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Visite officielle du président
Amadou Toumani Touré en France (L'Essor 16/09/2002) "Notre
maison brûle" : dès les premiers mots de son discours au sommet
de la Terre à Johannesburg, le président français Jacques
Chirac confirmait un des axes majeurs de son nouveau mandat : peser plus énergiquement
à réduire la fracture planétaire. Cette attitude annoncée
à Monterrey puis à Kananaskis, se traduit par un intérêt
plus marqué pour les rapports Nord-Sud et, certainement, un recentrage
et un renforcement de la politique de coopération avec l'Afrique à
laquelle le président Chirac porte l'intérêt que l'on sait.
Le président Amadou Toumani Touré lors de sa visite officielle
à Paris, la semaine dernière a ressenti concrètement ce climat
très favorable et la sympathie particulière accordée à
notre pays autant par les résultats qui ont sanctionné son séjour
que par l'esprit qui y a présidé. ATT invité en visite
officielle, comme il l'a souligné lui-même à plusieurs reprises,
moins de 100 jours après son entrée en fonction, était plus
qu'une marque de respect et d'amitié, c'était un signe fort et délibéré
de la volonté de Paris de nouer une relation véritablement privilégiée
avec Bamako. Un signe dont la portée peut être appréciée,
à contrario, à l'aune d'un contexte qui aurait pu interférer
sur l'impact de la visite. La semaine écoulée a, en effet, été
marquée par la "concurrence" suscitée dans l'actualité
par l'anniversaire d'un 11 septembre qui focalisait l'attention des opinions et
responsables occidentaux et par la mobilisation parisienne des "sans-papiers"
qui pouvait occulter d'autres préoccupations essentielles et attiser un
sujet qui fâche. Malgré ces facteurs potentiellement gênants
-et preuve qu'elle n'avait pas été organisé pour "meubler"
une plage paisible du calendrier- la visite officielle du président Touré
a été une belle réussite. La qualité et le nombre
de ses interlocuteurs atteste du niveau élevé de ses contacts :
le président Jacques Chirac avec lequel il a eu des entretiens et un déjeuner,
les membres du gouvernement : Nicolas Sarkozy (Intérieur), Dominique de
Villepin (Affaires étrangères), Francis Mer (Économie, finances
et industries), Alain Lambert (Budget et réforme budgétaire), Pierre-André
Wiltzer (Coopération et Francophonie) ; Jean Louis Debré (président
de l'Assemblée nationale), Jean Michel Severino (Agence française
de développement). Auprès de tous ces décideurs, à
commencer par le président Chirac, le chef de l'État a, de son propre
avis, trouvé une oreille attentive à son plaidoyer sur la mise en
valeur du potentiel qui permettra à notre pays de faire reculer la pauvreté.
Si, en elle-même, la visite officielle de Amadou Toumani Touré
à Paris constituait le signe d'un nouvel élan voulu et imprimé
à la relation franco-malienne, ses résultats se veulent un signal,
celui de l'époque d'un partenariat concret et amplifié. L'annulation
de 40% de la dette monétaire et les négociations qui vont s'ouvrir
pour le rééchelonnement du reliquat en sont la marque la plus tangible.
Cette dette de 144 milliards de Fcfa date d'une trentaine d'années. Contractée
lors du retour du Mali dans l'UMOA, elle ne pouvait, de par sa nature, être
prise en compte par le Club de Paris. Aucun des gouvernements qui se sont succédé
dans notre pays n'avait réussi à se libérer d'un boulet qui
nous a coûté 1,2 milliard de Fcfa de remboursement en 2001, qui nous
attendait en 2003 avec une massue 2,2 milliards et en 2008-2009 avec un marteau-pilon
de 14 milliards de FCFA. L'épine que Paris nous tire du pied nous faisait
donc boiter depuis longtemps et de plus en plus bas. Les conséquences positives
de cet effacement vont maintenant cascader sur le programme de réduction
de la dette des Pays pauvres très endettés (PPTE) dont nous sommes
bénéficiaires. Les autorités françaises vont aussi
intervenir très généreusement dans les domaines de la santé,
de la modernisation de l'État (transformation de l'ENA, modernisation de
l'Etat-civil avec à terme des cartes d'identité sécurisée
qui serviront aussi de cartes d'électeurs), des infrastructures (études
d'impact environnementales du barrage de Taoussa), de la lutte contre la pauvreté,
des finances publiques, de la sécurité alimentaire. Deux autres
dossiers importants et sensibles dans lesquels la France et le Mali sont parties
prenantes ont été discutés : le coton et l'immigration. La
crise de la filière cotonnière a mis en lumière la nécessité
de la reformer et de transformer sur place une partie de la production de coton.
Tandis que le gouvernement malien et la Chambre de commerce et d'industrie du
Mali (voir l'article de S. Togola) se sont efforcés de convaincre le patronat
français réuni dans le MEDEF (Mouvement des entreprises de France)
d'investir dans ce créneau, l'État français qui ne peut injecter
des fonds directement dans la filière, a proposé un appui technique
pour cerner les reformes à conduire et pour attirer les investisseurs.
L'immigration n'a pas fait l'objet de discussions approfondies (le Comité
franco-malien des migrations s'était réuni peu de temps auparavant)
mais s'est imposée tel un fil conducteur tout le long du séjour.
Parfois à l'avant-scène avec la visite du président Touré
à Montreuil et sa rencontre avec nos compatriotes mais le plus souvent
en toile de fond avec le mouvement soutenu des "sans-papiers". Certains
de ses militants, sûrement pour mettre la pression sur ATT, ont ainsi occupé
mercredi les locaux du consulat du Mali, 24 heures après que Nicolas Sarkozy
ait été reçu en audience par le président de la République.
Une visite de courtoisie, expliquera ATT pour indiquer qu'aucune discussion
n'avait eu lieu, à fortiori de décision prise sur la nouvelle proposition
française de "filière positive". Au fil de des ans diverses
formules d'aide au retour destinée à renverser le cours des filières
d'immigration ont été expérimentées sans résultats
durablement satisfaisants. L'actuel ministre français de l'Intérieur
se propose d'étendre à notre pays une expérience réussie
avec la Roumanie mais sur ce point comme sur toute la question de l'immigration,
il s'est montré jusqu'ici patient et ouvert au dialogue. Une attitude appréciée
par le président Touré qui a indiqué que le fond de la question
sera réglé lors de la visite que fera Nicolas Sarkozy à Bamako
dans quelques semaines. Amadou Toumani Touré sensible, de son propre aveu,
au "désarroi" de nos compatriotes en situation irrégulière,
a jugé que l'on pouvait évoquer le sujet "sans spectacle"
et a tenu à rappeler que la question de l'immigration ne se bornait pas
à la régularisation ou non des "sans papiers" mais englobait
aussi des aspects sensibles comme la polygamie, la perte d'identité des
immigrés des 2è et 3è générations, la création
de la Banque des Maliens de l'extérieur. Les Maliens de l'étranger
et ceux de l'intérieur dans leur vie quotidienne devraient donc bénéficier
des retombées de la visite officielle du président Touré
en France. Celle-ci, sans exagération, ouvre une nouvelle page des relations
entre Paris et Bamako, une page prometteuse par la disponibilité affichée
par les autorités françaises, mais aussi exigeante pour les nôtres
en terme de rigueur dans la constitution des dossiers et de constance dans leur
suivi. S. DRABO ©
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