné la vente des "médicaments par terre" pour se retrouver aujourd'hui derrière son comptoir personnel de "Jolie luxe beauté" à Médine. En quatre ans de présence à Kondo Jigima de Pelingana et malgré qu'elle n'ait pas été alphabétisée, elle a réussi à devenir l'une de celles qui maîtrisent le mieux le sérail de la micro-finance. Elle nous dit simplement son expérience "j'ai bénéficié du pouvoir Kondo Jigima". Cependant sa marche vers les sommets fut longue et pénible, évoquant par moments le parcours du combattant. Elle se souvient de l'agression physique dont elle fut victime en décembre dernier. Deux gaillards lui ont retiré une somme assez importante qu'elle s'apprêtait à épargner.
Tout n'est pas idéal dans le fonctionnement des caisses. Les récentes mesures instaurées par Kondo Jigima, Nyesigiso et Jemeni s'expliquent par le fait que certaines structures sont confrontées aux impayés. Ce qui a entraîné l'arrêt des crédits pour éviter des graves déficits. Conscientes que les structures se prendront entièrement en charge dès l'an prochain, il a été décidé d'augmenter le capital social de chaque membre de 500 à 5000 FCFA et de retirer sur chaque épargne une somme annuelle de 2000 FCFA. Ces mesures furent acceptées au terme d'ateliers de sensibilisation et d'explication dans les zones rurales où les caisses enregistrent une faiblesse notoire de l'épargne. L'activité de crédit s'oriente principalement vers le commerce et vers le court terme pour de raison de structures de ressources. De ce fait l'appui/suivi comme le fait le CANEF peut être un des éléments sécurisants dans le processus de collaboration. L'intérêt mutuel réside dans le fait qu'il s'agit d'organiser une relation de coopération où chacun des partenaires soumet ses rapports avec l'autre à la logique et aux exigences du développement interne.
Les caisses représentent aujourd'hui une véritable force économique dont il est impossible de ne plus tenir compte. Mais pourraient-elles éradiquer totalement la pauvreté ? "Le changement de cap stratégique est très prometteur, mais il serait prétentieux de parler d'éradication de la pauvreté. Il faut plutôt parler de soulagement à apporter à la population. Car comment pourrait-on éliminer la pauvreté quand le nombre d'habitants augmente, que les inégalités se multiplient et que le nombre des pauvres est en progression constante ? C'est tout à fait utopique", soutient mordicus Chaka Traoré chauffeur, membre du petit groupement des porteurs et transporteurs urbains de Ségou, lui qui doit la résurrection de sa vieille bâchée "duruni" de la ligne Sékoura-Pélingana avec laquelle il parvient à nourrir sa famille depuis son licenciement, il y a quelques années d'une unité industrielle de la cité des Balanzans. Les promoteurs eux ont foi en l'avenir. "Nous serons jugés à notre œuvre et plus particulièrement sur notre capacité réelle à améliorer la vie des citoyens, notamment les plus vulnérables. C'est ce qui rend notre tâche aussi honorable que passionnante", affirme Aliou Nourou Barry de Kondo Jigima. Mais l'omniprésence de ces structures peut-elle affaiblir les banques ? Non. Modibo Coulibaly voit au contraire une complémentarité entre toutes les institutions financières étatiques et privées.
En fait, l'avenir des caisses passe par une extension continue des adhésions. Celles-ci permet aux structures de se montrer plus ambitieuses et plus diversifiées dans leur intervention. Nyesigiso s'appuie sur une large implantation pour couvrir tout le territoire afin de pouvoir octroyer des crédits à long terme. La structure envisage dans un futur assez proche de mettre sur pied une micro-assurance et de parvenir de manière volontariste à un taux de recouvrement de 100 %. Déjà l'impératif de l'activité rentable est dépassé et la caisse octroie des prêts spéciaux pour la célébration des baptêmes et mariages, l'achat des compteurs électriques et des meubles. Une approche prudente s'impose dans le choix de la population-cible ainsi qu'une progressivité dans la création et la fidélisation d'une clientèle à qui on peut offrir des financements pour les investissements.
L'esprit de rigueur ne peut être sous-estimé. Car c'est son observation qui la continuité des interventions. De manière inattendue, les caisses payent un tribut à leur succès et sont considérées comme des établissements financiers classiques par les malfaiteurs.
Nyésigiso a fait l'objet de deux attaques à Bla et à Ségou. Mais le coffre n'a pu être emporté. A la caisse de Magnambougou il y a quelques mois, plusieurs millions de nos francs furent subtilisés. Le 15 août dernier, la structure Kondo Jigima de Bla fut attaquée mais sans grand dommage et l'une des trois caisses de Ségou a été victime d'une tentative de fraude orchestrée par les agents qui furent aussitôt licenciés. Le CANEF, qui ne déplore pas d'attaques s'inquiète toutefois du nombre croissant des adhérents fictifs. Pour le moment il met certaines irrégularités sur le compte de l'analphabétisme adhérents qui se perdent facilement dans les dédales de la comptabilité. Pour la seule commune de Ségou, les impayés de Kondo Jigima se chiffrent à près de 30 millions de nos francs dont 9.278.425 FCFA pour la seule caisse du premier quartier. En attendant une issue heureuse, de nombreux dossiers sont déjà déposés sur la table du contentieux. Kondo Jigima a mis en place une convention avec les bénéficiaires des prêts pour éponger le minimum. "Nous n'avons pas le choix. Si nous ne le faisons pas nous mettrons la clé sous le paillasson et nous aurons failli à notre devoir. Déjà vous savez que les caisses rurales ont un faible niveau d'épargne" dixit Saran Konaté. Ainsi va la vie des caisses. Elles suscitent autant d'espoirs qu'elles génèrent des problèmes parfois inattendus. Longtemps considérés comme une chance, elles sont parfois perçues comme des vaches à lait envers lesquelles toutes les légèretés de gestion sont possibles. Aujourd'hui, fort heureusement le positif l'emporte largement. Mais ce succès même est un appel à la vigilance.

Saloum BADIAGA

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