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Combat désespéré des cotonculteurs maliens face aux Européens et Américains
(AFP 30/08/2003)

BOUGOUNI (Mali), 30 août (AFP) - 9h26 - "Le marché international du coton nous tue", constate, impuissante, Mme Koné Kadidia Koné, chef de la section Statistiques de la Compagnie malienne de développement des textiles (CMDT) de Bougouni, ville importante pour la filière cotonnière au Mali, située à 163 km au sud de Bamako.
"On nous fait brader notre coton", alors que cette production "fait vivre au bas mot trois millions de personnes (au Mali)", s'insurge Mme Koné, un gros cahier noirci de chiffres en mains.

La situation du coton au Mali, la chef statisticienne la connaît. La compagnie qui l'emploie, la CMDT, a exercé pendant près de 30 ans un quasi-monopole sur le secteur, assurant seule l'ensemble des opérations, de la production à la commercialisation en passant par le transport et l'égrenage du produit.

Selon les acteurs de la filière, les coûts de production varient de 48 à 53 cents la livre pour les cotonculteurs africains, contre 63 cents pour les planteurs américains.

Coupables désignées: les subventions accordées par les pays riches, dont les Etats-Unis et l'Union européenne, à leur agriculture.

Ces subventions constituent "un crime", affirme Paul Koumaré, un paysan de Dalabani (environ 200 km au sud de Bamako), propriétaire de 12 hectares de coton, 10 de maïs et 3 de haricots.

"C'est inadmissible, ce qui se passe sur le marché international!", s'insurge Paul, 56 ans, considéré localement comme plutôt nanti et qui nourrit sa femme et ses six enfants grâce à ses activités agricoles.

Les paysans sont obligés, explique-t-il, de se procurer de l'engrais, dont le sac de 50 kg coûte 13.775 francs CFA (21 euros), de l'urée (12.000 FCFA le sac de 50 kg, soit plus de 18 euros).

Ils doivent aussi payer les manoeuvres, "c'est un investissement lourd. Malgré tout ça, on brade le coton à cause de la dictature du marché international", s'énerve Paul Koumaré, chassant des mouches d'un geste rageur avant de dénoncer l'attitude des gouvernements africains.

Pour lui, l'équation est cependant "simple: que nos gouvernements aussi nous subventionnent. C'est tout!", lance l'agriculteur.

Lassana Ba, responsable d'un projet d'appui aux paysans de Bougouni se préoccupe également du "vil prix" appliqué sur le marché international au coton malien, mais il craint aussi pour la privatisation en cours de la CMDT, avance-t-il.

Si cette compagnie, jusque-là détenue à 60% par l'Etat malien et à 40% par le Groupe français Dagris, fait l'objet "d'une privatisation sauvage, c'est la mort" de la filière cotonnière, estime de son côté Abdoulaye Abba Sylla, un des responsables syndicaux de la CMDT.

Paul Koumaré, sceptique, y voit un début d'abandon des paysans à eux-mêmes.

"Pensez-vous que les privés qui vont débarquer feront du social ?", se demande l'agriculteur, avant de préciser qu'il attendra les futurs repreneurs de la filière cotonnière malienne "de pied ferme".

Le Mali table en 2003 sur une production-record de 600.000 tonnes de coton, soit 29.000 tonnes de mieux que l'année dernière, ce qui le conforterait dans sa position de premier producteur de coton en Afrique au sud du Sahara, et de deuxième producteur du continent après l'Egypte, selon des chiffres officiels.


© Copyright AFP

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