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Baisse du poids du pain - Les consommateurs sacrifiés
(Les Echos 22/08/2007)

En concédant aux boulangers la réduction du poids du pain pour compenser la flambée du prix du blé, le gouvernement a réellement opté pour la solution de facilité. Pis, décideurs et boulangers se sont entendu sur le dos des vrais et pauvres consommateurs dont l’avis n’a jamais été demandé dans ce marché de dupes.

« J’ai presque fait tous les pays de la sous-région. Je peux vous assurer que le pain malien aura du mal à soutenir la concurrence face à la baguette de beaucoup de pays voisins », nous disait récemment un restaurateur de la place auprès de qui nous nous plaignions de la qualité de son pain. Une piètre qualité que tout consommateur ayant un peu sillonné le monde pouvait faire. Et la dernière mesure prise par les boulangers en complicité avec le gouvernement n’est pas de nature à améliorer le pain made un Mali.

En effet, si le prix de la baguette et du gros pain ne change pas, le poids a fondu depuis samedi dernier. Et pour cause ! La flambée du prix du blé sur le marché international a eu raison de la structure du poids du pain. De 400 grammes, le gros pain tombe à 300. Quant à la baguette, elle perd 50 grammes de son poids initial de 200 grammes. Les prix, par contre, restent inchangés : 250 F CFA pour le gros pain et 125 F CFA pour la baguette. C’est ce qu’a décidé le Cadre de concertation des acteurs de la filière-pain du Mali (CCFP).

A entendre les intéressés, l'accord découle d'une longue et laborieuse négociation qui aurait duré six mois. Le changement progressif des habitudes alimentaires, l'utilisation dans les pays exportateurs d'une partie de la production dans la production de biocarburant, le renchérissement des coûts du fret lié à la hausse du prix du baril de pétrole et le niveau bas des stocks de sécurité sont, entre autres, raisons avancées pour expliquer la hausse du prix du blé. Cela aurait contribué à raréfier l'offre en blé sur le marché mondial, avec pour conséquence une hausse des prix de 21 % sur le marché. La flambée se serait accentuée en juillet passé, atteignant 61 %.

Mais, ces données ne peuvent pas être comprises du consommateur lambda comme nous autres loin d’être satisfaits de la qualité du pain qui lui était déjà vendue. La question que nous nous posons aujourd’hui comme beaucoup d’autres Maliens, est-ce que le fait que le maintien du prix du sac de 50 kg de farine à 15 750 F CFA au lieu des 16 666 F CFA comme le souhaitait les GGM justifie réellement la réduction de moitié du poids du pain ? Pourquoi les boulangers n’ont-ils pas plutôt réduits leurs marges bénéficiaires ? Est-ce que le gouvernement peut garantir que tous les acteurs vont respecter ce deal et que certains ne vont pas diminuer davantage le poids pour arrondir leur marge bénéficiaire ? Voilà autant de questions qui sont restées sans réponses claires et précises lors de la conférence de presse de vendredi dernier.

Et si le scénario proposé par le gouvernement n'est qu'une solution palliative, il est clair qu’il n’a pas privilégié l’intérêt du consommateur comme on veut nous le faire avaler telle une bouchée de pain sec. Nous convenons avec Vincent Caravello que le pain est un produit stratégique car la révolte du pain a souvent ébranlé des régimes. Dans la situation actuelle du Mali, où tout est vendu à prix d’or, il aurait été politiquement suicidaire de cautionner la hausse de 50 F CFA sur le prix de cette denrée très prisée. Et apparemment, l’exonération sur l’importation du blé ou de la farine ne semble pas faire non plus l’affaire de l’Etat déjà en mal de recettes fiscales. Et cela à cause, en grande partie, de la corruption et de l’incivisme fiscal qui règnent dans le cercle des opérateurs économiques. Mais, à analyser de près, cette solution était celle qui convenait le mieux aux consommateurs.

En réalité, les Maliens ont de sérieux doutes sur le payement des impôts et taxes d’importation quel que soit le produit. Le scandale des fraudes sur les hydrocarbures n’a fait que confirmer ce doute. Combien d’opérateurs s’acquittent-ils réellement et entièrement de leurs taxes et impôts ? Très peu ! Il aurait été souhaitable que le gouvernement nous dise clairement quelle pouvait être l’incidence financière de l’exonération de l’importation du blé et de la farine ? Ce qui suppose qu’il nous précise la quantité de ces produits importés par an et ce que cela apporte au Trésor public. Contrairement aux opérateurs véreux qui ne ménagent rien pour étouffer notre économie, le consommateur aime sa patrie et sait se sacrifier pour elle lorsque cela est nécessaire.

Que perdrait l’Etat à exonérer le blé et la farine ? Pourquoi le gouvernement subventionne-t-il des produits qui n’ont pas d’incidence directe sur la consommation courante des Maliens et refuse de faire de même pour juguler la flambée du prix du blé ? Pourquoi les consommateurs (jusqu’à preuve du contraire, les associations qui sont au CCFP au nom des consommateurs ne les représentent en rien car jouissant de peu de crédit de leur part) ont-ils été tenus à l’écart de cette mesure qui les vise en premier lieu ?... Ce sont d’autres questions qui interpellent le gouvernement et qui méritent des réponses claires et précises.

Ce qui est sûr la réduction du poids du pain n’arrange ni les boulangers toujours sceptiques ni les consommateurs qui voient le maigre pain qui leur est quotidiennement vendu fondre davantage !

Moussa Bolly

© Copyright Les Echos

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