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Sirakourou: La noix d'acajou ne paie plus La localité située à la frontière ivoirienne souffre beaucoup de la chute des prix de ce produit, sa principale culture. Situé à une centaine de km de Bougouni près de la frontière ivoirienne, le village de Sirakourou est une zone de culture de la noix dacajou par excellence. Dans cette petite localité denviron 1000 habitants, les champs de noix dacajou (somo en langue nationale Bambara) sétendent à perte de vue et bon an mal an, les Sirakourois, comme on les appelle, récoltent des centaines de tonnes de noix de cet arbre originaire du Brésil et qui, à linstar du manguier et du pistachier, fait partie de la famille des Anacardiacaece. Cultivé principalement pour ces noix riches en éléments nutritifs qui sont employés dans des domaines aussi divers que lindustrie agro-alimentaire, la pharmacologie et la cosmétologie, la noix dacajou ou lanacarde recèle dautres valeurs moins connues chez nous. Entre autres, on peut citer la pomme cajou qui se développe à partir du pédoncule et qui est comestible, les feuilles et lécorce doù sont tirées différentes substances qui sont reconnues et utilisées depuis des siècles pour leurs propriétés médicinales. Au Mali, la culture de la noix dacajou est surtout développée dans la région de Sikasso qui est la zone la plus humide du pays. De Garalo à Sola en passant par Solatomou, Manankoro, Mafilé, Fangala, Madiné, Bananguélé et Filala, les champs de noix dacajou existent partout et la vie des populations rime avec la culture de cet arbre qui réclame peu dentretien et qui peut vivre jusquà 20 et 30 ans en culture et un demi-siècle à létat naturel. Tout le monde cultive la noix dacajou, de Bougouni jusquà la frontière de Côte dIvoire, mais je puis vous dire quil ny a pas une seule localité qui produit plus de noix que Sirakourou, clame Lancény Koné, le secrétaire général du CPC du village avant dajouter que les Sirakourois ne vivent que de ça. Cest notre activité principale pour ne pas dire notre seule source de revenus. Le village compte quelques éleveurs, mais il nexiste pas une seule famille ici qui ne dispose pas de champs dacajou, appuiera le président de lAssociation des producteurs de Sirakourou, Yacouba Koné dont le champ sétend sur une superficie de 20 hectares. Chute des prix- Jadis, la période de récolte donnait lieu tous les ans à une véritable fête à Sirakourou, les opérateurs économiques se ruaient sur la petite localité et les centaines de tonnes de noix dacajou récoltées par les populations étaient écoulées en quelques jours. Résultat : la plupart des familles se retrouvait avec dimportantes sommes dargent qui leur permettaient de faire face aux dépenses familiales et de réaliser quelques projets comme lachat danimaux ou la construction de nouveaux bâtiments. Cette période nest plus quun lointain souvenir pour les populations de Sirakourou frappées de plein fouet par la mévente de la noix dacajou et qui ne savent plus à quel Saint se vouer. En cause, la crise ivoirienne qui a éclaté en septembre 2002 et le désenclavement de la localité située à seulement 13 km de Sola, mais dont laccès est un véritable parcours du combattant. En fait, il nexiste pas de route proprement dite entre Sola et Sirakourou, les usagers empruntent une petite piste rocailleuse avec des flaques deau par-ci et par-là, mais aussi des branches ou troncs darbres qui cachent le passage en quelques endroits. Il y a un peu plus de six ans, nous vendions le kilo de noix dacajou à 350 Fcfa, mais depuis la crise ivoirienne, les cours se sont effondrés. Cette année, les prix ont chuté jusquà 40 Fcfa. On a jamais connu ça, dira Lancény Koné perplexe sur les causes de leffondrement des prix. Jusque-là, on ne nous a donnés aucune explication a fortiori nous dire lattitude à adopter pour faire face à la situation. Nous avons simplement appris à travers la radio que la crise est mondiale, renchérira Mamadou Koné qui, depuis plus dune décennie, récolte en moyenne 7 tonnes de noix dacajou par an. Le chef de village de Sirakourou, Fodé Doumbia constate que le prix de vente est fixé depuis quelques années, non pas par les producteurs, mais plutôt par les acheteurs qui viennent principalement de la Côte dIvoire et du Bénin. Ils nous imposent leur prix parce quils savent que nous navons pas les moyens dacheminer les récoltes vers les points de vente. Il ny a pas une seule route digne de ce nom dans cette zone, déplore le vieil octogénaire qui évoquera également le problème dapprovisionnement des populations en eau potable (les deux pompes du village ne fonctionnent pas depuis 4 ans) et labsence de centre de santé qui oblige les Sirakourois à aller faire leurs soins à Manankoro distant de 30 km. Ces deux dernières années, personne na pu sacheter une simple moto dans le village. Cest dû aux difficultés que rencontrent les populations et je suis persuadé que cette situation restera inchangée tant que la route Sola-Sirakourou ne sera pas construite. Le développement de notre village passe par la réalisation de cette infrastructure et jespère que les pouvoirs publics entendront notre appel, a plaidé Fodé Doumbia qui compte sur le concours personnel du président Amadou Toumani Touré pour prolonger la route principale jusquà Sirakourou. Pas de résignation- En 2005, lors de linauguration du nouveau pont situé entre Garalo et Sola, le chef de lÉtat avait lui-même touché du doigt les réalités des populations de la localité et depuis, Sirakourou attend un geste de sa part pour stopper la chute du prix de la noix dacajou dune part et dautre part, relier le village à Sola. Fodé Doumbia reconnaît que le président Amadou Toumani Touré a fait ce quil avait promis à savoir la construction du nouveau pont et la réalisation de la route Garalo-Sola, mais, constate le vieux octogénaire, Sirakourou est toujours coupé des autres villages de la commune. Nous sommes reconnaissants à lendroit du chef de lÉtat qui nous a enlevés une grosse épine du pied en construisant un pont entre Garalo et Sola. Toutefois, il faut reconnaître quil reste un problème de taille : lisolement de notre village. À linstar des hommes, les femmes de Sirakourou souffrent beaucoup de cette situation et tous les petits projets quon a tentés de réaliser (jardinage, culture du riz, mise en place dune coopérative) ont échoué. Nous avons la volonté de jouer notre partition dans le développement socio-économique du village, mais avec ce problème de route et la mévente de la noix dacajou, toutes les actions sont vouées à léchec, remarque de son côté, la porte-parole des femmes de Sirakourou, Nabintou Sidibé. Mais malgré les multiples problèmes auxquels elles sont confrontées depuis plusieurs années, les populations de Sirakourou ne baissent pas les bras. Au contraire, elles refusent de se résigner devant la crise de la noix dacajou, tout comme lisolement du village et entendent se battre jusquau bout pour que leur village redevienne ce quil a toujours été : le centre principal du commerce de la noix dacajou. S. B. TOUNKARA © Copyright L'Essor Archives |