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Denrées de premières nécessité :Le marché du sucre s’enflamme
(Les Echos 08/07/2010)

Le prix du sucre reprend du poil de la bête après une accalmie d’environ 4 mois sur le marché national. La flambée actuelle est due à une conjoncture internationale et la fin du protocole d’accord signé entre l’État et les gros importateurs de sucre en janvier 2010 pour la fixation d’un prix plancher.

Le 29 janvier 2010, face à la presse, le ministre de l’Industrie, des Investissements et du Commerce, Abdoulaye Ahmadou Diallo, sonnait l’alerte sur la hausse vertigineuse du prix du sucre sur le marché international. La demande dépasse de loin l’offre avec des facteurs endogènes comme l’utilisation de la canne à sucre en biocarburant, le déficit sucrier dans les grands pays producteurs comme le Brésil, l’Inde, l’Union européenne, etc., devenus gros importateurs en millions de tonnes.

La campagne 2008 où la crise s’est véritablement installée a connu une diminution dans la production mondiale de 7 millions de tonnes. L’offre mondiale a connu dans le même temps une baisse de 4,14 % de tonnes alors que la consommation mondiale s’est accrue de 2,2 %, soit 166 millions de tonnes.

La campagne 2009-2010 prévoit un déficit de 12 millions de tonnes. La baisse prévisionnelle serait liée au repli de la récolte de sucre en Europe de 18,1 millions à 16,5 millions de tonnes. La production locale est insuffisante sinon insignifiante pour couvrir les besoins de consommation.

Sukala-SA, la seule usine de production de sucre, ne couvre que trois mois de consommation. La campagne 2009-2010 de Sukala-SA est estimée à 36 000 tonnes pour un besoin national annuel de 150 000 tonnes. Le Mali doit en importer 140 000 tonnes. Dans le contexte de crise internationale, le marché du sucre a enregistré une hausse de 30 % (sucre brut) et 15 % (sucre raffiné).

Pour maintenir les prix à la hauteur de la bourse du consommateur malien, l’Etat et les importateurs de sucre avaient signé un protocole d’accord dit de jumelage du sucre local au sucre importé avec un élargissement de la base des importateurs. Cet élargissement des importateurs était une fin déguisée de monopole sur le sucre.

Le protocole d’accord et la fin du monopole

Le protocole d’accord couvrait trois mois, du 1er février au 30 avril 2010. Il donnait droit à ses signataires composés des 4 grossistes traditionnels (Bakoré Sylla de GGB, Modibo Kéita de GDCM, Amadou Djigué de Djigué-SA, Abdoulaye Niang) et aux 4 nouveaux désignés par l’Etat (Petit Barou de Sodima-SA, Ben Moctar, Somayaf, Sociétés Sacko, et Batex-CI de Boubacar Cissé) d’importer trois tonnes de sucre importé contre 1 tonne achetée à Sukala-SA.

Sur la base dudit protocole d’accord, les 36 000 tonnes de Sukala de la campagne 2009-2010 ont été réparties entre GDCM (11 000 t), GGB (11 000 t), Amadou Djigué (3500 t), Abdoulaye Niang (3500 t), Petit Barou de Sodima-SA (3000 t), Ben Moctar (3000 t), Somayaf (500 t) et autant pour les Sociétés Sacko, et Batex-CI de Boubacar Cissé.

L’une des conditionnalités était de vendre le sucre au détail à un prix plancher de 500 F CFA le kilo et le respect strict de l’achat du quota de Sukala-SA pour avoir le précieux sésame de la licence d’importation délivrée par la direction nationale du commerce et de la concurrence (DNCC).

La mesure, qui a fait ses effets, a permis de stabiliser les prix pendant trois mois (de février à avril 2010). Le marché malien du sucre, selon les statistiques de la DNCC, était par conséquent devenu le moins cher des pays de l’Uémoa. Au moment où le sucre était vendu entre 600 à 700 F CFA au Burkina Faso, Sénégal, Côte d’Ivoire, Bénin, Togo, Niger, etc., le consommateur malien l’achetait entre 500 à 530 F CFA.

La flambée des prix sur le marché international, qui a des effets collatéraux chez nous et la fin du protocole d’accord limité dans le temps (trois mois), qui fixait un prix plancher de 500 F CFA expliquent largement la hausse subite des prix sur le marché national.

Pour faire face à la réalité du marché international, les gros importateurs de sucre dont le regroupement est présidé par Bakoré Sylla de Grand grenier du bonheur (GGB), ont tenu une réunion en juin. L’ordre du jour était d’ajuster les prix à 550 F CFA.

A environ un mois du ramadan, période de forte consommation du sucre dans notre pays, le kilo de cette denrée précieuse est vendu selon les marchés entre 550 et 600 F, soit près de 26 500 à 27 000 F CFA le sac de 50 kg. Selon des consommateurs de Kati, le prix au kilo a déjà atteint 700 F CFA (35 000 F CFA le sac de 50 kg).

Pour le ministre de l’Industrie, des Investissements et du Commerce, le salut du Mali viendra avec la réalisation des industries sucrières. Il est attendu 138 millions de tonnes à N-Sukala en 2015, soit 90 % de la consommation nationale. La Socimar, en chantier à Sansanding, devra produire une quantité conséquente de sucre à la fin de ses travaux, prévue en 2015.

A l’horizon 2015, notre pays couvrira totalement sa consommation nationale de 150 000 t. De simple consommateur, le Mali, selon les vœux de Abdoulaye Ahmadou Diallo, sera exportateur comme le Brésil, l’Inde ou des pays de l’Union européenne.

Abdrahamane Dicko

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