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Mine d'or de Morila: séduisante opération
de "COM" (L'Essor 05/08/2004) Tout serait parfait à
Morila s'il n'y avait eu la grève de juin. Un débrayage sans fondement
justifié, assurent les dirigeants de la mine Il était 10h30,
mardi, lorsque le Fokker se posa sur la piste de latérite qui dessert Morila.
À bord de l'appareil, une foule de journalistes invités par la direction
de la mine pour une opération de communication destinée à
faire contrepoids à la désastreuse publicité faite à
la mine lors de la grève des travailleurs le 16 juin dernier. Accolades,
poignées de main chaleureuses, mots de bienvenue et petite cérémonie
protocolaire, petit déjeuner copieux : les responsables des sociétés
minières Randgold Resources Limited et AngloGold Ashanti sont aux petits
soins pour les visiteurs Une heure plus tard tout le monde se retrouve à
la salle de conférence. L'atmosphère est crispée comme en
attestent aussi bien les visages des responsables des usines que la mine des journalistes.
Un confrère me souffle : "Allons les bombarder de questions. Il nous
faut plus de clarté dans cette affaire". La grande affaire c'est la
mine de Morila dans sa globalité qui inclut l'épineuse question
des primes qui a provoqué le débrayage de juin. "Nous vous
avons invités, vous les journalistes et hommes de presse à venir
à Morila, non pas pour une simple visite de courtoisie. Mais plutôt
pour que vous appreniez de vos propres yeux ce qu'est la mine de Morila, ce qu'elle
fait et ce qu'elle compte faire pour le développement économique
de votre pays, le Mali et que vous ne vous contentiez pas de ce qui se dit dans
les coulisses par des gens qui n'ont aucune information sur nos mines". Le
président directeur général de Randgold, Mark Bristow, avait
planté le décor. Le premier responsable de Morila, Glen Koropchuk,
se jeta à l'eau pour une brasse coulée sur les mérites du
partenariat noué avec Randgold Resources Limited et sur la belle aventure
que représente la mine de Morila. Celle-ci, expliquera-t-il, se trouve
à sa seconde phase d'exploitation, la première ayant pris fin en
2002. La troisième phase sera bouclée en 2006 et la quatrième
prolongera le puits vers l'est. De 2000 à mars 2004, Morila a produit
2 729 974 onces d'or, soit un rendement de traitement à 96% en moyenne
pour le minerai oxydé et 91% pour le minerai sulfuré. L'élargissement
de l'usine par l'installation d'un nouveau concasseur secondaire a permis de porter
le débit de l'usine à 4,2 millions de tonnes par an, soit 350.000
tonnes mensuelles. Ce qui permet, a poursuivi Glen Koropchuk, d'améliorer
l'utilisation des ressources, d'accroître le volume traité de minerai
à faible teneur etc. La mine épuisée offrira le spectacle
d'un gouffre d'environ 666.000 m2, longue de plus d'un kilomètre, large
de 820 m et profond de près de 200 m. Les travailleurs ne sont pas oubliés,
assurera Mark Bristow en relevant que Morila est une mine de classe mondiale qui
respecte toutes les normes modernes de négociation collective sur les salaires
et les conditions d'emploi. Alors quid du coup de sang sur les primes de rendement
? À ce sujet, les responsables de l'usine soutiendront qu'aucune loi, ni
texte ne prévoit le paiement des primes. Celles-ci, de leur point de vue,
sont fondées sur la base du travail individuel et non sur les gains générés
par l'usine. Aucun représentant des travailleurs n'était présent
au point de presse, la direction de l'usine avait beau jeu de "raser la tête
du syndicat à son insu". Les deux représentants de l'État,
Mahamadou Sissoko et Mamadou Simpara, se sont bornés à souligner
les mérites de Morila -209 milliards de richesses générées
dans le pays y compris 37 milliards de dividendes payés à l'État-
et de son impact sur l'essor économique de notre pays. Le point de presse
a été suivi par une visite sur le terrain. Primes de rendement
: oui ou non et combien ? Le 16 juin passé, les travailleurs de la
mine d'or de Morila déclenchaient une grève de 72 heures à
l'issue d'un bras de fer de presque deux ans avec leur direction au sujet d'une
prime de rendement. Les mineurs s'appuyaient sur la convention collective
des sociétés et entreprises minières, géologiques
et hydrogéologiques qui, estiment-ils, prévoit le paiement aux travailleurs
d'une prime de rendement si la production dépasse les prévisions.
A Morila, assuraient-ils, les prévisions tablaient sur une production de
120 tonnes d'or en 11 ans alors que de 2000 à 2003, la mine a déjà
produit 83,215 tonnes d'or. Saisie par les travailleurs, la Cour d'appel de
Bamako a rendu le 10 février dernier, une sentence arbitrale confirmant
que la prime de rendement est due, conformément au tableau prévu
à l'annexe IV de la convention collective et selon le salaire mensuel actualisé. Forts
de cette décision, les syndicalistes ont demandé 17 milliards de
Fcfa au regard des profits réalisés par Morila SA, estimés
par eux à 550 milliards de Fcfa. Ces profits sont d'autant plus substantiels,
ont-ils indiqué, que Morila SA bénéficiait de 3 ans d'exonérations
d'impôts, en vertu des dispositions du code minier de notre pays. Devant
la justice, Morila a combattu le principe de la prime en expliquant le rendement
exceptionnel par le traitement de minerais à teneur élevée
et non par des efforts supplémentaires exigés des travailleurs.
Morila estimait aussi -un argument repris par Mark Bristow mardi- que la notion
de la prime de rendement n'est pas définie avec précisions dans
la convention collective. Pourtant la mine se mettait par la suite en porte-à-faux
avec sa position de principe en proposant de payer 288 millions de Fcfa, un montant,
expliquait-elle "calculé sur les chiffres réels de la mine".
Les travailleurs baissaient leurs prétentions à 3,7 milliards de
Fcfa tandis que Morila remontait sa proposition à 350 millions de Fcfa.
Le syndicat accentuait la baisse et ne réclamait plus que 1,5 milliard
mais la direction de la mine se déclarait incapable d'ajouter un franc
à sa proposition sans l'accord de son conseil d'administration. La négociation
s'arrêtait là et la grève fut déclenchée. L.
DIARRA © Copyright L'Essor Nouvelles
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