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Prix des céréales: Cest le tour du
blé
(L'Essor 01/08/2007)
La sécheresse en Europe et en Australie et la demande en forte
croissance ont entraîné un renchérissement des cours
mondiaux
Tout comme le lait, le blé aussi, appelé l'or vert, entre
dans une période d'instabilité, qui pourrait durer longtemps.
Au Mali, le besoin de consommation augmente d'année en année.
L'étude réalisée par le Cabinet d'Assistance Technique
(CATEK) à la demande du Groupe Achcar, le plus gros importateur
de blé (80% des importations) est intéressante. Elle a révélé
que les besoins de consommation en farine de notre pays croissent en moyenne
dans l'ordre de 5% par an, soit environ 100 à 150 000 tonnes de
farine par an. Alors que la production nationale atteint péniblement
5 000 tonnes. Celle-ci est complétée par les importations.
Entre 2000 et 2004, le Mali a importé 151 643 tonnes pour une valeur
marchande de 19, 38 milliards de Fcfa. Et entre 2005 et 2006 la Direction
nationale du commerce et de la concurrence (DNCC) a délivré
des intentions d'importation portant sur 59 051 tonnes aux importateurs,
pour un montant global de 16,431 milliards de Fcfa. Les Grands moulins
du Mali (GMM) ont, à eux seuls, importé 93 516 tonnes de
blé, environ 80% des importations.
La démographie galopante de la population mondiale, la sécheresse
en Europe et en Australie et l'utilisation croissante du blé dans
la production du biocarburant sont à l'origine du renchérissement
du cours actuel de l'or vert. Le prix du blé explose sur toutes
les places boursières. Le vendredi dernier, la tonne de blé
a dépassé 200 euros, environ 131 100 Fcfa, sur le marché
parisien, contre 197 euros, environ 129 133,5 Fcfa, trois jours auparavant.
Sur la bourse de céréales de Chicago, le blé a approché
les sommets d'il y a 11 ans. Mais, face au besoin de plus en plus croissant,
ce prix est loin d'effrayer les acheteurs. Au demeurant, l'Égypte
(un grand producteur de blé) a passé, la semaine dernière,
un contrat pour l'achat de 300 000 tonnes de blé américain.
De l'avis des spécialistes, cette tendance à la hausse soutenue
par une forte demande sur le marché ne connaîtra plus de
repli.
9 milliards de personnes en 2050. Les statistiques de la Division de la
population des Nations Unies, publiées au mois de mars de cette
année, annoncent que la population mondiale poursuivra son augmentation
durant les prochaines décennies pour atteindre environ 8 milliards
de personnes d'ici 2025. Et que le monde dépassera les 9 milliards
en 2050. Pour satisfaire les besoins en blé, il faudrait que la
production mondiale progresse à un rythme annuel de 2%, selon la
FAO. Outre l'expansion démographique, la migration des populations
des campagnes vers les villes ont accéléré la croissance
de la consommation du blé dans les centres urbains. À cela
s'ajoute l'augmentation des revenus et du niveau de vie des populations,
qui entraîne un changement de goût et de saveur. Par exemple
la Chine et l'Inde ont vu leur consommation de blé se multiplier
voir quintuplé, ces dernières années. De plus en
plus ces deux pays avec leur forte population démographique achète
du blé sur le marché mondial pour se nourrir.
La flambée du cours du pétrole, a créé un
autre engouement autour du blé. Il est utilisé dans la production
du biocarburant, tout comme la canne à sucre, la betterave, le
maïs et le colza. L'Europe détient le record dans l'usage
du blé comme carburant pour les moteurs diesels. La production
y est en plein essor. Elle devrait se multiplier par 12 et atteindre 18
millions de tonnes d'ici 2016. Les États-Unis, la Chine et le Canada,
utilisent surtout le maïs dans la production d'éthanol à
base de maïs. La consommation de cette céréale devrait
progresser de 50% aux États-Unis. L'usage nouveau du maïs
n'est pas sans conséquence sur le blé. De plus en plus,
les surfaces cultivables en blé se rétrécissent au
profit du maïs.
Cavalier seul des États-Unis. La production d'or vert en Ukraine
-le plus gros exportateur après les Etats-Unis a pris un sérieux
coup cette année, du fait de la sécheresse. Pour protéger
son propre marché, les autorités de Kiev (capitale d'Ukraine)
ont suspendu les exportations. Malmenée par la météo,
la pluie en France et l'inondation au Royaume-Uni, l'Union Européenne
a, elle aussi, été contrainte de réduire ses ambitions
à la baisse. Les exportations de l'Union ont chuté de 2
millions de tonnes, passant de 17 à 15 millions de tonnes cette
année. Seuls les États-Unis tiennent la trajectoire, avec
plus de 2 millions de tonnes vendues sur le marché mondial, la
semaine dernière.
L'Algérie, la Jordanie, la Corée du Sud et la Taiwan ont
passé des commandes avec les États-Unis, seuls en piste.
Cette aubaine pour les producteurs du pays de l'oncle Sam va crescendo,
en entendant, l'arrivée de la production des pays de l'hémisphère
sud sur le marché. Ce qui n'aura pas lieu avant l'automne prochaine.
Ces perturbations ont fortement secoué l'offre sur le marché.
Les stocks mondiaux sont ainsi au plus bas en ce moment. Les prévisions
du Conseil International des Céréales affichent un déficit
oscillant autour de 15 millions de tonnes. Tandis que l'appétit
s'accélère dans le monde.
L'embellie du cours actuel aura donc des incidences directes sur le prix
de la farine et les autres sous-produits dérivés du blé
dans notre pays. Une éventuelle augmentation du prix du pain n'est
pas à exclure. Nous y reviendrons.
A O. Diallo
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