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Hausse du prix du blé - Forte pression sur le pain
(L'Essor 09/08/2007)

Les autorités, les professionnels du secteur et les consommateurs sont en concertation sur les divers scénarios possibles.

Les représentants du Ministère de l’Industrie et du Commerce les professionnels de la filière pain, les associations de consommateurs se consultent depuis deux mois. Les fabricants de pain, participant aux discussions, sont regroupés dans le Cadre de concertation des acteurs de la filière pain (CCFP). Les trois partenaires ont entamé des discussions sur l’impact de la flambée du cours mondial du blé sur le prix du pain. Ils ont analysé aussi le comportement sur le marché des autres produits consommables dérivés du blé dans notre pays. L’ordre de jour des discussions porte sur l’évolution du prix consensuel du pain fixé en 2002, à l’issue d’une négociation similaire.

Trois scénarios sont actuellement soumis à l’examen des parties en négociation. Ils réfléchissent sur dl’éventuelle augmentation du prix du pain à la consommation, la diversification de la gamme de pain devant s’adapter aux diverses bourses des consommateurs, l’abattement fiscal à l’importation sur certains intrants, qui entrent dans la fabrication du pain. Les prix actuels du pain ont été fixés à l’issue d’une négociation houleuse entre les acteurs de la filière et le gouvernement.

Nous avons eu un entretien avec le président du CCFP, Mamadou Lamine Haïdara, sur une éventuelle augmentation des prix du pain pratiqués sur le marché. L’opérateur économique estime que l’augmentation est consécutive à la flambée du prix du blé sur le marché mondial. Fin juillet, “l’or vert” avait atteint 61% d’augmentation. Et, le renchérissement va continuer a-t-il poursuivi. Car, l’offre sera régulièrement inférieure à la demande à cause de la poussée démographique. Cette situation découle du changement du goût de la grande majorité de la population mondiale.

Elle change de comportement alimentaire à cause de l’amélioration des revenus familiaux. Par ailleurs l’usage grandissant des biocarburants dans l’industrie de l’automobile, grignote les espaces dédiés à la culture du blé. Cette ponction est faite au profit du maïs, utilisé dans la fabrication de l’éthanol, a expliqué M. L. Haïdara. À ces deux facteurs naturels, le démographique et l’économique, se grèvent les aléas climatiques, a ajouté le président du CCFP.

Les prévisionnistes européens tablaient sur une récolte record cette année, n’eut été la pluie qui compromet les attentes. En France, les prévisions tablaient sur 34,5 à 34,7 millions de tonnes, avant le début de la moisson dans les grands bassins de production. Mais, l’espoir d’une récolte record s’est émoussé avec le retour de la pluie inattendue. Ce qui a fléchi la productivité des exploitations. Les objectifs de 71 quintaux/hectare, fixés par l’Office français des grandes cultures et le Ministère de l’Agriculture ne seront pas atteints, ont expliqué nos confrères français en ligne.

La sécheresse en Ukraine et en Australie, deux grands producteurs de l’or vert, accentuent la tension des prix sur le marché mondial. L’Ukraine a dû surseoir à ses exportations pour faire face au besoin de son marché interne. Au Royaume-Uni, les récentes inondations ont compromis la production locale, y provoquant une inflation sur le prix du pain. Seuls les États-Unis se tirent d’affaire. Les producteurs américains ont écoulé sur le marché mondial, plus de 02 millions de tonnes, tandis que les grands pays producteurs européens et asiatiques songent à assurer leur provision intérieure. Le président du CCFP, Mamadou Lamine Haïdara le renchérissement de l’or vert, qui a augmenté de 61%, a entraîné une perte de 03 milliards de Fcfa sur les comptes d’exploitation de l’unique meunerie de notre pays. Les Grands Moulins du Mali. Elle cède actuellement le sac de farine à 15 750 Fcfa à Bamako.

Pourtant notre pays produit du blé à Diré. Mais, la quantité de production est insuffisante face aux besoins de consommation. Diré ne produit qu’environ 5 000 tonnes, sur lesquelles 3 000 sont prélevées pour la consommation locale, les 2 000 tonnes restantes sont vendues au GMM. La capacité nominale de production de farine cette unité industrielle est de 400 tonnes/jour, soit 120 000 tonnes/an.

En 2006, les Grands Moulins du Mali ont produit 93 516 tonnes de farine de blé importé, soit 78% de sa capacité de production. Le besoin de consommation des maliens oscille entre 100 à 150 000 tonnes de farine de blé par an. C’est dire que l’essentiel de notre consommation est acheté sur le marché mondial. Mais à la différence de leurs homologues des pays côtiers, nos importateurs paient des notes salées de manutention et de transport entre les ports d’embarquement et les installations de GMM à Koulikoro ou des magasins de stockage des opérateurs économiques. L’addition est indexée sur le coût de revient de la marchandise.

Ces facteurs combinés obligent les GMM à ajuster le prix de cession du sac de farine en fonction de l’évolution du cours mondial pour éviter de mettre la clé sous le paillasson. “Le prix de revient, du sac de “farine GMM”, consécutif à l’augmentation du prix de l’or vert (+ 61% depuis juillet 2007) est de 16 666 Fcfa le sac de 50 kg. Les GMM perdent donc sur chaque sac vendu 1 959 Fcfa.” a rappelé Mamadou Lamine Haïdara. L’auto-retention des prix a été exigée aux GMM en attendant le dénouement des négociations. Celles-ci sont attendues avant la fin de cette semaine, a expliqué le président du CCFP. Au niveau du Département de l’Industrie et du Commerce, le conseiller chargé du dossier s’est plus tôt abstenu d’entrer dans les détails, le temps que le gouvernement se prononce sur les scénarios proposés. En effet, le gouvernement fournit d’énormes sacrifices pour maintenir les prix de la farine du blé à un seuil supportable pour les consommateurs maliens. Les pertes fiscales se chiffrent, déjà à plusieurs milliards de Fcfa. Le manque à gagner augmentera probablement à l’issue des négociations en cours. Dans presque tous les pays de la sous-région le prix du kilogramme de farine a pris l’ascenseur. Les consommateurs de pain espèrent que les efforts en cours pour freiner le renchérissement seront couronnés de succès...

A O. Diallo

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