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Sirakourou: La noix d'acajou ne paie plus
(L'Essor 17/07/2007)

La localité située à la frontière ivoirienne souffre beaucoup de la chute des prix de ce produit, sa principale culture.

Situé à une centaine de km de Bougouni près de la frontière ivoirienne, le village de Sirakourou est une zone de culture de la noix d’acajou par excellence. Dans cette petite localité d’environ 1000 habitants, les champs de noix d’acajou (somo en langue nationale Bambara) s’étendent à perte de vue et bon an mal an, les Sirakourois, comme on les appelle, récoltent des centaines de tonnes de noix de cet arbre originaire du Brésil et qui, à l’instar du manguier et du pistachier, fait partie de la famille des Anacardiacaece.

Cultivé principalement pour ces noix riches en éléments nutritifs qui sont employés dans des domaines aussi divers que l’industrie agro-alimentaire, la pharmacologie et la cosmétologie, la noix d’acajou ou l’anacarde recèle d’autres valeurs moins connues chez nous. Entre autres, on peut citer la pomme cajou qui se développe à partir du pédoncule et qui est comestible, les feuilles et l’écorce d’où sont tirées différentes substances qui sont reconnues et utilisées depuis des siècles pour leurs propriétés médicinales.

Au Mali, la culture de la noix d’acajou est surtout développée dans la région de Sikasso qui est la zone la plus humide du pays. De Garalo à Sola en passant par Solatomou, Manankoro, Mafilé, Fangala, Madiné, Bananguélé et Filala, les champs de noix d’acajou existent partout et la vie des populations rime avec la culture de cet arbre qui réclame peu d’entretien et qui peut vivre jusqu’à 20 et 30 ans en culture et un demi-siècle à l’état naturel. “Tout le monde cultive la noix d’acajou, de Bougouni jusqu’à la frontière de Côte d’Ivoire, mais je puis vous dire qu’il n’y a pas une seule localité qui produit plus de noix que Sirakourou”, clame Lancény Koné, le secrétaire général du CPC du village avant d’ajouter que les Sirakourois “ne vivent que de ça”. “C’est notre activité principale pour ne pas dire notre seule source de revenus. Le village compte quelques éleveurs, mais il n’existe pas une seule famille ici qui ne dispose pas de champs d’acajou”, appuiera le président de l’Association des producteurs de Sirakourou, Yacouba Koné dont le champ s’étend sur une superficie de 20 hectares.

Chute des prix- Jadis, la période de récolte donnait lieu tous les ans à une véritable fête à Sirakourou, les opérateurs économiques se ruaient sur la petite localité et les centaines de tonnes de noix d’acajou récoltées par les populations étaient écoulées en quelques jours. Résultat : la plupart des familles se retrouvait avec d’importantes sommes d’argent qui leur permettaient de faire face aux dépenses familiales et de réaliser quelques projets comme l’achat d’animaux ou la construction de nouveaux bâtiments.

Cette période n’est plus qu’un lointain souvenir pour les populations de Sirakourou frappées de plein fouet par la mévente de la noix d’acajou et qui ne savent plus à quel Saint se vouer. En cause, la crise ivoirienne qui a éclaté en septembre 2002 et le désenclavement de la localité située à seulement 13 km de Sola, mais dont l’accès est un véritable parcours du combattant. En fait, il n’existe pas de route proprement dite entre Sola et Sirakourou, les usagers empruntent une petite piste rocailleuse avec des flaques d’eau par-ci et par-là, mais aussi des branches ou troncs d’arbres qui cachent le passage en quelques endroits. “Il y a un peu plus de six ans, nous vendions le kilo de noix d’acajou à 350 Fcfa, mais depuis la crise ivoirienne, les cours se sont effondrés. Cette année, les prix ont chuté jusqu’à 40 Fcfa. On a jamais connu ça”, dira Lancény Koné perplexe sur les causes de l’effondrement des prix. “Jusque-là, on ne nous a donnés aucune explication a fortiori nous dire l’attitude à adopter pour faire face à la situation. Nous avons simplement appris à travers la radio que la crise est mondiale”, renchérira Mamadou Koné qui, depuis plus d’une décennie, récolte en moyenne 7 tonnes de noix d’acajou par an. Le chef de village de Sirakourou, Fodé Doumbia constate que le prix de vente est fixé depuis quelques années, non pas par les producteurs, mais plutôt par les acheteurs qui viennent principalement de la Côte d’Ivoire et du Bénin. “Ils nous imposent leur prix parce qu’ils savent que nous n’avons pas les moyens d’acheminer les récoltes vers les points de vente. Il n’y a pas une seule route digne de ce nom dans cette zone”, déplore le vieil octogénaire qui évoquera également le problème d’approvisionnement des populations en eau potable (les deux pompes du village ne fonctionnent pas depuis 4 ans) et l’absence de centre de santé qui oblige les Sirakourois à aller faire leurs soins à Manankoro distant de 30 km. “Ces deux dernières années, personne n’a pu s’acheter une simple moto dans le village. C’est dû aux difficultés que rencontrent les populations et je suis persuadé que cette situation restera inchangée tant que la route Sola-Sirakourou ne sera pas construite. Le développement de notre village passe par la réalisation de cette infrastructure et j’espère que les pouvoirs publics entendront notre appel”, a plaidé Fodé Doumbia qui compte sur le concours personnel du président Amadou Toumani Touré pour prolonger la route principale jusqu’à Sirakourou.

Pas de résignation- En 2005, lors de l’inauguration du nouveau pont situé entre Garalo et Sola, le chef de l’État avait lui-même touché du doigt les réalités des populations de la localité et depuis, Sirakourou attend un geste de sa part pour stopper la chute du prix de la noix d’acajou d’une part et d’autre part, relier le village à Sola. Fodé Doumbia reconnaît que le président Amadou Toumani Touré a fait ce qu’il avait promis à savoir la construction du nouveau pont et la réalisation de la route Garalo-Sola, mais, constate le vieux octogénaire, Sirakourou est toujours coupé des autres villages de la commune. “Nous sommes reconnaissants à l’endroit du chef de l’État qui nous a enlevés une grosse épine du pied en construisant un pont entre Garalo et Sola. Toutefois, il faut reconnaître qu’il reste un problème de taille : l’isolement de notre village.

À l’instar des hommes, les femmes de Sirakourou souffrent beaucoup de cette situation et tous les petits projets qu’on a tentés de réaliser (jardinage, culture du riz, mise en place d’une coopérative) ont échoué. Nous avons la volonté de jouer notre partition dans le développement socio-économique du village, mais avec ce problème de route et la mévente de la noix d’acajou, toutes les actions sont vouées à l’échec”, remarque de son côté, la porte-parole des femmes de Sirakourou, Nabintou Sidibé.

Mais malgré les multiples problèmes auxquels elles sont confrontées depuis plusieurs années, les populations de Sirakourou ne baissent pas les bras. Au contraire, elles refusent de se résigner devant la crise de la noix d’acajou, tout comme l’isolement du village et entendent se battre jusqu’au bout pour que leur village redevienne ce qu’il a toujours été : le centre principal du commerce de la noix d’acajou.

S. B. TOUNKARA

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