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Privatisation de la CMDT: Beaucoup de pressions Dioncounda Traoré avoue : nous avons reçu beaucoup de pressions - La majorité présidentielle a adopté la privatisation de la CMDT, sans quaucune des préalables posés par les travailleurs, comme le plan social, ne soit réglé. Sous le feu de loffensive entreprise par les députés de lopposition, le président de lAssemblée nationale, Dioncounda Traoré a lâché le morceau : la loi a été votée sous la pression du pouvoir. « Je suis conscient que le risque déchec de cette privatisation est de 90 % », a déclaré un autre député de la majorité qui votera contre le projet au même titre que lopposition. Plan social non encore établi , éventuels poursuites des subventions de lEtat à la société privatisé, etc, les problèmes de la compagnie malienne de dévemloppement des textiles (CMDT) resteront entiers après la privatisation. Mais les députés de la majorité présidentielle ont cautionné la vente en faisant également fi des échecs de privatisation de la filière dans certains pays voisins et des problèmes lies à la privatisation au Mali. Lopposition parlementaire, par lintermédiaire du Dr Oumar Mariko, a qualifié lacte de Haute Trahison. Elle a voté contre le projet de loi. Initialement prévu pour 2005, la privatisation avait été repoussé à 2006, puis à 2008. Ainsi, le 1er août dernier, lAssemblée nationale a adopté a 117 voix pour, 20 contre et 6 abstention, le projet de loi autorisant la cession des actions de lEtat dans le capital de la CMDT. Les députés de lopposition qui ont prôné une négation totale à ladoption de ce projet de loi en létat ont apporté les arguments politiques et socio- économiques qui conduiraient à léchec de cette privatisation. Ils ont été appuyés dans cette analyse par des députés du Codem et de lUDD, partis membre de la mouvance présidentielle. Je suis conscient que le risque déchec de cette privatisation est de 90 % a déclaré, après une analyse sociale bien solide, Idrissa Ouattara, député UDD, élu à Koutiala, principale zone de production cotonnière. Il a souligné que pour le soutien au gouvernement les partis membres de la majorité doivent voter contre ce projet de loi. Mais les groupes parlementaires Adéma, URD, MPR, CNID, ainsi que les indépendants, avaient déjà des idées dictées. Nous avons reçu beaucoup de pression; cest vrai que le gouvernement souhaite que ce projet de loi soit rapidement adopté a témoigné le président de lAssemblée nationale, Dioncounda Traoré, en reponse à une inquiétude de Oumar Mariko qui rappelait que le projet de loi avait été renvoyé à la cession docobre pour permettre une enquête parlementaire sur le terrain. Créée en 1974, la CMDT est une société déconomie mixte au capital de 32, 5 milliards de F Cfa. Detenu jusquici par lEtat (actionnaire majoritaire) et la société française Géocoton (minoritaire), la société a pour objet le développement des zones cotonnières et lamélioration du niveau de vie des agriculteurs en particulier par le développement de la culture du coton et toutes opérations financières, commerciales, industrielles, mobilières et immobilières pouvant se rattacher directement ou indirectement à lobjet ci-dessus, ou tous objets similaires ou connexes de nature à favoriser son développement. Moteur principal de développement du monde rural dans les zones CMDT et OHVN, la culture du coton fait nourrir près du tiers de la population malienne (3,7 millions dindivudus). Principale culture dexportation du Mali, il est reconnu que la vente du coton procure dimportantes recettes à léconomie nationale. Lincohérence des motivations de privatisation La commission des finances, de léconomie, du plan et de la promotion du secteur privé de lAssemblée nationale, saisie au fond pour létude du projet de loi, a souligné, à lissu des écoutes de ses personnes ressources, quau cours des dix dernières années [1997- 2007, NDLR], la filière coton a enrégistré des résultats remarquables. Ces resultats sont définis par ses recettes dexportation qui sélèvent de 107 à 200 milliards de F Cfa; sa contribution au produit intérieur brut (5 à 8 %) avec 4 000 emplois pernaments et temporaires directs au niveau de la société cotonnière. Les décideurs reconnaissent aussi que le développement de la filière coton a entrainé un développement des systèmes de production grâce à lintégration agriculture élevage, une production céréalière denviron 1,3 millions de tonnes et le développement de la microfinance dans les zones de production. Cette image glorieuse de la société serait lancée à lendroit des potentiels repreneurs où il faut parler autrement des conditions de santé de la société. En fait, elle cache mal le malaise des autorités pour soutenir le poids des subventions consécutives à la baisse des cours mondiaux de coton. Cette baisse des cours du coton résulte principalement des subventions accordées aux producteurs des pays occidentaux sous loeil impuissant de lorganisation mondiale du commerce (OMC). La conjonction de plusieurs facteurs a contribué à laccentuation de la crise a soutenu la commission saisi au fond. Comment les privés pouront-ils juguler les effets de ces subventions tout en assurant un prix dachat raisonnable aux paysans ? Cest lune des nombreuses questions qui embarrase le ministre des finances, Abou Bakar Traoré. Près de 10 ans dans ce processus de privatisation, lEtat na pas encore mis en place lessentiel des mécanismes pour la réussite de lopération. Le plan social, le fonds de soutien, le cahier de charge, etc, sont tous en perspective. De 1995 à 2007, les cours sont passés de 91,8 cents/livre à 60,8, soit une baisse de 34 %. On rapporte que le fonds de labîme a été atteint durant la campagne agricole 2001-2002 avec un cours de 41,8 cents/livre. On estime que la productivité du coton graine de nos pays ne peuvent résister à la tragédie programmé par les pays riches. Le schéma opérationnel de privatisation de la CMDT repose sur la création de quatre filiales dont le capital est detenu à 100 % par cette société; lélaboration du projet dapport partiel dactifs sur la repartition de lactif et du passif de la société entre la maison mère et les filiales; la cession des actions des filiales aux producteurs (20 %), aux travailleurs (2 %), à lEtat (17 %) et à un opérateur privé de référence (61 %), par appel doffre international; et enfin la dissolution et la liquidation de la société mère. Il est prévu que les recettes de privatisation seront utilisées pour apurer le passif. Les quatre filiales sont juridiquement constituées avec un capital de 10 millions. Alors des débats, à lissu dune analyse économique du projet de loi et de la situation de la CMDT, Konimba Sidibé du Parena, a expliqué que le gouvernement na donné aucune assurance que la présente privatisation naboutira pas à la liquidation de la filière coton. « Le projet de loi est sans objet au regard du schéma opérationnel retenu pour la privatisation » avait-il fait savoir. Seydou Coulibaly © Copyright Le Républicain Archives |