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Denrées de première necessité: Le prix du sucre monte
(Les Echos 22/08/2007)

A moins d’un mois du ramadan, période de forte consommation de sucre, le prix de cette denrée de première nécessité flambe progressivement sur le marché national.

Les consommateurs maliens n’ont pas encore fini de digérer la hausse du prix du lait, du riz de la viande et de la farine avec comme corollaire la diminution du poids du pain par nos boulangers que le sucre aussi entre dans la danse.

Depuis quelques semaines, le prix du sucre en poudre couramment consommé dans les ménages, enregistre une hausse sensible sur le marché du détail. Le sac de 50 kg, cédé il y a moins de deux mois à 16 500 F CFA, est monté depuis deux semaines à 17 750 F. Selon des détaillants, l’augmentation se fait sentir tous les jours et il n’est pas exclu qu’elle atteindra la barre fatidique de 20 à voire 21 000 F CFA d’ici le mois béni de ramadan.

D’habitude, pour expliquer les augmentations de prix, les commerçants grossistes, en complicité avec le gouvernement, évoquent la conjoncture internationale. Le plus souvent, il est fait état d’une flambée générale de prix sur le marché international. Cela a été le cas pour le lait, le riz qui fait face aux aléas du transport et du blé qui a fait grimper le prix de la farine entraînant une réduction du poids du pain. Mais pour la viande dont nous sommes un des gros producteurs de la sous-région et du continent, c’est la pénurie de l’aliment bétail qui a été sortie comme seule explication.

Pour ce qui concerne le sucre, il n’échappe pas à la théorie des mêmes causes provoquant les mêmes effets. A ce niveau, l’explication porte sur l’offre qui ne parvient pas à satisfaire une demande de plus en plus croissante.

Délit d’initié

Mais, ce qu’on ne dit pas, c’est que le sucre ne connaît généralement pas cette hausse sauvage que la veille du jeûne musulman. Les commerçants qui ont le monopole de cette denrée savent que les besoins de consommation passent en ce moment du simple au double, soit plus de 18 000 tonnes par mois.

L’une des raisons cachées de la flambée du prix du sucre est que le pouvoir a distribué à la pelle des exonérations à des commerçants triés sur le volet et des marabouts pour plus de 7 milliards de nos francs. Un pactole qui aurait servi, dit-on, à financer indirectement la campagne du président. Les bénéficiaires de ces exos qui ont acheté diverses marchandises (riz, lait, farine, sucre, huile, conserves de tomates, etc.) ont jugé bon de faire de la rétention de stocks.

Malgré les exos accordées à des protégés du régime et qui sont l’argent du contribuable malien, les quantités de sucre gardées soigneusement dans les magasins sont en train d’être ressorties et vendues à prix d’or aux mêmes populations. Si ce n’est pas une complicité tacite de l’Etat, il est inconcevable de donner des exonérations sur des produits et que ces mêmes produits soient vendus plus cher aux consommateurs.

A quoi bon de dire à chaque fois que telles ou telles marchandises sont suffisamment disponibles au marché ou dans les stocks alors qu’elles sont hors de portée pour le plus grand nombre si ce n’est du mépris ?

En matière commerciale et dans les conditions normales, l’Etat accorde des exonérations à des commerçants avec comme effet bénéfique une baisse substantielle du prix sur le marché. Mais tout se passe comme si les pouvoirs publics participent à un délit d’initié. Il est vrai qu’ils n’ont que dalle de la souffrance du peuple.

Abdrahamane Dicko

© Copyright Les Echos

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