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Flambée du prix du blé: Le pain subit le
contrecoup
(L'Essor 20/08/2007)
Pour la baguette comme pour le gros pain, le prix ne change pas mais
le poids baisse
La flambée du prix du blé sur le marché mondial a
eu raison de la structure du poids du pain. De 400 grammes, le gros pain
tombe à 300 grammes, pendant que la baguette perd 50 grammes de
son poids initial de 200 grammes. Les prix, par contre, restent inchangés
: 250 Fcfa pour le gros pain et 125 Fcfa pour la baguette. Ainsi en a
décidé le cadre de concertation des acteurs de la filière
pain du Mali (CCFP).
L'information a été donnée vendredi à la faveur
d'un point de presse que le CCFP a organisée, à la Chambre
de commerce et d'industrie du Mali (CCIM). Le président du cadre
Mamadou Lamine Haïdara, son collègue Vincent Caravello, Sidi
Danioko de la Compagnie malienne pour le développement de la culture
du blé (CMDB) et El Hadj Mamadou Diallo de l'Association malienne
pour la qualité (AMAQ) se sont efforcés durant cette rencontre,
d'expliquer au mieux cette décision.
FACTEURS EXOGÈNES : Selon le premier responsable CCFP, l'accord
découle d'une longue et laborieuse négociation qui aurait
duré six mois. D'abord, il fallait réunir l'ensemble des
intervenants de la filière au sein d'une structure de dialogue
à l'interne, avant de rencontrer les autres partenaires : les associations
de consommateurs et l'État. Les discussions ont abouti à
la création du cadre de concertation.
Les échanges sur la flambée du prix du blé sur le
marché ont abouti à l'élaboration d'un mémorandum
qui a été déposé sur la table du gouvernement.
Ce document d'une dizaine de pages fait un bref rappel du contexte mondial
de la situation du blé. Il apparaît que de juillet 2006 à
mai 2007, le prix du blé a enregistré une hausse de plus
de 40 % du fait du dérèglement climatique qui a affecté
les exploitations agricoles des pays exportateurs en Europe, en Amérique
et en Asie et de l'augmentation de la population mondiale. Le changement
progressif des habitudes alimentaires, l'utilisation dans les pays exportateurs
d'une partie de la production dans la production de biocarburant, le renchérissement
des coûts du fret (lié au l'augmentation du prix du pétrole)
et l'alerte sur les stocks de sécurité ayant atteint leur
niveau le plus bas depuis 1977 sont, entre autres, raisons avancées
pour expliquer la hausse du prix du blé.
Ces facteurs exogènes ont contribué à raréfier
l'offre en blé sur le marché mondial, avec pour conséquence
une hausse des prix de 21 % sur le marché. La flambée s'est
accentuée en juillet passé, atteignant 61 %. Cette augmentation
en flèche aurait, assurent les intervenants, entraîné
un manque de 3 milliards Fcfa sur les comptes d'exploitation des Grands
Moulins du Mali, la seule meunerie de notre pays. Menacée de cessation
d'activité, celle-ci a informé ses partenaires de sa volonté
d'augmenter le prix du sac de 50 kg de farine actuellement cédé
à 15 750 Fcfa. Pour suivre l'accroissement des cours, les GGM doivent
vendre le même sac à 16 666 Fcfa, l'unité. Les GGM
ont été priés de surseoir à toute augmentation
en attendant une solution concertée.
PRODUIT STRATEGIQUE : Pour le patron du cadre, le scénario proposé
par le gouvernement n'est qu'une solution palliative, elle ne saurait
être la solution finale. "Nous avons accepté cette proposition
du gouvernement contre notre gré. Parce que nous avons conscience
que le problème ne se limite pas à notre seule frontière.
Nous osons croire que la crise actuelle du blé est conjoncturelle.
Même si les perspectives présagent une crise structurelle",
a t-il ajouté.
Vincent Caravello soulignera que le pain est un produit stratégique,
voir même dangereux. Les boulangers, assure-t-il, ont conscience
qu'il n'est pas aisé pour le gouvernement d'accepter l'augmentation
du prix, même si la réalité économique l'exige.
Mais le temps presse, une décision est nécessaire.
Cette mesure, constate-t-il, suscite un certain nombre d'inquiétudes,
notamment le risque de perte de poids du pain à la sortie du four.
Car, à la cuisson le pain perd du poids du fait de l'évaporation.
Par ailleurs, la mesure ne concerne que la structure du prix. Le problème
de la fourniture du marché demeure entier. Or si rien n'est fait
dans ce sens, la chaîne de production de la farine au niveau des
GGM sera pénalisée, entraînant une diminution des
comptes d'exploitation des moulins de 30 %. C'est encore le consommateur
qui sera alors pénalisé car, il y aura moins de pain chez
le boutiquier. Les acteurs de la filière avaient, par conséquent,
opté pour une augmentation des prix qui devaient passer de 125
à 150 Fcfa pour le pain de 200 grammes et de 250 à 300 Fcfa
pour le gros pain de 400 g. Le gouvernement n'a pas donné son aval
à cette option.
Signalons que la proposition finalement adoptée est le résultat
du travail d'un comité interministériel chargé de
statuer sur la situation et de faire des propositions au gouvernement.
Mais, au moment où nous rédigions notre article, celui-ci
attendait les instructions du Premier ministre sur la conduite à
tenir.
Alors, affaire à suivre.
A.O. DIALLO
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