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Contrebande de pagnes: NON ASSISTANCE À COMATEX EN PÉRIL
(L'Essor 30/08/2002)

La Comatex est sur les dents, notamment le comité syndical UNTM de l'entreprise. Depuis avril et la découverte au grand marché, de tissus "Fancy" frappés du label Comatex et frauduleusement importés par des commerçants de la place, les travailleurs de cette unité industrielle attendent désespérément une action des pouvoirs publics, notamment des services chargés de la lutte contre la fraude.
"En avril dernier, alors que l'attention de toute l'administration était absorbée par les élections, des conteneurs de "Fancy" ont été débarqués au grand marché de Bamako". "Comment l'arrivée de telles marchandises, frauduleusement importées, a-t-elle pu échapper aux structures techniques chargées de la protection de notre fragile économie ?", s'indigne le comité syndical de l'entreprise dans une lettre dont copie a été déposée à notre rédaction.
Avant de se résoudre à rédiger une lettre de protestation, le comité syndical de la Comatex avait d'abord entrepris une multitude de démarches auprès de la direction nationale du commerce et de la concurrence (DNCC), compétente à ses yeux pour faire toute la lumière sur l'affaire. "Notre déception a été grande, car la DNCC n'a entrepris aucune action digne de ce nom et ce, bien qu'elle ait vérifié la véracité des faits et identifié les deux commerçants en cause", assure le directeur régional de la Comatex, Abdine Koumaré.
Le comité syndical alertera par écrit le ministre de l'Industrie et du Commerce, après avoir tenté en vain, de rencontrer la directrice du commerce et de la concurrence. Une délégation de la direction nationale de l'industrie, et du commerce et de la concurrence sera bien dépêchée les 7 et 8 août à Ségou pour rencontrer les travailleurs de la Comatex. Mais au lieu de s'intéresser à la fraude et à l'affaire des tissus "Fancy", indique Abdine Koumaré, la délégation se bornera à discuter de "propriété intellectuelle". La rencontre tournera court et depuis, plus rien, sinon le forcing du comité syndical vers les pouvoirs publics, par presse interposée.
L'affaire est pourtant trop importante pour rester sans suite, plusieurs centaines de millions sont en jeu et plus d'un millier de travailleurs de la Comatex sont aujourd'hui menacés de chômage technique, s'alarme le directeur général adjoint de l'entreprise, Aliou Kane. D'avril à août 2002, assure-t-il, la Comatex totalise moins de 40 millions de recettes, alors qu'elle avait atteint près de 300 millions l'année dernière pendant la même période.
L'explication est toute simple : les "Fancy" frauduleusement importés ayant engorgé le marché, la Comatex n'a reçu aucune commande de ses deux gros clients. Les "Fancy" de contrebande sont vendus à 6 000 F la pièce alors que la Comatex cède les siens à 7.500 F. La qualité étant quasiment équivalente, les clients se rabattent naturellement sur les pagnes meilleur marché.
"Ce sont nos clients qui ont découvert l'affaire et qui nous informés. Après enquête et achat de quelques échantillons comme éléments de preuve, nous avons porté l'affaire devant la DNCC qui a, à son tour, effectué sa propre enquête pour aboutir au même résultat", indique Abdine Koumaré.
Le directeur général adjoint du commerce et de la concurrence, Mahamane Assoumane Touré, confirmera que les deux enquêtes ont abouti au même résultat, prouvant la présence sur le marché de pagnes "Fancy" frauduleusement importés. "Nous en avons acheté quelques échantillons pour servir de pièces à conviction", expliquera notre interlocuteur. Deux commerçants seront convoqués à la DNCC, avant d'être blanchis, faute de preuve. "Nous avons découvert que les deux commerçants en question ne figuraient pas dans le registre des importateurs, ils ne peuvent être les vrais propriétaires des conteneurs", expliquera Mahamane Assoumane Touré.
La DNCC, assure-t-il, se préparait à organiser une descente au Grand marché quand, sans crier gare, la Comatex a décidé de saisir la presse pour se faire entendre. "L'attitude de la Comatex a contribué à brouiller les pistes, elle nous a pris de court et c'est dommage", regrette Mahamane Assoumane Touré, assurant toutefois que la DNCC n'a pas encore abandonné l'affaire. La difficulté se situerait au niveau de la police dont "300 agents sont nécessaires pour garantir le succès de l'opération".
Pourquoi, malgré sa bonne foi affichée, la DNCC n'a-t-elle interpellé aucun commerçant après avoir pourtant localisé les magasins où sont exposés les "Fancy" frauduleux ? "Nous craignons la réaction des commerçants, c'est pourquoi le déploiement de la police est indispensable". Le DGA du commerce et de la concurrence indique que la police n'ayant pas encore répondu à la demande formulée par sa structure, l'opération en préparation depuis plusieurs mois, reste en stand-by.
On peut imaginer que les commerçants ne sont pas restés à attendre une descente qui s'était ébruitée et qu'ils ont pris les dispositions pour se mettre à l'abri d'une éventuelle opération de la DNCC.
L'attitude de la douane est toute aussi ambiguë que celle de la DNCC. A Faladié, personne n'est au courant de l'affaire. C'est du moins ce qu'on nous a assuré après trois jours passés à jouer les balles de ping-pong entre les bureaux d'un DGA trop chargé pour nous recevoir et celui de l'inspecteur en chef chargé des textiles, qui nous demandera gentiment de lui accorder le temps de voir son chef hiérarchique.
A la Comatex comme à la DNCC, on charge volontiers la douane en estimant que les conteneurs de "Fancy" n'auraient jamais du franchir la frontière. "Nous n'accusons personne, mais il est clair que les fraudeurs ont profité d'une situation. Nous en sommes d'autant convaincus que ce sont plusieurs conteneurs qui ont été déversés sur le marché", commente-t-on du côté de la Comatex.
Le "comment" viendra à son heure, pour l'instant un fait est irréfutable : des "Fancy" ont été frauduleusement importés par des commerçants, ils circulent au Grand marché et à la date d'aujourd'hui personne n'a bougé, si ce n'est la Comatex.

S. B. TOUNKARA

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