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Le syndicat de la CMDT durcit le ton sur la privatisation
(L'Indépendant 06/06/2008)

"L'Etat orchestre tout pour faire faire adhérer l'opinion à la privatisation" - La Section syndicale de la filière coton n'entend pas baisser les bras par rapport à la privatisation de la CMDT, prévue pour cette année. Ce syndicat a animé, hier jeudi 5 juin, dans la cour de la Direction générale de la société, une conférence de presse, pour dénoncer toutes les machinations et manoeuvres orchestrées par les plus hautes autorités du pays pour parvenir au bradage de la CMDT. Face aux échecs des expériences de privatisation de la filière coton dans plusieurs pays africains et en se référant au récent cas de HUICOMA, les travailleurs de la CMDT ne sont pas rassurés sur leur avenir au sein des nouvelles sociétés cotonnières qui devront naître sur les cendres d'une CMDT liquidée. La section syndicale de dénoncer les actes posés par l'Etat pour faire croire à l'opinion que la CMDT est devenue un fardeau auquel faut se séparer.

Le blocage du paiement par les banques aux producteurs de 17,5 milliards de FCFA représentant le prix d'achat du coton graine pour le compte de la campagne écoulée, la non livraison à cette date des besoins en intrants de la nouvelle campagne, le retard volontaire entretenu sur la non fixation des prix de cession des intrants qui ont augmenté, pour certains produits, jusqu'à 116%, le refus d'accorder des subventions pour ces engrais coton comme c'est le cas avec l'Initiative riz, la diffusion des informations unilatérales sur le déficit de la CMDT en ignorant son apport sur notre économie. Tels sont, entre autres, les reproches formulés par la Section syndicale de la filière coton contre le pouvoir ATT, lors de cette conférence qui a mobilisé en nombre les syndicalistes déterminés à se faire entendre.

La fixation du prix d'achat du coton graine à 200 F CFA le kilo va-t-elle inciter la production dont la prévision pour 2008-2009 est de plus de 500 000 tonnes contre 247 000 tonnes en 2007-2008 ? Ce n'est pas pour le moment évident.

Au vu du contexte dans lequel cette campagne intervient. En effet, celui-ci est marqué par le spectre de la privatisation, le retard dans le paiement des producteurs pour la campagne passée, malgré l'achat et l'évacuation du coton et, surtout, l'augmentation du prix des engrais.

En réalité, pour la section syndicale de la CMDT, tout ceci est savamment planifié par l'Etat pour donner l'impression que la CMDT et ses agents sont incapables et qu'il faut alors privatiser la filière. Récemment, le Conseil des ministres faisait allusion à l'existence d'un déficit de 172 milliards de FCFA à la CMDT pour justifier que celle-ci est devenue un fardeau pour le budget national. Le syndicat a justifié ce déficit cumulé entre 1999 et 2007 par des choix politiques plus que la mauvaise gestion.

En 2003-2004, 19 milliards de FCFA de déficit ont été enregistrés suite à la production record de 620 000 tonnes - dépassant les possibilités des usines - alors que trois années auparavant, le gouvernement avait annulé les projets de construction de trois nouvelles usines d'égrenage. En 2004-2005, un déficit de 43, 6 milliards a été provoqué suite la fixation du prix d'achat du coton graine à 210 FCFA par l'Etat. Plus de 26 milliards de F CFA s'expliquent par les graines de coton fournis à Huicoma sur intervention de l'Etat, 3 milliards de F CFA pour régler les litiges sur les marchés des intrants retirés à la CMDT pour être confiés aux producteurs. Enfin, 40 milliards de F CFA sont justifiés par des crédits TVA non reversés.

Quand on veut abattre son chien, on l'accuse de la rage. Ce qui semble être le cas de la CMDT qui est pourtant la plus grande distributrice de ressources dans le monde rural avec un chiffre d'affaires de 200 milliards par an. "Manifestement, on veut asphyxier le CMDT et la conduire vers un arrêt total, afin de prouver aux yeux de l'opinion le bien fondé de son démantèlement" a regretté Zakariyou Diawara, secrétaire général de la Section syndicale de la filière coton. Il est convaincu qu'on ne peut pas atteindre l'objectif de 10 millions de tonnes de céréales en 2012, en ignorant les zones cotonnières qui produisent 56% des céréales sèches grâce à l'effet induit de la culture du coton. Avec la remontée du cours mondial du coton, le syndicat se dit convaincu qu'il y a de l'espoir pour la filière, à condition que le gouvernement sursoit à la privatisation.

Les travailleurs, qui ne croient pas un seul instant au gouvernement sur leur maintien après la privatisation, demandent "sagement" à celui-ci de les "laisser partir dignement" sur la base d'un plan social. Au cas contraire ils sont résolus à se battre avec les moyens syndicaux et légaux jusqu'au bout pour préserver leurs intérêts.

Youssouf CAMARA

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