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Marché du riz : Pas de pénurie en vue
(L'Essor 04/07/2007)

Le marché est suffisamment approvisionné pour parer à toute éventualité

La mauvaise nouvelle est tombée il y a environ deux semaines. Nos confrères de Radio France internationale (RFI) ont annoncé dans leur rubrique "cours des matières premières", que suite à une sécheresse dans les pays d'Asie, producteurs du riz, l'offre de cette céréale sur le marché mondial connaîtra une baisse significative. Cette nouvelle fait suite à une tension sur les prix des produits de première nécessité dans notre pays. Depuis près d'un mois, les consommateurs vivent dans la hantise d'une hausse généralisée des prix des denrées de première nécessité. Cette situation résulte des difficultés d'approvisionnement correct du pays en cette veille du mois de Ramadan. Les produits concernés sont : le sucre, le lait en poudre, l'huile, les céréales sèches (mil, sorgho, riz et le maïs) et la farine de froment.
Les services techniques du ministère de l'Agriculture et celui du Commerce et d'Industrie que nous avons approchés, rassurent les consommateurs. En ce qui concerne le riz il n'y a pas péril en la demeure. Depuis plusieurs mois déjà, le gouvernement a pris des mesures pour prévenir d'éventuelle flambée à l'approche de la période de soudure. C'est une période extrêmement pénible dans notre pays surtout en milieu rural. Autrefois les ruraux géraient le phénomène au moyen de cultures rapides comme le maïs ou le mil rapide, le Sounan dont la période de maturation dure 60 jours. Les fruits de cueillette domestique comme le karité, le m'pékoun aidait à prévenir la disette.
Mais cette année, l'installation tardive de la pluie a rendu cette gestion de plus en plus aléatoire. D'où l'acuité de la situation. C'est pour cette raison que le gouvernement accorde, généralement des exonérations aux importateurs de céréales pour assurer l'approvisionnement correct du pays, en entendant la production nationale. Cependant, il arrive que le riz de contresaison de l'Office du Niger, comme en ce moment même, inonde le marché avant le riz pluvial. Au marché de Niaréla que nous avons visité la semaine dernière, le nouveau riz est disponible. Il est cédé entre 275 et 300 Fcfa/kg.

La dictature de la spéculation. Toutefois, il convient de noter que la spéculation commence à gagner le marché. Les uns et les autres s'accusent mutuellement de rétention de stock afin de créer une pénurie artificielle. Les détaillants pointent du doigt une poignée de grossistes qui ont le monopole de l'importation et ayant des tentacules dans le giron du pouvoir d'être à l'origine de la situation. Mais sous la pression du Commissariat à la sécurité alimentaire (CSA), ils ont été contraint de lever le blocus. Également les pouvoirs publics se sont impliqués pour permettre un meilleur approvisionnement des marchés. Actuellement, la situation est sous contrôle, les grossistes ont inondé le marché. De toute façon, ils n'avaient pas le choix avec la fourniture de riz de contresaison de l'ON et les nouvelles mesures d'exonérations de l'importation, le prix du riz connaîtrait une baisse sur le marché. Est-il besoin de rappeler que l'important stock de riz (30 000 tonnes) constitué par le CSA est un puissant moyen de régulation du marché ?

L'augmentation de la demande africaine. Notons également que les perspectives de demande sur le marché mondial marquent une progression de la consommation. Une étude réalisée par une équipe de chercheurs français (Pierre Barris, Jean Zaslavsky et Serge Perrin) relève que la croissance de la demande mondiale du riz reste soutenue (1,1%). Cette demande sera tirée par l'Afrique subsaharienne (2%) et l'Asie du sud (1,6%). Par contre celle de l'Asie de l'Est marque une pose de l'ordre (0,4%).
Au Japon et en Corée du Sud, par exemple, la consommation de riz par habitant a diminué d'environ 1/3, depuis les années 1970. Cette diminution est également sensible dans les pays à revenu intermédiaire comme la Malaisie et la Thaïlande. En Chine et en Inde, les deux grands pôles de demande asiatiques, une baisse plus limitée de la consommation semble s'amorcer depuis le début des années 1990. Ainsi, la consommation de riz en Chine passe de 93 kg/tête en 1989/91 à 89 kg/tête en 1999-2001 et celle de l'Inde de 79 à 76 kg/tête sur la même période.
La part du riz dans la demande céréalière asiatique diminuerait de 43% à 39% à l'horizon 2020. La croissance de la production mondiale de riz est également moins soutenue depuis les années 90. La progression en rythme annuel moyen passe de 2,7% entre 1968/89 à 1,6% entre 1990/02, notamment du fait de la stagnation en Chine. Les seules régions où la croissance de la production est plus forte sont l'Aise du sud (+3%, Inde exclue) et l'Afrique (+2%). La Chine réduit ses surfaces cultivées en riz en raison des contraintes d'eau et de la concurrence d'autres cultures plus rentables.

La production nationale nécessaire. Les progrès en matière de rendement apparaissent, dans l'ensemble, plus faibles. En 2003/04, la production mondiale a augmenté de 2,3%, soit 585 millions de tonnes. Les estimations de la FAO pour la campagne 2004/05 ont indiqué de nouvelle amélioration, soit 608 millions de tonnes (+4%). Mais cette progression serait toutefois insuffisante pour combler les besoins de consommation, d'où une baisse attendue des stocks mondiaux autour de 97 millions de tonnes en 2005, soit une contraction de 6 millions de tonnes par à l'année précédente.
Au regard de la situation, il convient de noter que notre salut réside dans l'encouragement de la production nationale. Car les importations en provenance d'Asie font face à de nouveaux défis. Dans les pays exportateurs d'Asie le riz joue également un rôle stratégique pour la sécurité alimentaire. Alors les pouvoirs politiques envisagent, de plus en plus, des mesures restrictives concernant les exportations en cas de déficit interne pour réguler le marché intérieur.
Selon l'étude, au Vietnam par exemple, les exportations de riz étaient interdites jusqu'en 1987. Puis ce pays a instauré le système de quota à l'exportation jusqu'en 2001. La Thaïlande a également recours au système de quotas et des taxes à l'exportation. Le gouvernement de ce pays assurait entre 25 et 50% des exportations jusqu'au milieu des années 1980. La Thaïlande procède aussi au soutien du prix à l'intérieur pour maintenir le niveau de revenus des paysans. Environ 4 millions de Thaïlandais vivent du riz.

A. O. DIALLO

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