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Prix des denrées de première nécessité: les effets escomptés du pare-feu
(L'Essor 10/07/2007)

L'exportation de certains produits comme le riz et les céréales sèches est suspendue pour deux mois En adoptant des mesures pour contenir les prix, le gouvernement a tenu compte des abus constatés lors d'opérations précédentes

Depuis fin juin, le gouvernement a pris des mesures pour contrer la hausse relevée sur les prix de certains produits de grande consommation.
Ces mesures concernent l'exonération pendant 2 mois (juillet-août) de la TVA sur les importations de lait en poudre en vrac et d'huile alimentaire, en vrac aussi, la suspension de l'exportation pendant deux mois (juillet-août) de denrées alimentaires (riz, céréales sèches, lait, sucre, huile alimentaire, farine de froment), l'octroi par l'État de subvention pour l'achat et l'abattage du bétail et l'institution d'une autorisation préalable à l'exportation du bétail.
Ce n'est pas la première fois que le gouvernement accorde des exonérations sur les importations de produits de consommation courante pour lutter contre leur renchérissement. Une telle mesure d'exonération avait été appliquée en 2005 sur le riz et le maïs. Mais l'initiative gouvernementale n'avait pas produit les effets positifs escomptés. Loin s'en faut. Malgré le renoncement de l'État aux impôts et taxes à l'importation sur le riz (qui équivaut à une subvention indirecte), des commerçants avaient continué à spéculer sur les prix. Et si c'était encore le cas cette année ?
"L'amère expérience de 2005, a inspiré cette année le gouvernement", répond Mahamane Ansoumane Touré, le directeur national du Commerce et de la Concurrence.

PLUS DE MONOPOLE : Pour cette fois-ci, le gouvernement a décidé de laisser le champ libre à tout opérateur économique remplissant les conditions, d'importer autant qu'il peut, du lait en poudre en vrac et de l'huile alimentaire en vrac sans limitation de quantité encore moins de valeurs pendant la période comprise entre le 1er juillet et le 31 août, explique le responsable de la DNCC. L'importation sans TVA ne sera donc plus cantonnée à quelques commerçants.
En renonçant à la TVA (18%) sur les importations de lait en poudre en vrac et d'huile alimentaire en vrac, pendant 2 mois, le gouvernement entend contenir la flambée des prix de ces produits de première nécessité.
Mais les pouvoirs publics ont a dû renoncer à fixer un prix consensuel dont aurait dû être assorti l'abattement de la TVA sur les importations durant la période indiquée. Selon les responsables de DNCC, une telle mesure aurait, non seulement, porté préjudice au principe de la liberté des prix, mais aussi causé des dégâts collatéraux occasionnés par la réticence des commerçants. Pour étayer cette argumentation, ils évoquent les remous soulevés dans un premier temps sur le marché de la viande, suite à la fixation des prix de vente avec l'octroi par l'État d'une subvention pour l'achat et l'abattage du bétail (voir L'Essor de vendredi).
Justement lors des négociations entre le gouvernement et les opérateurs de la filière bétail-viande, ces derniers n'ont pas caché leur réserve en faisant remarquer qu'il y avait peu de boeufs sur le marché du District. En guise d'explications, ils ont mis en avant la pénurie d'aliment-bétail due à l'installation tardive des pluies. Les éleveurs, selon leurs explications, ont gardé leurs troupeaux dans les zones de pâturages (dans les région de Sikasso et Mopti et dans le Sahel occidental). Afin de fléchir la position des professionnels du secteur, le gouvernement a dû suspendre pendant ces deux mois le contrôle des véhicules transportant des boeufs à destination de la capitale. Deux points de départ ont été identifiés : Koumantou dans la Région de Sikasso et Douentza dans celle de Mopti. Dans le même temps, les demandes d'exportation de boeufs sur pieds sont soumises à l'autorisation des gouverneurs de région pendant toujours les deux mois.
Le gouvernement a également mis à la disposition des deux abattoirs de la capitale, l'Abattoir frigorifique de Bamako et celui de Sabalibougou, un fonds de 230 millions de Fcfa pour acheter des boeufs, les abattre et revendre les carcasses aux bouchers. La mesure suscite l'approbation des professionnels.
Au milieu de la semaine dernière, le directeur général de l'Abattoir frigorifique de Bamako s'était ainsi rendu au ministère de l'Élevage et de la Pêche pour demander à Yacouba Samaké, le secrétaire général du département, la conduite à tenir face au flot de l'offre de têtes à ses guichets d'achat. En temps normal, Bamako consomme quotidiennement 500 à 650 têtes. Certains estiment cette consommation à 700 têtes si l'on ajoute au total les abattages clandestins qui s'effectuent dans les quartiers périphériques de la capitale. Yacouba Samaké assure que les marchés de la capitale sont suffisamment approvisionnés en bétail.

LE PIÈGE DES RÉEXPORTATIONS : Quant à la suspension des exportations des denrées alimentaires (riz, céréales sèches, lait, sucre, huile alimentaire, farine de froment) pendant les mois de juillet et août, elle a pour but d'empêcher les opérateurs économiques cupides de réexporter les produits exonérés de taxes, comme on l'a observé par le passé.
Exceptée la viande, les autres produits (riz, sucre, mil, huile, lait en poudre) n'ont pas bénéficié de l'intervention directe de l'État. Concernant les deux derniers produits, il n'y a malheureusement pas de solution immédiate. En effet, la production locale souffre de l'absence de matière première en quantité suffisante. A cause de la baisse de production du coton, la CMDT n'a produit que 200.000 tonnes de graines dont une grande partie est utilisée comme semence. C'est le reste qui est vendu aux huileries locales. La pénurie de graine de coton règne même sur le marché sous-régional. La Société malienne des oléagineux (SMO) des frères N'Diaye aurait ainsi déposé plus de 300 millions de Fcfa pour acheter de la graine de coton, mais en vain. Huicoma a, de son côté, demandé de l'huile brute aux unités industrielles de Côte d'Ivoire, sans succès. L'unique alternative qui restait donc au gouvernement était d'ouvrir les vannes de l'exonération.
Or si l'État accorde des facilités pour l'importation, le risque est grand de voir des opérateurs économiques et des fonctionnaires véreux en tirer des profits personnels. Selon des responsables de la DNCC, ils utilisent des mécanismes bien rodés pour éviter de vendre les produits exonérés de taxes à des prix abordables. Ou encore, ils réexportent les produits vers d'autres pays où ils peuvent les écouler à des prix beaucoup plus rémunérateurs. Ce sont ces pratiques frauduleuses qui empêchent les consommateurs de profiter des facilités accordées par l'État sur l'importation. Espérons que ce ne sera pas le cas avec l'opération en cours. Beaucoup de fermeté et quelques sanctions exemplaires pourraient, à ce propos, être très dissuasifs.

A.O. DIALLO

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